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Jack O’Connell dans Ink de Danny Boyle sous les rotatives du journal The Sun
Jack O’Connell incarne Larry Lamb dans Ink de Danny Boyle, film d’ouverture de la Mostra de Venise 2026. © STUDIOCANAL

« Ink » de Danny Boyle : quelles sont les premières critiques après Venise ?

Présenté en première mondiale en ouverture de la Mostra de Venise 2026, Ink, le nouveau film de Danny Boyle sur la naissance du Sun de Rupert Murdoch, a reçu un accueil globalement favorable. Jack O’Connell impressionne particulièrement dans le rôle de Larry Lamb, tandis que l’énergie de la mise en scène séduit davantage que la démonstration politique du film. Sortie en France prévue le 6 janvier 2027.

Mise à jour le 3 septembre

Danny Boyle n’avait encore jamais présenté de film à la Mostra de Venise. Pour sa première participation, le réalisateur de Trainspotting, Slumdog Millionaire et 28 Ans plus tard entre directement par la grande porte. Son nouveau long métrage, Ink, a été choisi pour ouvrir ce mercredi 2 septembre la 83e édition du festival italien, où il concourt également pour le Lion d’or.

Danny Boyle a finalement fait ses débuts en compétition à Venise mercredi 2 septembre. Projeté à 19 heures en Sala Grande après la cérémonie d’ouverture, Ink a reçu environ cinq minutes d’ovation en présence du réalisateur, de Jack O’Connell, Guy Pearce et Claire Foy. Le film reste en lice pour le Lion d’or de cette 83e Mostra.

Un choix particulièrement exposé pour un film qui revient lui-même sur une machine à fabriquer de l’attention. Ink raconte l’acquisition du quotidien britannique The Sun par Rupert Murdoch en 1969 et sa rencontre avec Larry Lamb, le rédacteur en chef chargé d’en bouleverser la formule. Leur association transforme un journal en difficulté en phénomène populaire, jusqu’à en faire l’un des emblèmes de la presse tabloïd britannique.

Ink, ou la naissance du tabloïd moderne

Le projet vient du théâtre. Le scénario est signé James Graham, qui adapte sa propre pièce Ink, créée à Londres en 2017 avant de poursuivre son parcours jusqu’à Broadway. La Biennale présente le film comme le récit d’un groupe d’outsiders inventant une nouvelle manière de produire l’information : moins respectueuse des codes établis, plus spectaculaire et fondée sur une intuition simple, donner au public ce qu’il veut lire.

Ce retour à 1969 donne surtout à Danny Boyle l’occasion de chercher les racines d’un paysage médiatique devenu familier. Le cinéaste établit lui-même un lien entre l’essor du Sun et les logiques qui nourriront plusieurs décennies plus tard l’information en continu, le clickbait ou les réseaux sociaux. Il ne s’agit donc pas seulement de raconter l’ascension de Murdoch, mais de regarder le moment où information, divertissement et recherche de l’audience commencent à se confondre à une échelle nouvelle.

Le sujet paraît taillé pour Boyle. Depuis Trainspotting, le réalisateur britannique affectionne les récits lancés à pleine vitesse, les personnages saisis par une énergie qui finit souvent par les dépasser et les univers où la réussite possède un coût moins visible. Les premiers éléments dévoilés autour d’Ink promettent précisément un film très mobile plutôt qu’un biopic institutionnel consacré à Rupert Murdoch. La production décrit elle-même le long métrage comme un « rollercoaster » cinématographique.

Guy Pearce en Rupert Murdoch, Jack O’Connell en Larry Lamb

Guy Pearce et Jack O’Connell dans Ink de Danny Boyle en Rupert Murdoch et Larry Lamb
Guy Pearce en Rupert Murdoch et Jack O’Connell en Larry Lamb dans Ink de Danny Boyle. Anthony Dickenson © 2026.

À l’écran, Guy Pearce incarne Rupert Murdoch, alors au début de son expansion dans la presse britannique. Jack O’Connell joue Larry Lamb, l’homme auquel Murdoch confie la transformation du Sun. Claire Foy complète le trio principal. Le film dure 1 h 56 et réunit également derrière la caméra le directeur de la photographie Alwin H. Küchler et le compositeur Daniel Pemberton.

Le choix de Guy Pearce attire forcément l’attention après sa prestation dans The Brutalist. Mais Boyle a déjà prévenu qu’il ne souhaitait pas réduire Murdoch à une figure de pur antagoniste. L’ambition annoncée consiste plutôt à comprendre comment une révolution commerciale et journalistique a pu s’imposer, puis modifier durablement la relation entre médias et public.

Guy Pearce a également révélé à Venise avoir échangé avec Elisabeth Murdoch. Selon l’acteur, la fille de Rupert Murdoch lui a indiqué que son père était très satisfait de son choix pour l’incarner. Une approbation encore provisoire : Pearce a lui-même précisé que le magnat n’avait pas encore vu le film au moment de cette conversation.

Ink : que disent les premières critiques à Venise ?

Les premiers avis publiés après la projection confirment précisément cette ambiguïté. La presse internationale salue largement l’énergie de Danny Boyle et surtout Jack O’Connell, très remarqué dans le rôle de Larry Lamb. Screen International décrit une œuvre fiévreuse portée par son acteur principal, tandis que The Guardian souligne à son tour la force de son interprétation. Le film séduit par sa vitesse, son montage et sa manière de restituer l’excitation d’une rédaction qui croit inventer l’avenir de l’information.

L’enthousiasme est toutefois tempéré par une réserve récurrente. Plusieurs critiques estiment que Ink comprend mieux le pouvoir de séduction du tabloïd que les conséquences politiques du système qu’il raconte. Télérama le juge ainsi divertissant mais superficiel. The Times pointe de son côté une conclusion trop démonstrative lorsqu’elle relie le Sun à la désinformation contemporaine. À l’inverse, Vulture voit dans cette absence de condamnation simpliste l’une des grandes qualités du film et va jusqu’à y reconnaître le meilleur Danny Boyle depuis des décennies.

Danny Boyle alerte sur l’intelligence artificielle et le journalisme

À Venise, Danny Boyle a prolongé le propos de son film en évoquant directement l’intelligence artificielle. Le réalisateur s’inquiète de voir les géants technologiques pouvoir remplacer une partie du travail journalistique par des systèmes moins coûteux et plus efficaces. Sa question est surtout politique : une intelligence artificielle pourra-t-elle réellement demander des comptes au pouvoir technologique qui l’a créée ? Boyle a rappelé à cette occasion l’importance, selon lui, d’un journalisme capable de « speak truth to power ».

Cette inquiétude éclaire aussi son refus de transformer Rupert Murdoch en caricature. Boyle rappelle que Murdoch et Larry Lamb furent d’abord deux outsiders en lutte contre un establishment britannique fermé. Le cinéaste cherche moins à les absoudre qu’à comprendre pourquoi leur révolution a pu être aussi séduisante avant de transformer durablement l’information.

Pourquoi Ink est l’un des films attendus de la Mostra 2026

Son statut de film d’ouverture suffit à placer Ink au centre de cette première journée vénitienne. Alberto Barbera, directeur artistique de la Mostra, l’a présenté comme un titre particulièrement attendu de la sélection. Il arrive aussi dans un contexte où le festival compte sur plusieurs cinéastes reconnus, parmi lesquels Hirokazu Kore-eda, Lee Chang-dong, Werner Herzog ou Martin McDonagh, alors que plusieurs grosses productions américaines annoncées ou espérées ne sont finalement pas présentes cette année.

Ink possède surtout un sujet immédiatement contemporain derrière sa reconstitution historique. À l’heure où la circulation de l’information, la puissance des plateformes et l’économie de l’attention sont devenues des questions politiques autant que médiatiques, Danny Boyle revient au moment où l’un des futurs géants de la presse comprend que conquérir un public passe aussi par une nouvelle manière de provoquer son désir.

Ces premières réactions installent donc Ink parmi les films remarqués de ce début de Mostra sans en faire, pour l’instant, un favori incontestable. Le consensus semble davantage se construire autour de l’interprétation de Jack O’Connell et de la virtuosité de Boyle que de la portée politique de son diagnostic sur les médias.

Quand sort Ink en France ?

Après sa première mondiale à Venise, Ink est attendu dans les salles françaises le 6 janvier 2027, sous la bannière StudioCanal. Aux États-Unis, Netflix prévoit une sortie limitée en salles le 11 décembre 2026 avant une diffusion sur sa plateforme le 8 janvier 2027.

Antoine Corte

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