Avec Digger, en salles depuis le 30 septembre 2026, Alejandro González Iñárritu transforme Tom Cruise en magnat du pétrole libidineux. Une satire écologique et politique dont les hurlements finissent par couvrir ce qu’elle voudrait nous faire entendre. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.
Synopsis :
L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
À force de les entendre crier dans le film, on finit par ne plus très bien écouter ce qu’ils disent. C’est un curieux sort pour les personnages de Digger, tous occupés à décider de l’avenir du monde. La colère, la panique, la suffisance empruntent le même volume sonore, jusqu’à rendre les échanges pénibles. On comprend ce qu’Alejandro González Iñárritu cherche dans cette cacophonie : des puissants incapables d’entendre autre chose que leur propre voix. Mais la répétition épuise assez vite l’idée. Le spectateur, lui, ne peut pas quitter la réunion.
Tom Cruise, la transformation trop visible
Au milieu de ce vacarme, Tom Cruise s’est composé une vieillesse de magnat libidineux. La transformation a quelque chose d’abord réjouissant chez une star si attachée à sa maîtrise physique. Voici un corps qui peut enfin devenir disgracieux, encombrant et ridicule. Encore faudrait-il oublier un peu l’acteur au travail. L’effort reste si apparent que l’on regarde souvent la composition avant de croire au personnage. Un rôle à Oscars, songe-t-on, avec ce que la formule suppose de démonstration et d’application à faire reconnaître sa métamorphose.
Le choix n’en demeure pas moins intéressant. En prêtant son visage à cette incarnation obscène de la réussite, Tom Cruise se laisse lire à rebours de l’Amérique triomphante dont il a si souvent porté les couleurs. Il y a, dans ce rôle, un refus de l’imaginaire MAGA : la fortune ne garantit aucune grandeur, la puissance n’atteste aucune compétence. La charge contre le trumpisme est limpide. Elle aurait gagné à laisser au personnage un peu plus d’espace pour exister au-delà de ce qu’il représente.
Après eux, le déluge
La surexploitation pétrolière a détaché un morceau de l’Arctique qui menace l’Europe. Devant la catastrophe, les intérêts financiers conservent pourtant leur priorité. On retrouve la veine du film Don’t Look Up, cet acharnement à négocier encore quand il faudrait déjà tenter de survivre. Chez ces gens-là, « après moi le déluge » tient lieu de programme, avec la conviction que leur fortune devrait leur réserver une place au sec.
John Goodman incarne un président des États-Unis atteint d’un cancer du côlon en phase terminale, qui envisage d’atomiser la Chine et la Russie. Le corps malade du chef devient celui d’un pays en crise, encore assez puissant pour entraîner les autres dans sa disparition. La métaphore se comprend immédiatement, puis le film insiste. Cette manière de souligner le désastre laisse peu de place au malaise plus diffus que pourrait susciter un pouvoir aussi décomposé.
La bonne conscience familiale n’offre guère de secours. Sous les traits de Sandra Hüller (Anatomie d’une chute, La zone d’intérêt), la demi-sœur du magnat se donne une vocation réparatrice avec sa fondation écologique de pacotille. Le geste philanthropique permet surtout de rendre la fortune fréquentable. Il y avait là de quoi creuser la facilité avec laquelle l’argent finance sa propre absolution. Le personnage reste enfermé dans cette fonction, une hypocrisie supplémentaire au sein d’un ensemble qui en manque déjà fort peu.
Une satire rattrapée par le réel
Les décors et les bizarreries qui traversent le film retiennent davantage le regard. Quelque chose y paraît déplacé, artificiel, comme si cet univers avait été aménagé pour des êtres ayant perdu tout contact avec ce qui se passe dehors. Cette étrangeté ménage une curiosité que les dialogues, trop empressés d’expliquer la folie ambiante, entretiennent moins bien.
Un retournement à mi-parcours vient redistribuer les cartes. Sans en révéler la nature, il ne produit pas l’électrochoc espéré : ce qui change dans notre compréhension du récit ne renouvelle guère notre implication. La lassitude résiste au tour de force.
C’est que la portée de Digger paraît déjà surannée. Le film mise sur l’énormité de comportements qui nous semblent désormais presque crédibles. Ses dirigeants peuvent menacer la planète, sacrifier l’écologie au profit et se rêver providentiels : leur démesure ne suffit plus à créer la distance dont la satire a besoin. Alejandro González Iñárritu hausse alors encore le ton. On aurait aimé qu’il s’attarde sur cette terrible accoutumance qui nous permet, devant pareille folie, de ne même plus être surpris.
Notre avis ?
C’est que la portée de Digger paraît déjà surannée. Le film mise sur l’énormité de comportements qui nous semblent désormais presque crédibles. Ses dirigeants peuvent menacer la planète, sacrifier l’écologie au profit et se rêver providentiels : leur démesure ne suffit plus à créer la distance dont la satire a besoin.
En savoir plus :
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- Date de sortie France : 30/09/2026
- Distribution France : Warner
