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Deadpool affiche film cinéma
Affiche du film "Deadpool"

Critique / « Deadpool » (2016) casse la méta-baraque !

Dernière mise à jour : mai 11th, 2022 at 09:46

Deadpool débarque enfin sur les écrans ! Ancré dans l’univers des X-Men, le premier film de Tim Miller met en abyme Ryan Reynolds dans le rôle-titre de sa vie. Un film fait par des fans et pour les fans, bourré d’humour méta et de références geek à gogo. Un premier tour de piste qui tente le diable en donnant carte blanche à l’anti-héros le plus populaire et le plus déjanté de l’univers Marvel. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Deadpool (Ryan Reynolds) s’appelle à l’origine Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

L’avènement de Deadpool…

Depuis le tout premier X-Men de Brian Singer en 2000, la franchise du Professeur Xavier et de son école de mutants a bien évolué. Dans le même temps, le film de super-héros est devenu le genre dominant à Hollywood grâce aux prouesses technologiques d’effets spéciaux et de prises de vues numériques haute définition.

En cette ère de l’Internet tout-puissant, le règne du geek-roi est ainsi fermement établi. L’heure de Deadpool a enfin sonné…

Que ce soit dans le comic book ou dans le film, le personnage de Deadpool représente le fan à la perfection. Méta-conscient du 4ème mur qu’il démolit en permanence (celui-là même qui sépare la réalité de la fiction), il interagit directement avec son ami lecteur/spectateur avec une connivence unique, bourrée de clins d’œil référencés et dégoulinant de culture geekissime.

Deadpool est en quelque sorte le fan ultime de l’univers Marvel « dans » l’univers Marvel. Tout ce que les fans rêveraient de faire ou de dire dans un film de super-héros, Deadpool le réalise, avec une insolence et une désinvolture jouissive. Un véritable « geek come true » pour toute cette génération d’adultes élevée aux films Marvel, DC et compagnie, et qui trouve en Deadpool un fidèle ambassadeur déluré, cool, et surtout totalement décomplexé.

… après des années de galères !

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Ed Skrein dans le film « Deadpool » © Twentieth Century Fox

Deadpool arrive donc à point nommé et peut enfin voir le jour dans une glorieuse version non censurée et « rated R » aux États-Unis — R pour « restricted », les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte. Et pourtant, malgré la pertinence évidente de son avènement, le développement du film ne fut pas une mince affaire pour son producteur et interprète, Ryan Reynolds.

En effet, cela fait onze ans que l’acteur tente de développer un film Deadpool. Certains se rappelleront certainement de sa première interprétation de Wade Wilson, au second plan de X-Men Origins: Wolverine en 2009. Une version très éloignée du Deadpool adulée par les fans, évidemment référencée dans le film sous forme de petite figurine qui finit cyniquement à la poubelle — elle aussi aussi référencée dans la  vidéo de marketing virale ci-dessous diablement revancharde.

L’échec relatif de ce premier essai ne décourage pas pour autant Ryan Reynolds qui suit avec intérêt le développement d’une nouvelle version de Deadpool, beaucoup plus fidèle aux comics. D’autant plus qu’avec X-Men Days of Future Past, une nouvelle timeline est établie dans l’univers Marvel, permettant non seulement d’effacer les ratés de X-Men: The Last Stand mais aussi de relancer cette nouvelle version indépendante du fameux anti-héros.

Le scénario de Deadpool est alors commandé par la Fox en 2010. Deux ans plus tard, à l’aide de sa compagnie d’effets spéciaux Blur Studios, Tim Miller réalise une séquence-test bourrée d’action, avec la voix de Ryan Reynolds, évidemment sur le coup. Mais la frilosité du studio face à la violence et la vulgarité du personnage ralentit sensiblement le développement du projet. La Fox demande en effet une version PG-13 (grand public) du scénario pour pouvoir l’intégrer dans le canon X-Men sans risques de le dénaturer.

Le projet semble au point mort lorsqu’en 2014, en plein milieu du célèbre Comic-Con International: San Diego, la fameuse séquence-test fuite « accidentellement » sur le net. La vidéo fait le buzz et les fans en redemandent. Les studios finissent par céder et donnent enfin leur feu vert à la version « R-Rated » — forcément moins rentable — du scénario. Deadpool va enfin voir le jour grâce aux fans, comme il se doit, après six années de galère et de persévérance.

Deadpool: origins

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Morena Baccarin et Ryan Reynolds dans le film « Deadpool » © Twentieth Century Fox

Comme la majorité des nouvelles franchises de super-héros, Deadpool a le droit au traitement complet de l' »origin story », en nous présentant l’histoire de Wade Wilson, son quotidien de mercenaire, sa vie amoureuse, son cancer puis sa transformation en Deadpool et comment il obtint ses pouvoirs, son alias, son costume, ses ennemis, etc., etc.

Des ficelles déjà tellement usées qu’on n’échappe pas à la pesante sensation de déjà-vu. Pourtant, et heureusement, les scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick (Zombieland) multiplient les efforts et profitent de la singularité de l’anti-héros irrévérencieux pour alléger au mieux cet exercice quasi obligatoire pour le genre.

Les scénaristes et le réalisateur font ainsi le choix judicieux de commencer le film avec l’authentique Deadpool et non pas avec Wade Wilson. De cette manière, l’impertinent anti-héros prend en main le récit et raconte avec joie sa propre histoire, en s’adressant directement à son auditoire complice.

Grâce à l’humour « méta » propre au mercenaire rebelle qui transgresse le 4ème mur à volonté, les flashback s’enchaînent de façon peu orthodoxe mais originale. Deadpool enfreint allègrement les règles de continuité temporelle, cassant ainsi selon lui quatre murs au carré, soit seize murs. Balèze.

Le film traîne donc le boulet du récit trop traditionnel des origines du héros, mais Deadpool sauve les murs… en les cassant.

Petit mais costaud

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Brianna Hildebrand et Ryan Reynolds dans le film « Deadpool » © Twentieth Century Fox

C’est à reculons que la Fox a donné son feu vert à Deadpool. C’est pourquoi elle ne va lui accorder qu’un « petit » budget, pas encore officiel mais estimé aux alentours des 50 millions de dollars. Une maigre somme pour un film de super-héros, quand on voit les moyens déboursés par le studio pour les autres franchises — 120 millions pour The Wolverine ou Fantastic Four et 200 millions pour X-Men: Days of Future Past.

Mais le réalisateur Tim Miller, expert en effets visuels et spéciaux, sait parfaitement donner à son petit film des allures de grand.

Remarqué pour son travail sur le générique du Millenium (cf. vidéo ci-dessus) de David Fincher — qui sponsorisera d’ailleurs Deadpool auprès des studios, tout comme James Cameron —, Tim Miller récidive avec la séquence d’ouverture de Deadpool. Il y fait preuve de tout son talent dans un plan séquence visuellement créatif et efficace, qui nous plonge instantanément dans le méta-univers comique du super-anti-héros.

Cependant, malgré les prouesses du réalisateur, des sacrifices budgétaires sont inévitables. Le cinéaste doit par exemple renoncer à deux personnages du scénario initial, Garrison Kane et Cannonball, leurs pouvoirs étant trop coûteux à mettre en images. De même, les scènes d’action de Deadpool, bien qu’irréprochables, sont nécessairement de moins grande envergure que celles des autres films Marvel.

Mais au final, ce côté un peu « cheap » et bras-cassé s’accordent parfaitement à l’univers de Deadpool. Ce dernier est déjà en soi une sorte d’outsider dans l’univers Marvel. Et ironiquement, le film l’est aussi au sein des productions de la Fox.  Les cinéastes prennent donc un malin plaisir (partagé) à jouer ouvertement sur les faiblesses du film à travers la répartie acérée de Deadpool.

Par exemple lorsqu’il débarque à la célèbre école du professeur Xavier, Deadpool ne manque pas de souligner qu’il est très étrange de ne croiser que deux X-Men — Colossus et Negasonic Teenage Warhead, les deux seuls X-Men de Deadpool — sur un si vaste campus. Puis de rajouter carrément qu’il doit s’agir d’un problème de budget. Une des nombreuses tirades improvisées par Ryan Reynolds qui profite du méta-Deadpool pour jouer de son insolente répartie.

Ryan Reynolds is Deadpool is Ryan Reynolds

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Ryan Reynolds et Morena Baccarin dans le film « Deadpool » © Twentieth Century Fox

L’acteur/producteur Ryan Reynolds est totalement indissociable de la version cinématographique de Deadpool. Par son implication d’une part, mais surtout par son humour sarcastique et sa personnalité, naturellement très proche de celle du mercenaire cabotin.

La caractéristique majeure de Deadpool est en effet de débiter non-stop des commentaires déplacés, des vannes grossières ou d’insolentes diatribes interminables. Et Ryan Reynolds possède justement un talent naturel pour la répartie comique et effrontée qu’il met joyeusement au service du film.

L’acteur canadien a de plus fait ses débuts à Vancouver dans l’improvisation, une arme essentielle qu’il exploite avec entrain pour interpréter son alter-ego masqué. Il a d’ailleurs organisé très tôt une relecture du scénario avec le reste du casting en sollicitant de leur part un maximum d’improvisation — au grand plaisir de T.J. Miller (Silicon Valley), qui interprète Weasel, l’espèce de comique de service/side-kick de Deadpool. Le film promet donc de nombreuses scènes alternatives et autres bêtisiers dans de futurs bonus DVD/Blu-Ray.

Et enfin, Ryan Reynolds profite et utilise à pleine mesure l’aspect « méta » de son personnage. Comme une forme de thérapie par le rire, l’acteur se moque allègrement des aléas de sa filmographie (Green Lantern en tête) et prend un malin plaisir à jouer de son image de playboy.

Il passe d’ailleurs une bonne partie du film avec le visage affreusement défiguré de son personnage. Un maquillage effroyablement réussi de Bill Corso, qui nécessitait pas moins de quatre heures de travail par jour — et même jusqu’à huit heures d’affilées pour une scène de nu intégral version Deadpool.

Quand au reste du film, l’acteur sexy passe la plupart de son temps caché sous un masque, retouché numériquement pour l’expression des yeux blancs, mais tout de même basé sur le jeu de Ryan Reynolds, qui tourna chaque scène avec et sans le masque.

Quel futur pour Deadpool ?

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Ryan Reynolds dans le film « Deadpool » © Twentieth Century Fox

Pour Ryan Reynolds, faire ce film fut un rêve devenu enfin réalité. Il gardera même un costume de son alter-ego en souvenir à la fin du tournage. De passage à Paris pour promouvoir le film, l’acteur va même jusqu’à décréter, non sans sarcasme, que Deadpool sera son héritage, le rôle que les gens se souviendront le plus après sa mort.

En attendant, Ryan Reynolds a pris un malin plaisir à remettre le costume pour le méta-marketing viral et original de Deadpool. Quand au deuxième volet, il ne devrait pas trop tarder. Car après l’échec cuisant du récent Fantastic Four, sa suite planifiée ne verra pas le jour — dieu merci ! Et c’est donc Deadpool 2 qui a récemment pris son créneau sur le calendrier des sorties de la Twentieth Century Fox.

Ryan Reynolds aimerait y introduire le personnage de Cable car il adorerait voir se faire un jour un film sur la fameuse équipe de mutants appelée X-Force. Pendant ce temps, les studios réfléchissent à de futurs cross-over pour Deadpool au sein de l’univers X-Men. Certains fans spéculent sur une apparition dans le prochain Wolverine, un pari pas très risqué vu comment Hugh Jackman et Ryan Reynolds adorent se taquiner dans les médias depuis leur collaboration sur X-Men Origins: Wolverine — Reynolds réserve d’ailleurs à son ami australien de très bons clin d’œil dans Deadpool.

Mais de notre côté, on n’oublie pas la sortie future de Gambit en 2017, avec dans le rôle-titre Channing Tatum, que l’on imagine très facilement aux côtés de Ryan Reynolds pour quelques scènes bien délirantes d’autodérision…

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Brianna Hildebrand et Ryan Reynolds dans le film « Deadpool » © Twentieth Century Fox

Notre avis ?

Même si ce premier tir d’essai n’est pas parfait, Deadpool lance avec succès une franchise excitante et dans l’ère de son temps. D’autant plus que maintenant que l’origin story est passée, les cinéastes vont pouvoir vraiment passer aux choses « sérieuses ».

En attendant que le film fasse ses preuves au box-office, l’avenir de Deadpool semble prometteur et c’est avec impatience que l’on attend les prochaines apparitions de l’enfant terrible de l’univers Marvel.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 10/02/2016
  • Distributeur France : Twentieth Century Fox France
Emilio M.

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