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Loco Films

Critique / “Mr Nobody against Putin” (2026) de David Borenstein et Pavel Talankin

Plongée vertigineuse dans le quotidien d’une école de l’Oural, Mr Nobody Against Putin documente la lente asphyxie des esprits par la propagande du Kremlin. Loin du fracas des bombes, ce journal de bord brut capture l’invisible : comment l’ordinaire d’une salle de classe devient le laboratoire silencieux du totalitarisme. La critique et l’avis film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Alors que la Russie lance son invasion à grande échelle de l’Ukraine, les écoles primaires de tout le pays sont transformées en centres de recrutement pour la guerre. Confronté au dilemme éthique de travailler dans un système défini par la propagande et la violence, un enseignant courageux filme ce qui se passe réellement dans sa propre école.

Mr Nobody Against Putin : quand l’école devient terrain de conquête

Là où d’autres auraient vu un sujet documentaire classique, David Borenstein et Pavel Talankin, les deux réalisateurs, ont su construire quelque chose d’autrement troublant : non un réquisitoire politique qui crie sur les toits, mais une immersion dans les modalités silencieuses par lesquelles un État fasciste colonise l’intimité des esprits. Mr Nobody Against Putin ne raconte pas la propagande, il la fait respirer au spectateur, transformant une école de province russe en microcosme du totalitarisme contemporain.

Le film s’ouvre sur une sorte de plongée accidentelle, l’atmosphère pesante d’une caméra clandestine. Cette introduction nous y jette sans préambule, avec juste un violon qui vrille sur une note obsédante. C’est l’après, nous avertit le réalisateur, et quelque chose cloche. Puis le flashback ramène à deux ans et demi plus tôt, quand Karabash n’était encore qu’une petite ville industrielle de l’Oural où un jeune professeur passionné filmait les joies ordinaires de son école : chorales, spectacles, remises de diplômes. Pasha Talankin, également le protagoniste de son propre film, incarne cet état d’innocence révolu—charismatique, patient, aimé de ses élèves qui viennent lui confier leurs doutes dans un bureau qui ressemble à un refuge.

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Loco Films

Tout change en février 2022. Non pas d’un coup sec, mais par l’infiltration lente et corrosive de nouvelles obligations. Il n’y a pas d’explosion : simplement des circulaires ministérielles, des cérémonies obligatoires, des manuels scolaires récrits, une caméra qu’on vous impose d’utiliser non pour documenter la vie, mais pour certifier la conformité de votre établissement aux directives du pouvoir. L’école devient soudain un laboratoire où se teste l’endoctrinement systématique des jeunes par des concours de lancer de grenades, visites de mercenaires en uniforme, entraînement martial. Chaque acte isolé semble bénin ; leur accumulation crée une atmosphère suffocante où la pensée critique devient un luxe qu’on ne peut plus se permettre.

C’est ici que réside la particularité du film : montrer non pas le spectacle bruyant de la dictature, mais son mécanisme épuisant—ces obligations répétées, ces petits assentiments quotidiens qui finissent par modeler les corps et les cerveaux sans avoir besoin de frapper fort. Le documentaire devient au fil de sa narration un journal de deuil collectif.

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Techniquement, David  Borenstein assume l’imperfection comme une authenticité. Les images vacillent, le grain rugueux jamais lissé, les ruptures narratives subsistent. Certaines intrigues s’esquissent puis disparaissent, comme si la vie elle-même refusait les résolutions. Dans le contexte de la Russie actuelle, l’acte de filmer n’est plus une profession mais une forme de résistance ontologique qui refuse qu’une vie ne soit réduite au silence des appareils d’État.

Notre avis ?

Mr Nobody Against Putin dépasse largement la seule chronique d’une école de l’Oural pour devenir un témoignage universel sur la façon dont les démocraties se perdent, non par coup de force spectaculaire, mais par la vieille méthode, usée mais imparable, de l’obligatoire quotidien. C’est ce qui le rend profondément nécessaire, et inévitablement gênant pour ceux qui reconnaissent, dans les mécanismes qu’il décrit, les premières traces d’une maladie bien familière.

 

En savoir plus :

    • Distribution France : Loco Films
    • Date de sortie France : 7/01/2026
Antoine Corte

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