Fidèle à ses thématiques sociales, la cinéaste Marie-Castille Mention-Schaar explore dans Pour le meilleur la réalité du grand handicap et le dévouement des proches aidants. Malgré la noblesse d’un sujet porté par un interprète issu de la société civile, le film s’égare dans une mise en scène trop démonstrative et un jeu d’acteur incertain. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
Synopsis :
L’incroyable histoire d’amour entre Philippe Croizon, un homme privé de ses quatre membres et de Suzana, une femme qui va lui redonner l’énergie et la possibilité d’avoir encore des rêves, dont celui de traverser la Manche à la nage.
Pour le meilleur : l’éthique au détriment de l’esthétique
Marie-Castille Mention-Schaar s’est forgé, au fil de sa filmographie, une spécialité de l’engagement social. De la transmission scolaire dans Les Héritiers à la transition de genre dans A Good Man, la cinéaste revient avec une obstination quasi doctrinale vers des individus en lutte contre les normes ou l’adversité. Avec Pour le meilleur, elle s’aventure sur le terrain du grand handicap et du dévouement parfois sacrificiel des aidants. Si la volonté de porter à l’écran des réalités trop souvent reléguées aux marges du regard collectif est louable, le résultat cinématographique peine à s’élever à la hauteur de ce qu’il entreprend.
Le pivot de l’œuvre repose sur un choix de casting dont l’audace ne compense pas entièrement les fragilités. Pour incarner son protagoniste, la réalisatrice a confié le rôle à Pierre Rabine, athlète quadri-amputé et novice absolu devant la caméra. Sa présence physique impose une vérité charnelle que nul acteur de formation n’aurait pu feindre. Mais la vérité du corps ne produit pas automatiquement celle du jeu. Pierre Rabine reste trop souvent en deçà des exigences dramaturgiques du rôle, dans un registre où la raideur l’entraine vers l’approximation. Cette insuffisance se propage à l’ensemble de la distribution, prise au piège d’un scénario dont les dialogues, trop construits, trop chargés d’intentions déclarées, sonnent creux au lieu de résonner.

Dans cet environnement où la parole semble souvent récitée plutôt que vécue, Sandrine Bonnaire fait figure d’exception. Sa présence habitée rappellent ce que le cinéma peut exiger d’un interprète, ce que le reste du film n’obtient pas.
La mise en scène n’aide guère à fluidifier ce récit de l’intime. Marie-Castille Mention-Schaar déploie une caméra dont l’insistance confine au didactisme. Plutôt que de laisser place à la suggestion ou au hors-champ, elle souligne chaque intention avec un zèle qui finit par étouffer. Cette frontalité, qui s’apparente davantage à une anxiété narrative qu’à un vrai parti pris esthétique, transforme ce qui aurait pu être une immersion sensible en une succession de démonstrations.

On ne saurait pourtant nier la puissance brute du matériau originel. La trajectoire de Philippe Croizon, et derrière lui la figure de Suzana, aidante reléguée dans l’ombre d’un exploit médiatisé, portent une intensité qui perce par instants. La ténacité de l’humain face à l’adversité reste un sujet d’une noblesse indiscutable. Mais le cinéma exige davantage que l’exposition d’une cause juste. En privilégiant le témoignage brut sur la construction artistique, Pour le meilleur se condamne à n’être qu’un objet d’édification : exemplaire dans ses intentions, mais trop peu habité pour que le sujet de société devienne une œuvre.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 22/04/2025
- Distribution France : Le Pacte
