Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
critique avis photo marty suprême (1)
Metropolitan Film Export

Après sa défaite aux Bafta, Timothée Chalamet peut-il passer à côté de son Oscar ?

Timothée Chalamet, favori écrasant depuis le début de la saison des prix pour son rôle dans Marty Supreme, a subi un revers inattendu à Londres dimanche 22 février. Un camouflet qui relance la course au meilleur acteur à trois semaines de la cérémonie hollywoodienne.

C’était censé être une formalité. Dimanche soir, au Royal Festival Hall de Londres, Timothée Chalamet se présentait à la 79e cérémonie des Bafta en position de grand favori pour le prix du meilleur acteur, auréolé de ses victoires au Golden Globe et au Critics Choice Award pour sa performance survoltée dans Marty Supreme, le drame sportif de Josh Safdie. Mais le scénario n’a pas suivi les prévisions des bookmakers : c’est le Britannique Robert Aramayo, 33 ans, quasi-inconnu du grand public, qui a créé la surprise en remportant le trophée pour son incarnation de John Davidson, militant écossais atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, dans I Swear de Kirk Jones.

Un 0 sur 11 historique

L’ampleur du revers dépasse le seul prix d’interprétation. Marty Supreme, nommé dans onze catégories – du meilleur film au meilleur maquillage –, est reparti bredouille. Zéro victoire sur onze nominations : un record à égalité avec Women in Love en 1969 et Neverland en 2004, les deux pires bilans de l’histoire des Bafta. Plus accablant encore, le film d’A24 est le seul nommé pour le meilleur film à n’avoir décroché aucune récompense lors de la soirée, dominée par Une Bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, sacré dans six catégories dont meilleur film et meilleur réalisateur. C’est la première fois en vingt-cinq ans que le Bafta du meilleur acteur revient à un comédien qui n’est pas même nommé à l’Oscar dans cette catégorie. Robert Aramayo n’étant pas nommé à l’Oscar du meilleur acteur, sa victoire londonienne ne peut pas se prolonger directement sur la scène hollywoodienne. Ce qui n’empêche pas les analystes de juger le signal « considérable », selon les termes de Variety, car une défaite tardive dans la saison des récompenses modifie « le récit psychologique que les votants se construisent ».

critique avis photo marty suprême
Metropolitan Film Export

Timothée Chalamet, favori ébranlé mais toujours en tête

Avant le camouflet londonien, les marchés de prédiction accordaient à Timothée Chalamet une probabilité de victoire très importante. À 30 ans, il est le plus jeune acteur de l’histoire à détenir trois nominations pour l’Oscar du meilleur acteur – après Call Me by Your Name (2018) et Un parfait inconnu (2025) – et le plus jeune à cumuler une nomination comme acteur et comme producteur, surpassant le record de Warren Beatty pour Bonnie and Clyde en 1967. Ses neuf nominations pour Marty Supreme – meilleur film, réalisateur, acteur, scénario original, casting, photographie, montage, décors et costumes – témoignent d’une adhésion large de l’Académie.

Le film est aussi un succès commercial incontestable : plus gros carton de l’histoire du studio A24, avec 147 millions de dollars de recettes mondiales (dont 93 millions sur le seul territoire américain), Marty Supreme a dépassé Everything Everywhere All at Once et ses 142 millions, un record pour un film indépendant distribué par le studio new-yorkais. En France, sa sortie le 18 février a été saluée par 85 000 entrées dès le premier jour, en tête du box-office.

Les SAG Awards, dernier verrou avant l’Oscar

L’attention se tourne désormais vers les SAG Awards (rebaptisés « Actor Awards »), dont la cérémonie se tiendra le 1ᵉʳ mars sur Netflix. Timothée Chalamet y est de nouveau nommé, face à Leonardo DiCaprio (Une Bataille après l’autre), Ethan Hawke (Blue Moon), Michael B. Jordan (Sinners) et Jesse Plemons (Bugonia). Le vote final de l’Académie des Oscar s’ouvre le 26 février et se clôt le 5 mars, soit dans un intervalle de quelques jours après les SAG Awards. La proximité de ces deux échéances signifie que le résultat du 1ᵉʳ mars pourrait influer directement sur les derniers bulletins de vote. Si Timothée Chalamet l’emporte au SAG, le chemin vers l’Oscar redeviendra limpide. S’il échoue une seconde fois, la saison 2026 entrera dans un territoire véritablement inexploré.

critique avis photo marty suprême (2)
Metropolitan Film Export

La grandeur ou rien

À 30 ans, Timothée Chalamet n’a jamais caché son ambition. Lors de son discours aux SAG Awards l’an dernier, il avait résumé sa philosophie en un mot : la « grandeur ». « Cette obsession de l’ascension, d’atteindre le sommet, tire tout le monde vers le haut », confiait-il récemment, encore habité par l’état d’esprit de Marty Mauser, le pongiste flamboyant qu’il incarne à l’écran. La réponse viendra le 15 mars au Dolby Theatre d’Hollywood, lorsque Conan O’Brien, maître de cérémonie pour la deuxième année consécutive, ouvrira l’enveloppe du meilleur acteur lors de la 98e cérémonie des Oscars. Ce soir-là, Timothée Chalamet saura s’il est entré dans la légende – ou si, pour la troisième fois, la statuette dorée lui a glissé entre les doigts.

Antoine Corte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *