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Interview / Joachim Lafosse et Damien Bonnard pour « Les Intranquilles »

Après avoir été acclamé en compétition officielle du dernier Festival de Cannes, le film Les Intranquilles était également présenté au Festival du Film Francophone d’Angoulême fin août. Nous en avons profité pour rencontrer le réalisateur, Joachim Lafosse, et son acteur principal, Damien Bonnard, venus discuter avec nous de cette histoire d’amour profonde d’une famille, perturbée par la bipolarité du père. Le long métrage, également avec Leïla Bekhti, sort dans les salles de cinéma le 29 septembre. Entretien croisée autour de ce film coup de poing. 

Synopsis :

Leila et Damien s’aiment profondément. Malgré sa fragilité, il tente de poursuivre sa vie avec elle sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire.

Les Intranquilles, tiré de l’histoire familiale de Joachim Lafosse

Joachim Lafosse tient une filmographie qui évoque à plusieurs reprises le couple en crise. Que ce soit dans son premier long métrage, Folie Privée, ou dans L’Economie du Couple, la séparation conjugale est douloureuse. Dans Les Intranquilles, le couple interprété par Leïla Bekhti et Damien Bonnard souffre à cause de la bipolarité du père, mais la famille semble tenir grâce à la pugnacité d’une Leïla faisant face à l’adversité avec un courage implacable. Joachim Lafosse s’inspire pour ce film directement de son histoire familiale avec son propre père diagnostiqué bipolaire. Il se confie sur la difficulté de vivre avec un proche ayant cette maladie :  « On ne quitte pas la psychose. Cela prend des années. Il y a un travail profond à faire pour que le patient accepte d’être aidé mais également que la famille intègre dans leur mode de vie la maladie. Le plus difficile pour un maniaco dépressif, c’est l’isolement qui suit l’annonce d’un diagnostic qui vient souvent tardivement. Il ne faut surtout pas rester seul avec la maladie mais se faire aider par plusieurs personnes« .

Bien au-delà de cette thématique intime, le cinéaste belge a le sentiment que le sujet de son long métrage est universel : « ce n’est pas un film spécifiquement sur la bipolarité. C’est un film sur une histoire d’amour mise à l’épreuve. Je n’ai jamais eu autant de spectateurs qui sont venus me voir après les projections pour me dire que le film avait fait écho à leur propre situation personnelle. Je suis extrêmement touché car c’est pour cela que je fais des films, pour les partager ensuite« .

Damien Bonnard : une des préparations les plus intensives pour un rôle

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Damien Bonnard évoque également l’échange que Joachim Lafosse a eu avec ses acteurs autour du scénario : « J’ai eu énormément de préparation pour ce personnage. On a beaucoup parlé avec Joachim Lafosse pour qu’ils nous expliquent son enfance, le personnage que je devais incarner« . Les Intranquilles a été l’occasion pour l’interprète encensé dans les Misérables de se livrer à une des préparations les plus intensives pour un rôle. Il explique : « J‘ai passé du temps avec un spécialiste à l’hôpital Sainte Anne pour bien comprendre la prise en charge d’un bipolaire. Le médecin m’a expliqué les effets de la prise médicamenteuse, le mécanisme de la maladie…J’ai ensuite suivi moi-même une psychanalyse pour trouver des choses en moi et faire un lien avec mon personnage. Le cinéaste Nicolas Philibert a également réalisé des documentaires sur la bipolarité que j’ai étudiés« . Le cinéaste rajoute aux propos de Damien Bonnard : « je peux dire que Les Intranquilles a été co-écrit avec les acteurs tant ils ont apporté à ce film ». 

Le personnage principal fixe ses angoisses à travers la peinture. « Cela vient de mon père qui lui était photographe » explique Joachim Lafosse. « Damien ayant fait les beaux arts, j’ai trouvé que la peinture était beaucoup plus cinématographique que la photographie. Et puis, il y a le livre L’intranquille de Gérard Garouste, autobiographie d’un peintre qui témoigne de sa bipolarité. Cela a fait tilt chez moi« .

Damien Bonnard détaille son travail spécifique sur la peinture : « Les peintures ont été réalisées par Piet Raemdonck, artiste belge concentré sur les natures mortes. On a échangé ensemble sur le processus créatif de ses peintures. Il fallait soit que je termine ses toiles pendant qu’on tournait, ou à l’inverse que j’en commence pour qu’il les termine« .

Idées Noires

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Joachim Lafosse adore mettre de la musicalité dans ses films. Dans L’économie du couple, il faisait danser Bérénice Bejo et Cédric Kahn sur du Maitre Gims. Dans Les Intranquilles, Leïla Bekhti et Damien Bonnard sont dans leur voiture à faire du playback sur Idées Noires de Bernard Lavilliers.  Joachim Lafosse explique la scène : « Dans la vie, j’écoute de la variété française. La musique et le cinéma, ça marche super bien. J’aime bien diffuser l’intégralité d’une chanson dans mes films. Je n’avais pas pensé à Idées Noires pendant l’écriture du scénario. C’est pendant le tournage que le titre m’est venu. La chanson évoque directement ce que vivent les personnages, ces limites dans la rencontre amoureuse. C’est comme Ferrat qui vient questionner les limites de la grandeur dans son titre Mes amours« .

Le film donne la possibilité au jeune Gabriel Merz Chammah, fils de Lolita Chammah, l’une des trois enfants d’Isabelle Huppert et du réalisateur et distributeur Ronald Chammah, de faire ses premiers pas au cinéma. Le jeune garçon doit interpréter des moments difficiles. Joachim Lafosse nous parle de sa relation avec son jeune comédien : « Je n’ai pas vraiment dirigé Gabriel. C’est Leila et Damien qui s’en sont chargés. De mon côté, j’ai essayé de le garder le plus naturel possible. Je lui explique paisiblement ce qu’il va jouer. Gabriel a une grande intelligence et il comprend tout de suite. Puisque sa famille vient du métier, il connaissait le milieu, le fonctionnement d’un tournage« . Damien rajoute : « On n’a pas forcément abordé le sujet de la bipolarité avec lui. On lui expliquait scène par scène. C’est un gamin très affuté et à l’écoute. C’était la première fois qu’il jouait. On était en quelque sorte ses parents de tournage. On a créé quelque chose ensemble, une relation qui se ressent à l’image« .

En savoir plus :

Antoine Corte

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