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Affiche de Kill Bill : The Whole Bloody Affair, version intégrale du film de Quentin Tarantino avec Uma Thurman
Kill Bill : The Whole Bloody Affair (2026) de Quentin Tarantino, en salles le 8 juillet. © Studiocanal

Kill Bill : pourquoi la version intégrale de Tarantino arrive enfin en salles, vingt ans après

Annoncée, espérée, longtemps fantasmée, Kill Bill : The Whole Bloody Affair de Quentin Tarantino sort en France le 8 juillet. Cette version intégrale de 4h35, qui fusionne les deux volumes et s’enrichit d’une séquence animée inédite, met un terme à l’une des plus longues attentes de la cinéphilie contemporaine.

Kill Bill : le dyptique conçu en réalité comme un unique film

Il y a des films qui existent d’abord comme légende avant d’exister comme objet. Kill Bill : The Whole Bloody Affair appartient à cette catégorie rare. Pendant plus de vingt ans, ce montage intégral signé Quentin Tarantino a circulé sous forme de rumeur, évoqué dans la presse, projeté lors de quelques séances confidentielles, sans jamais connaître de sortie en bonne et due forme. Sa programmation en salles françaises le 8 juillet referme donc une parenthèse ouverte au début des années 2000.

Pour comprendre l’événement, il faut revenir à la genèse du projet. Kill Bill avait été conçu et tourné comme un seul long-métrage. C’est sur l’insistance de la Miramax de Harvey Weinstein, soucieuse d’éviter un film de plus de quatre heures, que l’œuvre fut scindée en deux volumes, sortis respectivement en 2003 et 2004. Ce découpage, dicté par des considérations commerciales, a durablement façonné notre rapport au film. Plusieurs générations de spectateurs ont découvert Kill Bill en diptyque, sans jamais soupçonner la forme initiale que son auteur avait en tête.

Quentin Tarantino n’a pourtant jamais renoncé à cette vision première. Dès 2004, il assemble les deux volets en un seul montage présenté au Festival de Cannes, puis ressorti çà et là au fil des ans, notamment dans sa propre salle, le New Beverly Cinema de Los Angeles. Le réalisateur a longtemps justifié cette diffusion parcimonieuse par le désir d’attendre de détenir lui-même les droits du film, et par l’idée qu’une œuvre de cette ampleur gagne en signification lorsqu’on doit se déplacer pour la voir. Une position de principe, presque une coquetterie d’auteur, qui a entretenu le mythe autant qu’elle a frustré le public.

Le grand retour de Quentin Tarantino dans les salles

L’année 2025 marque le tournant. Après une sortie limitée aux États-Unis en juin, The Whole Bloody Affair connaît une distribution nationale en décembre, saluée par une réception critique élogieuse. Le film a depuis poursuivi sa carrière sur les plateformes et en vidéo, avant d’arriver enfin dans les salles françaises grâce à Studiocanal. Pour Quentin Tarantino, cette ressortie tient aussi d’un retour : il s’agit de sa première œuvre projetée en salles depuis Once Upon a Time… in Hollywood, sorti en 2019.

Cette version n’est pas un simple collage des deux volumes. Le cliffhanger qui clôturait le premier volet a été supprimé, de même que le résumé qui ouvrait le second, afin de rendre au récit son unité de mouvement. S’y ajoutent une vingtaine de minutes par volet ainsi qu’une séquence animée inédite, The Lost Chapter : Yuki’s Revenge. Tirée d’un brouillon ancien du scénario, cette séquence met en scène une vendetta secondaire, longtemps écartée parce qu’elle allongeait le film et alourdissait le budget. Animée sous Unreal Engine dans le cadre d’un partenariat avec le jeu Fortnite, elle illustre la manière dont une œuvre des années 2000 se rejoue à l’âge des plateformes, entre patrimoine cinéphile et logique de marque.

Le dispositif de projection participe lui aussi de l’événement. D’une durée de 4h35, la version intégrale comprend un entracte de quinze minutes, et certaines salles capables d’accueillir le format la diffuseront en 70mm. Loin d’être un détail technique, ce choix résume l’ambition du geste. Tarantino n’a jamais caché sa préférence pour la salle, pour la durée assumée, pour le rituel collectif de la séance. En imposant Kill Bill dans sa forme la plus longue et la plus exigeante, il revendique une certaine idée du cinéma comme expérience, à rebours de la consommation fragmentée d’aujourd’hui.

Reste à savoir comment le public français accueillera cette proposition d’un autre temps. À l’heure où l’attention se mesure en minutes, demander à un spectateur de s’asseoir pour près de cinq heures relève presque du défi. C’est aussi ce qui rend la sortie du 8 juillet singulière. Elle ne propose pas seulement de revoir un film culte, mais de le découvrir tel qu’il aurait toujours dû être montré.

Antoine Corte
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