Au Théâtre Antoine, Stéphane Guillon incarne Robert Badinter dans une pièce de Nina Pynson mise en scène par Jérémie Lippmann. De l’histoire familiale de l’avocat à son action au ministère de la Justice, “Robert Badinter, l’enragé de justice” compose un portrait convaincant et rend ses combats accessibles à un large public. L’avis et la critique théâtre de Bulles de Culture.
Stéphane Guillon retrouve l’éloquence de Robert Badinter
Stéphane Guillon séduit rapidement dans le rôle de Robert Badinter, malgré une ressemblance physique assez lointaine. Dès le lever de rideau, il trouve l’éloquence immédiatement identifiable de l’avocat. Les archives projetées à la fin de la représentation permettent d’ailleurs d’apprécier la justesse d’un travail d’incarnation qui s’est imposé au fil du spectacle.
Le texte de Nina Pynson accorde aussi une place à l’homme dont les convictions se sont formées dans une histoire familiale douloureuse. La déportation de son père marque la jeunesse de Robert Badinter. Face à lui, sa mère immigrée exprime sa reconnaissance envers la France qui l’a accueillie. Ces scènes donnent à entendre un attachement au pays qui coexiste avec la blessure des persécutions. Elles éclairent le parcours de l’avocat en lui conservant une part intime.
Le procès de Patrick Henry vu du côté des jurés
Le procès de Patrick Henry, jugé en 1977 pour le meurtre d’un enfant, donne à la parole de Robert Badinter un enjeu immédiat. La défense doit faire échapper l’accusé à la guillotine, dans un climat sociétal de profonde hostilité envers le criminel. Le spectacle s’attache à la perception d’une jeune journaliste sélectionnée parmi les jurés. Ce choix déplace utilement le regard vers celle qui reçoit les arguments de la défense et devra prendre part au verdict. La plaidoirie retrouve ainsi sa destination première, auprès de personnes auxquelles revient une décision irréversible.
La pièce reste attentive à la façon de rendre cette histoire compréhensible à tous. Le choix de ce personnage y contribue. Il donne au public une place depuis laquelle suivre le procès et en saisir les enjeux. Ce souci pédagogique convient au sujet, tant le recul historique peut faire oublier la difficulté du combat mené à l’époque.
Dans la scénographie de Jacques Gabel, un panneau noir tombe comme un couperet à chaque changement de décor. La référence à la guillotine est directe. Son retour au fil de la représentation entretient la présence de la peine capitale jusque dans les transitions. L’image est simple et efficace, à la mesure d’une mise en scène qui privilégie la clarté du récit.
Les combats du ministre de la Justice
La seconde partie élargit le portrait à l’action de Robert Badinter au ministère de la Justice. L’abolition de la peine de mort s’inscrit dans un parcours dont le spectacle rappelle d’autres engagements, notamment son soutien à la réforme de 1982 supprimant la discrimination pénale qui fixait un âge de consentement différent pour les relations homosexuelles. En suivant ce prolongement politique, la pièce montre comment les convictions défendues aux assises se traduisent dans la loi. Elle donne ainsi accès à des aspects de son action moins présents dans la mémoire collective que le discours sur l’abolition.
Le passage consacré au procès de Klaus Barbie rapproche avec une force particulière l’histoire familiale et l’action publique. La Gestapo lyonnaise dirigée par Klaus Barbie avait arrêté le père de Robert Badinter avant sa déportation. Devenu garde des Sceaux, Robert Badinter porte la loi de 1985 autorisant l’enregistrement de procès présentant un intérêt historique, qui permettra de filmer celui de Klaus Barbie en 1987. Son exigence de justice concerne donc aussi un homme directement lié à la perte de son père. Le souci de conserver les audiences pour les générations suivantes prend ici une dimension personnelle particulièrement émouvante. Les archives qui referment le spectacle prolongent cette volonté de transmettre une histoire par les visages et les paroles de ceux qui l’ont vécue.
En savoir plus :
- Robert Badinter, l’enragé de justice, de Nina Pynson, mise en scène de Jérémie Lippmann, avec Stéphane Guillon, Garance Bocobza et Mathias Maréchal. Décor de Jacques Gabel
- Au Théâtre Antoine, à Paris, du 23 septembre 2026 au 3 janvier 2027, du mercredi au dimanche à 19 heures
- Repères historiques : le procès de Patrick Henry et l’enregistrement des procès historiques ; la réforme du 4 août 1982 ; la rafle au cours de laquelle Simon Badinter a été arrêté
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