Avec Jean Valjean, Éric Besnard s’empare d’un sommet littéraire en se concentrant sur la rencontre décisive entre le célèbre ancien bagnard et Monseigneur Myriel, choisissant de faire de ce fragment des Misérables le cœur unique de son film. La critique et l’avis de Bulles de Culture sur le film.
Synopsis :
1815. Jean Valjean (Grégory Gadebois) sort du bagne, brisé, rejeté de tous. Errant sans but, il trouve refuge chez un homme d’Église, sa sœur et leur servante. Face à cette main tendue, Jean Valjean vacille et, dans cette nuit suspendue, devra choisir qui il veut devenir.
« Jean Valjean »: la genèse d’un homme brisé.
Avec Jean Valjean, Éric Besnard s’aventure sur les terres vertigineuses de Victor Hugo. Connu pour ses récits populaires aux tonalités chaleureuses (L’Esprit de famille, Délicieux), le cinéaste adopte ici une approche resserrée en isolant un fragment du roman : la rencontre fondatrice entre Valjean et Monseigneur Myriel. Ce moment-clé devient le noyau unique du film, pensé comme un récit de bascule où, en l’espace d’une nuit, un ancien forçat brisé par le bagne s’engage sur la voie de la rédemption.
Présenté comme une origin story morale, Jean Valjean se veut un prélude épuré, entièrement centré sur la métamorphose intérieure de son héros. Mais en dépouillant le roman de ses ramifications narratives et de ses figures cardinales comme Javert, Fantine, Cosette, Eric Besnard désarme son propre récit.
Ce choix narratif vide la structure de toute tension dramatique où ne subsiste qu’un face-à-face quasi-théologique entre misère et miséricorde. Les flashbacks récurrents évoquant le passé carcéral de Valjean contribuent à alourdir un rythme déjà alangui. Sur le plan visuel, Eric Besnard opte pour un esthétisme sobre : intérieurs filmés à la bougie, paysages provençaux baignés de silence, lumière diffuse et compositions maîtrisées.
Mais ce soin formel glisse vers l’académisme. Le cadre est léché, sans aspérités, trop figé pour émouvoir. Le casting, lui, se contente d’habiter ces tableaux sans jamais les faire vibrer. Grégory Gadebois, déjà dirigé par Eric Besnard dans Délicieux, campe un Valjean massif et mutique, mais sans surprise. L’acteur reste dans son registre éprouvé, solide mais attendu. À ses côtés, Bernard Campan, Isabelle Carré et Alexandra Lamy, cantonnés à des rôles secondaires, peinent à exister dans une dramaturgie trop tenue.
Notre avis ?
En réduisant le récit à ce duel intime, Eric Besnard expose les failles de son approche et cède parfois à une esthétique soignée mais trop sage, la puissance dramatique s’effaçant derrière la sobriété formelle et la retenue de son casting.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 19/11/2025
- Distribution France : Warner Bros
