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Romain Quirot Hugo Becker Le Dernier Voyage de Paul W.R photo tournage
© D.R.

Interview / « Le Dernier Voyage de Paul W.R » : la SF française existe

En plein cœur du Festival du Film Francophone d’Angoulême 2020 a eu lieu la projection du film de Romain Quirot, Le Dernier Voyage de Paul W.R. Ce long métrage, adapté du court métrage Le Dernier Voyage de l’énigmatique Paul W.R., que nous avions repéré en 2015 au Audi Talents Award, est un film de science fiction à petit budget qui témoigne de l’existence d’un savoir faire à la française dans ce domaine. Ce film regorge d’astuces pour faire voyager le spectateur dans un monde futuriste, sous forme de fable écologique, dans lequel la planète Terre est menacée de destruction. Bulles de Culture a rencontré le réalisateur qui est revenu sur ce pari fou ainsi que les deux interprètes principaux, Hugo Becker et la très jeune Lya Oussadit-Lessert.

Entretien avec Romain Quirot, réalisateur

Romain Quirot tournage Le Dernier Voyage de Paul W.R photo
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Bulles de Culture : Racontez nous comment le projet de court métrage s’est transformé en long métrage. 

Romain Quirot : Avec le court métrage qui a eu un beau succès d’estime et plusieurs prix, je me retrouve avec 15 minutes d’un univers que j’ai posé. Après avoir fait la tournée des festivals, j’ai eu envie de m’atteler à un long métrage de science fiction, pas forcément sur l’univers de Paul W.R. Je voulais simplement mettre du road movie dans un univers de science fiction. Puis, peu à peu, le fait d’adapter Paul W.R. en long métrage s’est imposé comme une évidence et je suis parti sur le projet.  

Bulles de Culture : Peu de films de science fiction français existent. En série, on voit émerger ces dernières années des séries comme Missions (OCS), La Guerre des Mondes (Canal+). Ces séries ont-elles aider à lancer la production de Paul W.R. fasse à des producteurs réticents ? 

Romain Quirot : On fait beaucoup d’erreurs en France quand on fait de la science fiction. On est souvent calqué sur une méthode américaine et on n’arrive pas suffisamment à s’en détacher. Pour le financement de ce premier film, je savais que je me mettais face à une montagne infranchissable. Tu n’as pas commencé ton premier rendez-vous que tout le monde dit que c’est impossible à monter. Mais moi, plus on me dit que c’est pas possible, plus j’ai envie de le faire. J’ai eu des producteurs fous qui ont été dingues. On a besoin d’une nouvelle génération qui s’expose et qui sorte de la zone de confort en tentant de proposer de nouvelles idées. Je pense que la science fiction est un genre à creuser en France. 

« Les premier Star Wars avaient un côté très bricolé »

Bulles de Culture : On peut qualifier Le Dernier Voyage de Paul W.R. d’un film astuce. Réalisé avec un faible budget, vous avez dû regorger de subterfuges pour créer un univers complètement surréaliste. 

Romain Quirot : C’est sûr. Sans se comparer à ces films, il faut rappeler qu’au départ Mad Max était un film de débrouille où tu mettais quatre voitures à détruire. Les premiers Star Wars avaient aussi un côté très bricolé. On est loin des derniers films de la saga tournés entièrement avec des effets spéciaux. Dans Le Dernier Voyage de Paul W.R., je voulais créer un univers dit « français« . J’utilise par exemple une Peugeot comme voiture volante. C’était un travail de fourmi car il fallait trouver plein d’astuces pour palier le manque de financement. 

Le Dernier Voyage de Paul W.R Romain Quirot tournage photo
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Bulles de Culture : On trouve dans Le Dernier Voyage de Paul W.R. les influences Mad Max ou Star Wars mais le film fait aussi penser aux débuts de Luc Besson, renforcés par la présence de Jean Reno au générique. Cette filiation est-elle recherchée ? 

Romain Quirot : Luc Besson est l’un des réalisateurs français audacieux qui a essayé de tenter des choses en se prenant des murs. On peut également citer Jean-Pierre Jeunet ou Michel Gondry. La filiation avec toutes ces références est pleinement assumée. C’est même un postulat de départ. Je joue avec les codes, je les tords pour en faire quelque chose d’intime, une sorte de fable écologique. 

Concernant Jean Reno, l’acteur incarne dans le film à la fois l’image du père mais aussi un entrepreneur capable d’envoyer des gens dans l’espace. Il n’y a pas beaucoup d’acteurs français pour incarner ça. Il y avait une évidence pour Jean Reno qui trouvait très « couillu » d’incarner ce personnage. 

« Les jeunes d’aujourd’hui osent et veulent leur place dans un monde changé »

Bulles de Culture : Pourquoi avoir décidé d’inclure une adolescente dans le long métrage alors que la jeune femme est absente du court métrage ? 

Romain Quirot : Elma est l’un des personnages avec lequel je suis le plus proche. Elma est un personnage spontané dans un monde qui s’effondre autour d’elle avec un père désespéré qui ne croit plus en rien. Elle a besoin de s’accrocher à la vie. Elle m’a été inspirée par les jeunes d’aujourd’hui qui osent et que veulent leur place dans un monde changé. Voilà pourquoi je trouvais essentiel de parler de cette génération dans Le Dernier Voyage de Paul W.R.

Bulles de Culture : La musique originale grandiloquente fait un peu penser à du Hans Zimmer, tandis que vous utilisez également de la musique de catalogue…

Romain Quirot : Je ne suis pas d’accord sur la musique à la Hans Zimmer. Avec Etienne Forget, le compositeur, on a réutilisé de la musique du court. Il y a effectivement une envie de spectacle assumée, contrecarrée néanmoins par des instruments exotiques qu’on utiliserait pas dans des films de science fiction américains. Sur les morceaux originaux, j’avais envie de faire un film de SF pop, d’où l’acteur Philippe Katerine en hologramme. Mettre une scène de baston sur du Eddy Michel (Couleur menthe à l’eau), je trouve que c’est marrant. Il parait que lui-même a beaucoup apprécié.

Entretien avec les comédiens du film Hugo Becker et Lya Oussadit-Lessert

Le Dernier Voyage de Paul W.R tournage photo
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Bulles de Culture : Hugo, vous étiez présent sur le court métrage et vous arrivez sur le long métrage avec une envie de faire connaitre le projet, au-delà même de votre rôle d’acteur sur le film. Pourquoi ? 

Hugo Becker : C’est ce qu’on devrait faire à chaque fois. Un acteur est là pour soutenir un film, une histoire et un réalisateur. Il doit apporter son jeu évidemment mais l’acteur est le premier supporter du réalisateur. Quand j’ai lu le court métrage, j’ai été extrêmement touché par le propos. J’ai eu envie de tout faire pour que le long métrage se réalise. Mais dans l’histoire, c’est surtout Romain qui a tout donné pour que le film se fasse. 

Bulles de Culture : Lya, tu as découvert l’équipe au moment du long. Comment l’intégration s’est faite ? 

Lya Oussadit-Lessert :  Très bien et très facilement. Avant le début du tournage, on avait travaillé avec Hugo et Romain sur les scènes. C’était important qu’on se connaisse bien avant le tournage. C’était facile de m’intégrer car l’équipe était géniale. 

Bulles de Culture : Quelles sont tes icônes d’actrices ? 

Lya Oussadit-Lessert : Charlize Theron, je l’aime beaucoup. Mollie Bobby Brown avait mon âge quand elle a tourné la première saison de Stranger Things (Netflix). J’ai évidemment vu toute la série et l’actrice m’a inspirée pour mon rôle. 

« Un échange de génération efficace »

Bulles de Culture : Quand Romain à développer ce jeune personnage féminin pour le long métrage, quelle a été votre réaction ? 

Hugo Becker : c’était essentiel que Paul W.R. devrait rencontrer quelqu’un qui le fasse réfléchir mais qu’il devait protéger en même temps. Le duo a fonctionné comme des boucliers qui se protègent l’un et l’autre, mais de façon différente. Paul est un personnage perdu. Il a besoin d’un regard extérieur pour y voir clair. Elma a besoin d’une famille car elle n’a plus de père. Je crois qu’il y avait un échange de génération efficace. 

Le Dernier Voyage de Paul W.R critique avis photo
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Bulles de Culture : Est-ce facile de se projeter dans l’univers au moment du tournage avant l’ajout des effets speciaux ? 

Lya Oussadit-Lessert : Je savais à peu près à quoi cela allait ressembler car il y avait beaucoup de détails dans le scénario. Mais je me suis demandée à plusieurs reprises comment il était possible de filmer plusieurs choses : faire voler la voiture ou la fusée par exemple. Pendant le tournage, voir tous les rouages se mettre en oeuvre, c’était passionnant. 

Le Dernier Voyage de Paul W.R jean reno critique avis
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Bulles de Culture : Vous avez quand même tourné avec Jean Reno et Philippe Katerine pour Le Dernier Voyage de Paul W.R…

Hugo Becker : C’est énorme ! Jean Reno a quand même fait Léon, Le Grand Bleu, Nikita, c’est une légende ! C’est quelqu’un avec qui il est très agréable de travailler. On refera des trucs ensemble. Philippe Katerine, je ne l’ai pas croisé sur le tournage. Il est cependant un grand atout pour le film. C’est une folie positive qui fait du bien. Si jamais c’était la fin du monde, tous les présentateurs ficheraient le camp et il resterait à coup sûr le régisseur fou incarné par Philippe Katerine

En savoir plus :

  • Le Dernier Voyage de Paul W.R, prochaine au cinéma
  • Le film a été présenté en avant première au Festival du Film Francophone d’Angoulême 2020
Antoine Corte

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