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Critique / “La corde au cou” (2025) de Gus Van Sant

Dans La Corde au cou, Gus Van Sant transforme une prise d’otage rocambolesque des années 1970 en fable anticapitaliste aussi drôle qu’implacable, portée par la performance stupéfiante de Bill Skarsgård. Un film qui brûle d’une rage aussi ancienne qu’actuelle. La critique et l’avis de Bulles de Culture.

Synopsis :

Indianapolis, 8 février 1977. Tony Kiritsis (Bill Skarsgård), un homme ordinaire convaincu d’avoir été floué par sa société de crédit hypothécaire, se présente au siège de la Meridian Mortgage Company armé d’un fusil à canon scié. Incapable d’obtenir gain de cause par les voies légales, il attache l’arme au cou de Richard Hall (Dacre Montgomery), le fils du PDG, la gâchette reliée à la sienne propre par un fil : si Tony Kiritsis tombe, son otage meurt avec lui. Pendant soixante-trois heures, il tiendra en haleine la police, les chaînes de télévision nationales et l’Amérique tout entière, réclamant cinq millions de dollars, un gilet pare-balles et, par-dessus tout, que l’on l’écoute.

La Corde au cou : Gus Van Sant retrouve la fièvre américaine

Sept ans après Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot, adaptation hommage au dessinateur John Callahan, Gus Van Sant retrouve les salles avec un projet qui ne lui ressemble qu’à moitié, et c’est précisément ce qui en fait l’intérêt. Le cinéaste de Portland, longtemps identifié à un cinéma de l’errance silencieuse (Elephant, Gerry, Last Days), aborde ici un récit à la nervosité toute contraire, haletant, bruyant, presque carnassier. Selon ses propres mots, c’est en lisant le scénario d’Austin Kolodney, truffé de liens vers les vrais appels du 911, où la voix de Tony Kiritsis fuse « comme Scorsese sous cocaïne » qu’il a pris sa décision en quelques heures de partir dans la production de ce film. Le tournage, bouclé en dix-neuf jours, porte la marque de cette urgence électrique.

Le résultat est une œuvre qui s’inscrit dans une généalogie très vanntsantienne, celle des laissés-pour-compte américains qui basculent, tout en convoquant les fantômes du cinéma des années 1970. La direction artistique reconstitue avec une fidélité éblouissante la palette ocre-orange de l’époque. La photographie d’Arnaud Potier, oscillant entre le 16 mm et le scope, donne à l’ensemble une texture à la fois documentaire et mythologique.

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Mais le film tient d’abord sur les épaules de Bill Skarsgård. L’acteur suédois, jusqu’ici associé à des figures du mal absolu (Ça, Nosferatu), livre ici une performance habitée. Son Tony Kiritsis est un homme du peuple en bout de course, dont la rage est parfaitement compréhensible même lorsque ses méthodes virent au délire. Gus Van Sant refuse de choisir entre le martyr ou le monstre. C’est cette ambivalence que Bill  Skarsgård maintient avec une précision remarquable.

Le film tire également une résonance particulière de son contexte d’accueil. Présenté hors compétition à la Mostra de Venise en septembre 2025, quelques semaines à peine après l’affaire Luigi Mangione, cet homme qui avait abattu le PDG d’une assurance américaine, La Corde au cou semble sorti du bon tiroir de l’histoire au bon moment. Gus Van Sant observe une Amérique qui préfère regarder sa propre colère à la télévision plutôt que d’y répondre.

Autour de Bill Skarsgård, la distribution est d’une élégance certaine. Al Pacino, en patriarche de la finance qui ne se lève jamais de son fauteuil, distille une autorité tranquille teintée d’un savoureux accent sudiste. Dacre Montgomery, en otage oscillant entre terreur et étrange complicité, et Colman Domingo, en négociateur aux nerfs d’acier, complètent un tableau d’acteurs dont les visages semblent eux-mêmes appartenir à cette Amérique des marges et des désillusions.

En savoir plus :

    • Date de sortie France : 15/04/2026
    • Distribution France : ARP Sélection
Antoine Corte

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