Dernière mise à jour : juillet 25th, 2026 à 09:02 am
Dans sa série des Fabuleuses, Elisabeth Bouchaud, directrice du théâtre La Reine Blanche, remet en lumière des scientifiques femmes dont les découvertes ont été spoliées. Avis et critique de Bulles de Culture sur le spectacle coup de cœur La découvreuse oubliée, vu au Festival Off Avignon 2026.
Synopsis :
C’est l’histoire d’un effacement de cinquante années. Alors que la scène s’ouvre, des huissiers font irruption afin d’empêcher Marthe Gautier (Marie-Christine Barrault) de parler. Depuis 1959, Jérôme Lejeune (Matila Malliarakis), assistant du professeur Turpin (Mathieu Desfemmes), s’attribue la découverte de l’origine de la trisomie 21. Et ce n’est qu’en 2009 que la vérité éclate. La jeune cardiologue est bien « la découvreuse oubliée ». Une lente reconquête de la parole.
Dans La découvreuse oubliée, c’est la grande Marie-Christine Barrault qui incarne Marthe Gautier, découvreuse de la trisomie 21, l’héroïne de ce 4e volet. Emouvant et instructif.
La découvreuse oubliée : une efficacité pédagogique

L’histoire incroyable de cette pièce de théâtre est richement documentée par Elisabeth Bouchaud. Son cycle théâtral « Les Fabuleuses » a pour mission de réhabiliter les découvertes des femmes scientifiques :
- Lise Meitner et la fission nucléaire,
- Jocelyn Bell et les pulsars,
- Rosalind Franklin et l’ADN.
Avec La découvreuse oubliée, Elisabeth Bouchaud, dramaturge et physicienne, retrace le destin de Marthe Gautier, interprétée magistralement par Marie-Christine Barrault. Dans sa jeunesse, cette cardiologue a prouvé qu’un chromosome surnuméraire, qui se fixe sur la paire n°21, est à l’origine de ce qu’on appelait alors le mongolisme. Spécialisée dans la culture cellulaire apprise à Harvard, Marthe Gautier va s’effacer devant son collègue masculin, Jérôme Lejeune, qui ne lui rendra jamais ses recherches.
Dans la mise en scène habile et épurée de Julie Timmerman, les temporalités et les arrêts sur images se chevauchent sur une estrade blanche. Ainsi, Marthe jeune est-elle jouée avec finesse par la petite fille de Marie-Christine Barrault, Marie Toscan. Que la grand-mère et sa descendance sont belles sur scène ! Les regards bienveillants de l’une sur l’autre nous touchent. C’est avec fluidité et au rythme du calendrier projeté sur scène et de coups de percussions, que l’on navigue à plusieurs reprises d’une Marthe âgée à une Marthe plus jeune.
Mais pourquoi cette femme d’exception qui avait osé franchir toutes les barrières s’est-elle tue aussi longtemps ?
La parole confisquée

Dans cette pièce de théâtre éloquente qu’est La découvreuse oubliée, Elisabeth Bouchaud révèle un système d’oppression qui confisquait la parole féminine. L’abdication des femmes était courante à l’époque.
Mathieu Desfemmes incarne un professeur Raymond Turpin, pipe au bec et suffisant à souhait. Matila Malliarakis passe, pour sa part, la blouse d’un Jérôme Lejeune arriviste, que l’on aime haïr. Quant à Marthe Gautier, elle retrouve dans ce « théâtre pansement » une aura méritée. Son interprète Marie-Christine Barrault, ou le charme des cheveux blancs, y est solaire.
La scénographie de Luca Antonucci sert à merveille cette femme usurpée. Deux lamelles de microscopes géantes sont suspendues sur scène et permettent des projections. Philippe Sazerat utilise, lui, la lumière crue des laboratoires, ou des carrés lumineux sur les murs noirs, pour simplement évoquer des tableaux de famille, comme le portrait de Paulette Gautier, la soeur de Marthe.
Ironie du sort, les recherches spoliées par Jérôme Lejeune se retourneront contre lui. Alors qu’il est un fervent opposant à l’avortement, sa « découverte » ira à l’encontre de son mouvement « Laissez-les vivre ». Tel est pris qui croyait prendre ? Enfin presque puisque Lejeune a été nommé Vénérable par le Pape en 2021…
Notre avis ?
En 2014, le Comité d’Ethique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) donne enfin raison à la discrète Marthe Gautier, qui meurt en 2022.
Justice est enfin rendue avec cette mise en scène sobre et précise de Julie Timmerman pour la pièce de théâtre La découvreuse oubliée. Grâce à un texte instructif et touchant, la pionnière de la cytogénétique est finalement sortie de l’ombre. « Nous vivons dans un monde où les femmes pardonnent. » La magnétique Marie-Christine Barrault incarne avec délicatesse l’héroïne de cette histoire. C’est un spectacle coup de coeur de Bulles de Culture.
Elisabeth Bouchaud compte poursuivre sa démarche en réhabilitant dorénavant les empêchées de l’Histoire. Nul doute qu’elle saura les servir également avec brio.
En savoir plus :
- La découvreuse oubliée au Festival Off Avignon 2026, à Avignon-Reine Blanche du 4 au 22 juillet à 16h20. Relâche les 9, 16 juillet
- Reprise à Paris : La découvreuse oubliée à La Reine Blanche du 12 novembre au 6 décembre 2026
- Autrice : Elisabeth Bouchaud
- Mise en scène : Julie Timmerman
- Interprètes : Marie-Christine Barrault, Mathieu Desfemmes, Matila Malliarakis , Marie Toscan
- Lumière : Philippe Sazerat
- Scénographie : Luca Antonucci
- Son : Mme Miniature
- Video : Thomas Bouvet
- Costumes : Muriel Mellet
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