Une femme aujourd’hui de Robert Guédiguian confie à Marilou Aussilloux le rôle d’une transfuge de classe dont l’existence bascule après une agression sexuelle. Un portrait qui trouve sa force dans les contradictions familiales, mais dont le scénario encadre trop étroitement le parcours d’émancipation. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.
Synopsis :
Juliette (Marilou Aussilloux) travaille dans la finance et mène une vie dont elle paraît maîtriser tous les aspects. Une agression sexuelle commise par un collègue bouleverse cet équilibre et l’amène à reconsidérer ses choix.
Une femme aujourd’hui : le prix de la réussite
Les parents de Juliette ont financé ses études pour qu’elle puisse échapper à leur condition. Ils mesurent désormais ce que cette réussite leur a coûté : leur fille leur consacre moins de temps, et son quotidien leur échappe. De cette contradiction, Robert Guédiguian tire le conflit le plus fécond d’Une femme aujourd’hui. Juliette a accompli le souhait de ses parents tout en devenant étrangère à leur existence. Les retrouvailles familiales portent ainsi le poids d’une séparation que personne n’avait tout à fait envisagée.
Marilou Aussilloux donne une incarnation convaincante à cette difficulté d’appartenance. Son interprétation fait exister Juliette au-delà de sa position sociale et permet de comprendre ce qui la rattache encore à un milieu dont elle s’est éloignée. C’est à travers elle que le film parvient à donner une dimension affective à son interrogation sur la réussite.
Autour de la comédienne, Robert Guédiguian rassemble sa troupe habituelle. Retrouver Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin demeure un plaisir pour les familiers de son cinéma. Cette fidélité produit cependant quelques arrangements avec le récit. Le voisin voyeur interprété par Jean-Pierre Darroussin semble notamment devoir sa présence au besoin de ménager une place au comédien. La réserve concerne moins son jeu que l’insistance avec laquelle ce personnage vient se greffer à la trajectoire de Juliette.
Le secret familial offre un prolongement plus intéressant au conflit entre les générations. Sa révélation fait remonter une histoire de domination dont le silence avait permis la transmission. Les blessures de l’Algérie coloniale continuent d’agir sur le présent, jusque dans ce que les personnages ignorent de leurs origines. Le rapprochement avec les violences subies par Juliette donne alors une profondeur historique à son expérience.
Une danse sur Time in a Bottle, de Jim Croce, exprime avec davantage de liberté ce qui circule entre les êtres. Le temps d’une chanson, la transmission devient une expérience sensible. La scène touche parce qu’elle laisse éprouver ce que la famille partage encore, malgré la distance qui s’est installée.
Une reconstruction trop dirigée
Le parcours de Juliette soulève toutefois une difficulté que le film ne parvient pas à dissiper. Dans l’organisation du récit, le viol semble servir à ramener l’héroïne vers les valeurs défendues par son auteur. Son engagement auprès de jeunes mères la rapproche d’un idéal collectif auquel sa vie professionnelle l’avait rendue étrangère. Le traumatisme se trouve ainsi chargé d’une fonction morale qui pèse sur la reconstruction du personnage. Le chemin paraît tracé pour elle, jusque dans la manière dont elle doit retrouver un sens à son existence.
La façon de filmer Juliette entretient également un malaise. Lorsqu’elle sort de la piscine, l’attention portée à son corps fait affleurer un regard masculin que la scène ne paraît guère interroger. Ce choix fragilise le projet d’accompagner son expérience : l’héroïne reste aussi un corps offert au regard, dans un film qui entend examiner les rapports de domination auxquels elle se heurte.
À mesure que le récit se développe, chaque nouvelle branche ajoute une préoccupation censée inscrire le film dans son époque. Les sujets s’accumulent jusqu’à donner l’impression d’un programme dont il faudrait remplir les différentes rubriques. Leur présence se justifie davantage par leur actualité que par la nécessité de les faire tous tenir dans cette histoire.
La mise en scène peine à donner une forme à cette dispersion. Elle accompagne les étapes du scénario sans toujours trouver le rythme qui permettrait de les approfondir. Le film s’attarde, mais cette durée n’accroît pas suffisamment notre connaissance de Juliette. Marilou Aussilloux maintient l’intérêt pour une femme que le récit sollicite sans cesse comme exemple.
Notre avis ?
Juliette a dû s’éloigner de ses parents pour devenir celle qu’ils souhaitaient. Le film lui accorde moins aisément la liberté de s’écarter des valeurs de son auteur.
En savoir plus :
- Sortie française : 21 octobre 2026
- Durée : 2 h 03
- Distribution : Diaphana Distribution
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Photographies officielles : © Agat Films / Bibi Film / Arte France Cinéma, fournies par Diaphana Distribution.
