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Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain dans Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi
Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain dans Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi. © Jérôme Prébois / Avenue B

Critique / « Ni vue, ni connue » (2026) : Isabelle Huppert en figurante dans les coulisses du cinéma

Présenté en ouverture du Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026 et attendu en salles le 7 octobre, Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi observe les coulisses du cinéma comme un petit théâtre des vanités. Avec Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, une comédie tendrement sarcastique, plus convaincante lorsqu’elle regarde ce milieu de près que lorsqu’elle force le trait. Notre critique et avis. 

« Ni vue, ni connue » : Isabelle Huppert de l’autre côté du miroir

Marc Fitoussi (Les Apparences) connaît bien ce territoire. Après un documentaire consacré aux figurants et plusieurs épisodes de Dix pour cent, il revient à ce monde où certains rêvent d’entrer dans la lumière quand d’autres redoutent d’en sortir.

Isabelle Huppert y incarne Corinne Maclou, silhouette obstinée des plateaux, persuadée que le rôle qui changera sa vie finira par arriver. Elle est la seule comédienne du film à ne pas jouer son propre personnage. Le choix a quelque chose de malicieux : transformer l’une des actrices françaises les plus célèbres en femme que personne ne remarque.

Autour d’elle, Sandrine Kiberlain, Diane Kruger, Emmanuelle Bercot ou Ana Girardot acceptent de jouer avec leur propre image. Cette mise à distance donne au film son meilleur ressort comique. Le cinéma y apparaît comme un milieu suffisamment conscient de ses ridicules pour en rire, mais pas toujours assez pour s’en débarrasser. Marc Fitoussi préfère l’ironie à la charge. Son regard pique sans chercher à blesser.

Une figurante qui rêve d’être enfin regardée

Corinne appartient, elle, à ceux que la caméra laisse habituellement au bord du cadre. Elle s’accroche à son rêve avec une ténacité qui touche autant qu’elle embarrasse. Les refus ne l’arrêtent pas. Les humiliations non plus. Elle accepte les règles d’un métier qui lui rappelle sans cesse qu’elle n’est jamais tout à fait à sa place.

Le film ne fait pourtant pas d’elle une victime. Son obstination devient aussi une forme d’aveuglement, et parfois le moteur de situations délibérément absurdes.

C’est dans cette obsession d’être enfin vue que Ni vue, ni connue trouve quelque chose de juste. Les figurants regardent les stars comme les habitants d’un monde voisin auquel il suffirait presque d’accéder. Une rencontre, un geste de complicité ou une confidence pourrait faire croire que la distance est abolie.

Le film montre aussi l’envers de ce fantasme. Pour une célébrité, toute proximité peut devenir suspecte. L’amitié elle-même se brouille lorsqu’il devient difficile de savoir ce que l’autre attend vraiment de vous.

Sous la comédie apparaît alors une solitude commune. L’une cherche désespérément à être reconnue. L’autre ne sait plus très bien si elle peut être regardée autrement qu’à travers sa notoriété. Marc Fitoussi trouve dans ce décalage ses scènes les plus sensibles.

Une satire qui perd parfois de sa finesse

Le film perd toutefois de sa finesse lorsqu’il pousse trop loin la mécanique de la farce. Certaines péripéties semblent moins prolonger l’observation du milieu que répondre à la nécessité de relancer le récit.

L’invraisemblance fait partie du jeu, mais elle finit parfois par émousser la satire. La mise en scène, discrète et attentive aux actrices, ne cherche pas davantage à donner une forme plus mordante à cette cruauté ordinaire.

Cette retenue résume à la fois le charme et la limite de Ni vue, ni connue. Marc Fitoussi ne règle aucun compte avec le cinéma. Il préfère en regarder les petites fièvres, les illusions et les fragilités.

Derrière la plaisanterie demeure une idée assez mélancolique : dans ce métier, certains passent leur vie à espérer qu’on les regarde, tandis que d’autres finissent par se demander qui les voit encore vraiment.

Notre avis ?

Ni vue, ni connue séduit par son regard tendre et ironique sur les coulisses du cinéma et par le jeu malicieux d’Isabelle Huppert avec sa propre image. Une comédie plaisante mais inégale, qui perd toutefois de sa finesse lorsqu’elle pousse trop loin la mécanique de la farce.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 07/10/2026
  • Distribution France : Memento
  • Réalisation : Marc Fitoussi
  • Avec : Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, Anne Marivin, Emmanuelle Bercot, Diane Kruger, Ana Girardot, Vincent Dedienne et Thomas Jolly
  • Présentation : film d’ouverture du Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026
Antoine Corte

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