Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
Jeremy Allen White et Mikey Madison, assis sur un canapé, consultent un ordinateur dans The Social Reckoning.
Jeremy Allen White et Mikey Madison interprètent le journaliste Jeff Horwitz et la lanceuse d’alerte Frances Haugen. Photo Leah Gallo / © Sony Pictures Releasing.

Critique / « The Social Reckoning » (2026) : une suite moins inspirée

Avec The Social Reckoning, en salles depuis le 7 octobre 2026, Aaron Sorkin prolonge The Social Network en s’attaquant aux dérives de Facebook. Un sujet qui méritait une enquête plus limpide et des personnages moins ternes. La critique et l’avis sur le film par Bulles de Culture. 

Synopsis :

Le film s’inspire de l’histoire vraie de Frances Haugen, une jeune ingénieure chez Facebook, qui sollicite l’aide de Jeff Horwitz, journaliste au Wall Street Journal. Ensemble, ils se lancent dans une enquête pleine de dangers qui les mènera à révéler au grand jour les secrets les mieux gardés du puissant réseau social.

Scénariste du film de David Fincher sorti en 2010, Aaron Sorkin prend cette fois aussi en charge la réalisation. Il s’appuie sur les « Facebook Files », l’enquête publiée par le Wall Street Journal en 2021 à partir de documents internes transmis par Frances Haugen. Incarnée par Mikey Madison, l’ingénieure trouve un relais auprès du journaliste Jeff Horwitz, joué par Jeremy Allen White. Le récit quitte ainsi les ambitions des fondateurs pour examiner ce que leur réussite a produit.

Le film met en cause l’amplification des contenus d’extrême droite et ses effets sur la radicalisation des utilisateurs du réseau social, jusqu’à l’assaut du Capitole. Il aborde également le mal-être des adolescents provoqué par Instagram, autre plateforme du groupe. Cette matière aurait pu nourrir un film d’investigation passionnant sur la façon dont une entreprise traite les alertes concernant les effets nocifs de ses produits.

Une chronologie qui brouille l’enquête

Les allers-retours temporels imposent pourtant une gymnastique peu féconde. D’une époque à l’autre, l’enquête perd son élan, tandis que le spectateur doit reconstituer une affaire dont il aurait surtout aimé saisir plus nettement les mécanismes. Le morcellement donne le sentiment d’une sophistication plaquée sur le récit. Dans The Social Network, les ruptures de chronologie nourrissaient le conflit entre les versions et les intérêts de chacun. Ici, elles compliquent surtout le cheminement des révélations.

Les Hommes du président ou She Said savaient tirer leur tension de l’avancée d’une enquête, du temps nécessaire pour obtenir une parole et vérifier une information. The Social Reckoning en reprend les ressorts, mais peine à faire sentir ce que chaque étape engage pour ceux qui la franchissent. La gravité des révélations ne suffit pas à donner du poids à leur mise au jour.

Jeremy Strong en costume sombre, debout près d’un microphone dans The Social Reckoning.
Jeremy Strong incarne Mark Zuckerberg dans The Social Reckoning d’Aaron Sorkin. Photo Leah Gallo / © Sony Pictures Releasing.
Jeremy Allen White et Mikey Madison, assis sur un canapé, consultent un ordinateur dans The Social Reckoning.
Jeremy Allen White et Mikey Madison interprètent le journaliste Jeff Horwitz et la lanceuse d’alerte Frances Haugen. Photo Leah Gallo / © Sony Pictures Releasing.

Des personnages figés

Cette distance tient aussi à l’interprétation des acteurs. Mikey Madison, bluffante dans Anora, reste étonnamment plate dans le rôle de Frances Haugen, cette lanceuse d’alerte au cœur de l’histoire. On saisit bien la fonction du personnage, beaucoup moins ce qui l’anime. De son côté, Jeremy Strong, qui succède à Jesse Eisenberg, compose un Mark Zuckerberg si froid et impersonnel qu’il reste au stade de caricature.

Cette froideur aurait pu faire apparaître ce que le pouvoir a émoussé chez l’ancien prodige. Elle devient surtout un trait appuyé, qui ferme d’emblée toute possibilité de trouble. À force de rendre Mark Zuckerberg étranger à toute émotion, le film finit même par faire passer l’homme pour une machine à gagner du cash par tous les moyens.

En savoir plus :

Antoine Corte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *