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Woody et Buzz l'Éclair rampent au sol dans un couloir, le regard inquiet vers une tablette en forme de grenouille posée sur un canapé
Woody et Buzz l'Éclair guettent Lilypad, la tablette qui détourne Bonnie de ses jouets, dans « Toy Story 5 » d'Andrew Stanton. Photo : Pixar / Walt Disney Pictures

Critique / “Toy Story 5” (2026) : la franchise tourne à vide

Sorti en salles le 17 juin 2026, le cinquième volet des aventures de Woody oppose le jouet de bois à la tablette tactile. Un combat perdu d’avance, et pas seulement à l’écran. La critique et l’avis de Bulles de Culture. 

Toy Story 5 : Le numérique qui capte le regard au détriment des jouets traditionnels

Il y a quelque chose de touchant, et de légèrement absurde, à voir Pixar repartir une cinquième fois en guerre pour défendre le jouet traditionnel. Andrew Stanton, scénariste des quatre premiers épisodes et désormais aux commandes à la réalisation, hérite d’une saga qui a déjà fait ses adieux deux fois plutôt qu’une. Woody, qu’on croyait parti vivre sa vie aux côtés de Bo, est rappelé par Jessie devenue cheffe de meute, parce qu’un nouvel intrus menace l’équilibre de la chambre de Bonnie. Cet intrus s’appelle Lilypad, une tablette en forme de grenouille qui capte le regard de l’enfant et l’éloigne, doucement, du carton à jouets.

Le choix de l’adversaire dit beaucoup de l’époque, et beaucoup aussi de l’embarras de Disney, propriétaire de Pixar. Depuis le premier film, la peur de l’obsolescence irrigue toute la série. Le jouet vieillit, l’enfant grandit mais la transmission des célèbres personnages à de nouveaux enfants console de la perte. La saga avait su faire de cette mélancolie sa matière la plus précieuse. Ici, la menace n’est plus le temps qui passe mais l’écran qui aspire l’attention de la jeunesse. Le film a la prudence de ne pas diaboliser franchement Lilypad, qui n’a rien d’un méchant à l’ancienne, mais cette retenue ne suffit pas à dissiper le malaise du propos.

Car le paradoxe saute aux yeux. Voilà un empire qui, depuis plusieurs années, mise une part décisive de son avenir sur sa plateforme de streaming, Disney+, et sur la captation des plus jeunes devant ses contenus. A l’inverse, Toy Story 5 vient leur expliquer au cinéma que l’écran les coupe du monde et de l’imaginaire. La maison aux grandes oreilles aurait alors pris le parti  pour la peluche vendue à la sortie de ses parc contre l’abonnement numérique qu’elle pousse par ailleurs avec tant d’énergie. Le message ne tient pas debout. L’enfant à qui le film s’adresse le sentira moins que l’adulte, pas complétement dupe d’une industrie hollywoodienne qui mange à tous les râteliers.

Jessie la cowgirl, penchée sur un lit aux côtés de Pile-Poil, fait face à Lilypad, la tablette en forme de grenouille affichant une liste d'amis
Jessie et son cheval Pile-Poil découvrent Lilypad, la tablette qui attire Bonnie vers ses amitiés en ligne, dans « Toy Story 5 » d’Andrew Stanton. Photo : Pixar / Walt Disney Pictures

Le succès de la marque s’était mis à fonctionner en circuit fermé

Reste alors le savoir-faire de Pixar ? C’est là que le bât blesse vraiment. La saga Toy story s’était bâtie, depuis 1995, sur une promesse technique sans cesse renouvelée. Chaque épisode repoussait une frontière, la lumière, la matière, le mouvement. Ce cinquième volet, lui, roule sur ses rails. L’animation est impeccable, fluide, sans la moindre aspérité. C’est précisément ce lissage qui inquiète. Plus rien ne surprend l’œil, plus rien ne semble tenté. Le film se contente d’exécuter avec métier ce que les précédents avaient inventé avec audace. On sort de là diverti, jamais saisi.

Tout se passe comme si le succès de la marque s’était mis à fonctionner en circuit fermé. La firme entretient son capital affectif, convoque les voix familières, ressort les gags attendus et soigne l’émotion sans jamais prendre le risque de la déplacer. C’est un film de gestion plus que de création, posé avec soin sur les fondations des opus antérieurs. Les amoureux de la bande retrouveront leurs personnages comme on retrouve de vieux camarades, avec ce plaisir tiède des retrouvailles convenues. Les autres se demanderont à quoi bon prolonger une histoire qui avait trouvé, deux fois déjà, sa juste fin.

Notre avis ?

Toy Story 5 n’est pas un mauvais film. Il est pire que cela pour une saga de cette trempe : il est inoffensif. Le métier est là, l’émotion fonctionne par réflexe, et l’ensemble se laisse regarder sans déplaisir. Mais la grande aventure Pixar, celle qui faisait de chaque jouet une question sur ce que signifie aimer, durer, disparaître, semble s’être rangée dans sa boîte. La grenouille tactile aura peut-être raison des jouets de bois. Elle aura surtout révélé une saga qui n’a plus grand-chose à risquer.

En savoir plus :

    • Date de sortie France : 17/06/2026
    • Distribution France : Disney France
Antoine Corte
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