Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Sylvain Desclous est reconnu pour son exploration des dynamiques de pouvoir et des enjeux politiques dans ses œuvres cinématographique. Son dernier projet, Le Système Victoria, succédant à De Grandes Espérances, est une adaptation du roman éponyme d’Éric Reinhardt, sort en salles le 5 mars 2025. Ce film met en scène Damien Bonnard dans le rôle de David, un directeur de travaux confronté aux pressions d’un chantier colossal à La Défense, et Jeanne Balibar dans celui de Victoria, une DRH ambitieuse. À travers cette œuvre, Sylvain Desclous continue d’explorer les thèmes qui lui sont chers, en plongeant au cœur des relations passionnelles et des jeux de pouvoir au sein du monde de l’entreprise.
Bulles de Culture : Le Système Victoria est une adaptation du roman d’Éric Reinhardt. Comment avez-vous découvert ce livre, et qu’est-ce qui vous a poussé à en faire un film ?
Sylvain Desclous : J’ai lu le roman dès sa sortie en 2011, et il m’a immédiatement marqué. Il y avait dès le départ un potentiel cinématographique fort. Dix ans plus tard, Éric Reinhardt m’a proposé d’en faire une adaptation. Il avait déjà entamé un scénario, et nous avons collaboré pour trouver un équilibre entre fidélité au texte et exigences du cinéma. Il était essentiel de conserver la tension et le suspense du roman tout en adaptant la fin, car le livre se conclut de manière particulièrement sombre.
Bulles de Culture : Votre filmographie explore souvent les rapports de pouvoir et les enjeux politiques. En quoi Le Système Victoria s’inscrit-il dans cette continuité ?
Sylvain Desclous : Le monde de l’entreprise et du capitalisme repose sur des dynamiques de pouvoir. Ce qui m’intéressait particulièrement ici, c’était la transformation de David, un architecte au départ intègre, projeté dans un univers impitoyable. Sous la pression des délais et des attentes, il finit par adopter les mêmes codes que ceux qu’il critiquait, en imposant des objectifs inatteignables et en cédant à la brutalité du système. Cette évolution m’a fasciné.
Bulles de Culture : Le film adopte le point de vue de David, alors que le roman multiplie les perspectives. Pourquoi ce choix ?
Sylvain Desclous : David est notre point d’entrée dans cet univers. Il est confronté à un système qui le dépasse, ce qui crée une proximité avec le spectateur. Adopter le point de vue de Victoria aurait compliqué l’identification, alors que David, en homme ordinaire plongé dans ce monde de pouvoir, devient un guide plus naturel pour le public.
Bulles de Culture : David est architecte, un métier à la croisée de la création artistique et des contraintes économiques. Ce tiraillement résonne-t-il avec votre propre expérience de cinéaste ?
Sylvain Desclous : Tout à fait. Réaliser un film, c’est naviguer en permanence entre une ambition artistique et des contraintes financières ou logistiques. Comme en architecture, on part d’une idée, mais la réalité du tournage nous oblige à composer, à ajuster. C’est un équilibre constant entre créativité et adaptation.
Bulles de Culture : Le roman comporte des scènes de sexe très crues. Comment avez-vous abordé leur transposition à l’écran ?
Sylvain Desclous : Ces scènes sont essentielles car elles traduisent la fascination et la dynamique de pouvoir entre David et Victoria. Il était hors de question de les supprimer, mais je voulais éviter le voyeurisme. Avec la chef opératrice Inès Tabarin, nous avons mis l’accent sur l’émotion et la tension plutôt que sur l’explicite.
Bulles de Culture : La mise en scène des chantiers et du monde ouvrier est très stylisée, loin d’une approche documentaire. Pourquoi ce choix ?
Sylvain Desclous : Je ne voulais pas d’un film en caméra à l’épaule captant le chaos du chantier comme un reportage. Il fallait une cohérence visuelle avec les scènes en bureaux ou restaurants. Nous avons donc opté pour une caméra posée, un cadre classique et une lumière travaillée, donnant une patine cinématographique à l’ensemble.
Bulles de Culture : Vous avez réuni Damien Bonnard et Jeanne Balibar. Comment avez-vous construit ce duo ?
Sylvain Desclous : Damien a une présence rassurante et une fragilité sous-jacente qui convenait parfaitement à David. Jeanne pouvait incarner toute la complexité de Victoria : hautaine, spirituelle, séduisante, glaçante. Il était crucial d’éviter la caricature de la “méchante blonde hitchcockienne”, et Jeanne a apporté à son personnage une grande subtilité.
Bulles de Culture : La musique joue un rôle essentiel dans l’atmosphère du film. Comment avez-vous travaillé avec votre compositrice, Florencia Di Concilio ?
Sylvain Desclous : Florencia a tout de suite eu l’idée d’une musique stylisée, inspirée des années 70. Nous avons utilisé un synthé vintage pour donner une texture particulière à la bande-son, dans l’esprit des films de Pakula comme Les Hommes du président.
Bulles de Culture : Selon vous, ce film marque-t-il une évolution dans votre cinéma ?
Sylvain Desclous : La nouveauté pour moi, c’était d’explorer une histoire d’amour et de la mettre en scène, notamment dans des moments de sensualité. Pour le reste, j’ai toujours aimé jouer avec le suspense et la tension. Mais je pense que mes futurs projets s’éloigneront de la politique et du pouvoir pour explorer davantage les relations humaines.
En savoir plus :
- Le système Victoria
- 5 mars 2025 en salle
- De Sylvain Desclous
- Avec Damien Bonnard, Jeanne Balibar, Cédric Appietto
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