enfr
Informations

Interview / Emmanuel Courcol pour « Un Triomphe »

Dernière mise à jour : septembre 2nd, 2021 at 09:31

Après que Un Triomphe (2020) ait reçu l’année dernière le Valois du Public au Festival du Film Francophone d’Angoulême, son réalisateur Emmanuel Courcol revient cette année présenter le film au festival avant sa sortie en salle le 1er septembre. Ce feel good movie laissé dans les cartons pendant cette année COVID suit le processus d’animation d’un atelier théâtre en prison dirigé par un professeur d’art dramatique, interprété par l’excellent Kad Merad. Rencontre avec Emmanuel Courcol juste avant la sortie du film. 

Synopsis :

Un acteur en galère accepte pour boucler ses fins de mois d’animer un atelier théâtre en prison. Surpris par les talents de comédien des détenus, il se met en tête de monter avec eux une pièce sur la scène d’un vrai théâtre. Commence alors une formidable aventure humaine. Inspiré d’une histoire vraie.

Un Triomphe : interview du réalisateur Emmanuel Courcol

Un Triomphe photo film 2021 2
© Carole Bethuel

Un an après votre Valois du Public au Festival d’Angoulême 2020, vous revenez présenter le film. C’est en quelque sorte un bonus ?

C’est quand même bizarre. J’ai eu le temps d’écrire mon prochain film entre temps alors que Un Triomphe n’est pas encore sorti en salle. Le film a été tourné fin 2019, et fini en juin 2020. Cela a permis d’accompagner le film dans plein d’avant-premières.

Un Triomphe est une histoire rocambolesque, mais c’est une histoire vraie…

Oui tout à fait. Evidemment, il y a une partie fictionnée mais cela s’est globalement passé comme je le raconte dans le film.

Vous faites un film de groupe. Comment gérez la direction d’acteurs avec autant de protagonistes qu’il faut mettre en valeur ?

Cela se prépare au niveau du casting pour faire un ensemble harmonieux et intéressant. Il faut sentir le feeling entre les acteurs. C’est une direction à plusieurs étages. Il faut d’abord les diriger en tant que détenus, puis les diriger en tant qu’acteurs débutants de la pièce qu’ils montent en prison. C’est très riche comme direction.

« La prison sous cet angle là est positive« 

Avez-vous une vision résolument positive de la prison ?

J’avais une vision très classique des prisons. Elle a évolué en rencontrant Irène Muscari, coordinatrice culturelle en prison. J’ignorais qu’il y avait une telle vie culturelle dans les centres pénitenciers. Un Triomphe raconte d’ailleurs cette découverte de ces derniers sous un autre prisme qu’un simple lieu d’enfermement. La prison sous cet angle là est positive. Je n’ai pas cherché à faire un film qui montrait l’intégralité du milieu carcéral. On ne voit pas par exemple les conditions parfois précaires de ces détenus. Il fallait que cela reste positif.

Un Triomphe photo film 2021
© Duchili

Vous faites jouer la pièce En attendant Godot de Samuel Beckett aux détenus dans votre film. C’est une parfaite métaphore de la prison !

C’est la pièce que préparait vraiment les détenus dans l’histoire vraie dont je me suis inspiré. Je m’étais posé la question de prendre un texte plus accessible comme Molière par exemple. J’y suis revenu car cela me semblait nécessaire de reprendre les mots de Samuel Beckett, qui faisait intégralement parti de l’histoire que je souhaitais raconter.

« J’espère que le film donnera envie au ministère de travailler sur les activités culturelles en prison« 

Le choix de Kad Merad n’est pas le plus évident pour ce type de rôle.

Au départ, j’ai hésité. Je l’ai découvert dans Baron Noire. Kad Merad donnait dans cette série quelque chose de plus sombre. C’est là que je me suis décidé. Il a parfaitement rempli le défi. Il était très en demande d’ailleurs. J’étais dans une direction d’acteur tout en nuance avec lui.

Vous êtes à certains moments critique vis-à-vis de la lourdeur administrative pénitentiaire dans Un Triomphe. Est-ce quelque chose que vous avez ressenti pendant le tournage ?

Irène Muscari a joué un grand rôle dans la préparation du tournage. Elle m’a permis de suivre cet atelier théâtral pendant la période d’écriture. Ensuite, il y a eu un grand travail d’information auprès du personnel pénitencier avant de tourner dans la prison. Sur les autorisations, on a eu aucune difficulté. Au contraire, l’administration était extrêmement coopérative en donnant toutes les facilités possibles. On reste quand même dans un univers particulier où il doit y avoir des règles strictes. J’espère que le film donnera envie au ministère de travailler sur les activités culturelles en prison. On voit que cela ne peut faire que du bien dans le processus de réinsertion de ces détenus.

Quelques mots d’Irène Muscari, coordinatrice culturelle qui a participé à la production du film

C’est passionnant, épuisant. Après 13 ans, j’ai vu l’évolution au sein de l’administration pénitentiaire avec une ouverture. La culture n’a plus à convaincre, elle participe pleinement à la prise en charge de re socialisation du détenu. On ne parle pas que de théâtre d’ailleurs, on peut accompagner avec une pratique artistique quelle qu’elle soit : la musique, la peinture, la littérature. Cette pratique artistique contribue à la valorisation de la personne et lui permet de se replacer au sein de la société.

En savoir plus :

Antoine Corte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.