C’est une phrase mantra, répétée comme une prière laïque à travers les combinés téléphoniques. « Tout va bien », assurent-ils à des mères restées de l’autre côté de la Méditerranée. Mais derrière la pudeur de l’aveu, le premier long-métrage documentaire de Thomas Ellis dévoile la mécanique complexe de l’exil, là où le véritable voyage ne fait que commencer. La critique et l’avis de Bulles de Culture
Synopsis :
Âgés de 14 à 19 ans, cinq adolescents ont traversé des déserts et des mers, seuls. Arrivés à Marseille, ces filles et garçons portent en eux l’espoir brûlant d’une nouvelle vie. Ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour certains une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…
Tout va bien : chroniques de la survie ordinaire sous le soleil de Marseille
Pour saisir cette réalité sans la brusquer, il fallait sans doute le regard de Thomas Ellis. Ancien journaliste et producteur familier des terrains internationaux, le réalisateur opère ici un glissement notable vers le cinéma du temps long. Installé à Marseille depuis quelques années, Thomas Ellis a fait le choix de l’immersion lente, prenant le temps de tisser un lien de confiance avec ces jeunes avant d’allumer sa caméra.
Le projet ne cherche pas le sensationnel. Il s’inscrit au contraire dans une démarche de “dé-stigmatisation” de ceux que l’on nomme techniquement les MNA (Mineurs Non Accompagnés). L’ambition est claire : redonner un visage et une singularité à des statistiques, en filmant la vitalité adolescente plutôt que la seule tragédie de l’exil. Thomas Ellis cherche à capter cette énergie vitale, cette capacité de résilience qui pousse Khalil ou Tidiane à se projeter vers un métier, malgré l’épée de Damoclès administrative suspendue au-dessus de leurs têtes.
C’est indéniablement là que réside la force du film : dans son refus obstiné du misérabilisme. En privilégiant la lumière crue de Marseille et les instants de grâce juvénile, Tout va bien offre une dignité rare à ses sujets. On est touché par cette “banalité” revendiquée, où l’héroïsme consiste simplement à aller à l’école ou à réussir un test osseux. Le film réussit à rendre palpable l’humanité derrière le dossier administratif.
On pourrait reprocher au film une certaine tension entre sa volonté de retenue et ses moyens formels très maîtrisés. Trente-huit versions de montage attestent d’un contrôle de Thomas Ellis sur chaque centimètre de son film. Parfois, cette mise en scène impeccable risque de placer le public derrière une vitre élégante plutôt que de le confronter directement. Mais c’est aussi en quoi consiste la proposition de Thomas Ellis : construire un écran qui reflète non pas notre indifférence, mais notre complicité avec le système qui regarde ces jeunes gens comme des menaces.
Notre avis ?
Tout va bien parvient à rendre visible la vie elle-même, dans sa texture mineure, souvent joyeuse, rarement grandiose. C’est un film qui parle politique par son silence sur la politique, qui honore la parole de ces adolescents en leur donnant des prénoms plutôt que des étiquettes administratives.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 7/01/2026
- Distribution France : Jour2Fêtes
