Dernière mise à jour : octobre 22nd, 2026 à 02:29 pm
De “La Belle et la Bête” à “Titanic”, de “Deadpool 2″ à “Love Again”, Céline Dion entretient depuis plus de trente ans une relation singulière avec le cinéma. D’abord présente par sa voix, la chanteuse québécoise a peu à peu investi l’écran, tandis que sa propre vie devenait à son tour matière de fiction et de documentaire.
Avant même que Céline Dion ne joue véritablement la comédie, le cinéma avait déjà fait d’elle un personnage. Ou plutôt de sa voix. Une voix immédiatement associée au lyrisme, à la romance et à ces émotions que le grand écran aime pousser jusqu’à leur point d’incandescence.
Dans son parcours international, le cinéma n’est donc pas un simple terrain annexe. Il accompagne son ascension américaine, lui offre quelques-uns de ses plus grands succès et finit, plusieurs décennies plus tard, par se retourner vers elle pour raconter sa propre histoire.
La Belle et la Bête, premier rendez-vous avec Hollywood
Le premier grand croisement intervient au début des années 1990 avec La Belle et la Bête. Pour le classique animé de Disney, sorti en 1991, Céline Dion interprète avec Peabo Bryson une nouvelle version de Beauty and the Beast, entendue au générique de fin. Dans le film lui-même, la chanson est chantée par Angela Lansbury dans le rôle de Madame Samovar.
Le morceau devient un accélérateur considérable pour la carrière anglophone de la Québécoise. La chanson d’Alan Menken et Howard Ashman décroche l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1992, récompense attribuée à ses auteurs. Céline Dion et Peabo Bryson l’interprètent lors de la cérémonie, le jour des 24 ans de la chanteuse.
Le lien avec Disney ne disparaîtra d’ailleurs jamais complètement. Vingt-cinq ans plus tard, Céline Dion retrouve l’univers de La Belle et la Bête avec How Does a Moment Last Forever, composé par Alan Menken sur des paroles de Tim Rice pour l’adaptation en prises de vues réelles réalisée par Bill Condon en 2017.
De Personnel et confidentiel à Titanic, la voix des grandes histoires d’amour
Entre ces deux incursions chez Disney, le cinéma américain contribue à installer Céline Dion dans un registre particulier : celui de la grande ballade romantique.
En 1996, Because You Loved Me, écrite par Diane Warren, accompagne Personnel et confidentiel de Jon Avnet, avec Michelle Pfeiffer et Robert Redford. Le titre est nommé à l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1997.
Un an plus tard arrive évidemment Titanic. My Heart Will Go On, composé par James Horner et écrit par Will Jennings, dépasse très vite son statut de chanson de générique. Le morceau devient indissociable du film de James Cameron et, plus largement, de l’image publique de Céline Dion.
Lors des Oscars 1998, Titanic remporte onze statuettes sur quatorze nominations. My Heart Will Go On reçoit celle de la meilleure chanson originale, décernée à James Horner et Will Jennings.
L’association entre la chanteuse et le cinéma romantique est alors si forte qu’une chanson suffit parfois à convoquer tout un imaginaire de grand spectacle, de séparation et d’amour absolu. Même un titre moins célèbre comme Then You Look at Me, chanson-thème de L’Homme bicentenaire de Chris Columbus, signe quelques années plus tard les retrouvailles entre James Horner et Céline Dion.
Quand Céline Dion joue avec sa propre image
Le cinéma va ensuite commencer à exploiter autre chose que sa voix : son personnage public.
En 2014, Céline Dion apparaît ainsi dans Opération Muppets. Elle y partage une séquence musicale avec Miss Piggy sur Something So Right, dans une apparition qui détourne avec humour son statut de diva internationale. Disney réunit d’ailleurs autour des Muppets une longue série de caméos, parmi lesquels Lady Gaga, Tony Bennett, Salma Hayek ou Christoph Waltz.
Le mouvement est encore plus manifeste avec “Deadpool 2“ en 2018. Céline Dion interprète Ashes, ballade spectaculaire volontairement décalée face à l’irrévérence du personnage incarné par Ryan Reynolds. Le principe repose précisément sur le contraste : convoquer l’une des voix les plus associées au mélodrame hollywoodien dans un univers qui ne cesse d’en dynamiter les codes.
Céline Dion n’est plus seulement utilisée pour provoquer l’émotion. Son statut même de Céline Dion devient un élément du spectacle.
Love Again, Céline Dion dans son propre rôle
Cette évolution trouve son aboutissement en 2023 avec Love Again de Jim Strouse. Priyanka Chopra Jonas et Sam Heughan occupent les premiers rôles de cette comédie romantique dans laquelle Céline Dion interprète sa propre personne.
Sony présente le film comme son premier véritable rôle au cinéma, après ses apparitions plus ponctuelles. Son personnage intervient directement dans l’intrigue puisque le journaliste incarné par Sam Heughan doit écrire le portrait de la chanteuse avant de lui demander conseil sur sa propre vie sentimentale.
La musique de Céline Dion est surtout intégrée à la narration. Onze de ses chansons apparaissent dans le film et la bande originale comprend cinq morceaux alors inédits, dont Love Again. Il s’agit de ses premières nouvelles chansons depuis l’album Courage en 2019.
Le procédé résume assez bien la place prise par Céline Dion dans l’imaginaire du cinéma populaire américain. Elle y devient simultanément chanteuse, personnage et symbole d’une certaine conception de l’amour romantique.
De Aline à Je suis : Céline Dion, quand le cinéma raconte Céline
Mais à mesure que Céline Dion devient une figure culturelle mondiale, le mouvement finit par s’inverser. Ce n’est plus seulement elle qui entre au cinéma : le cinéma s’empare d’elle.
En 2021, Valérie Lemercier réalise Aline, fiction librement inspirée de la vie de la chanteuse. Les noms sont modifiés et Céline Dion devient Aline Dieu, incarnée par Valérie Lemercier. Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2021, le film revendique cette liberté par rapport au modèle réel pour s’intéresser notamment à l’histoire sentimentale de son héroïne et à son ascension.

Trois ans plus tard, le rapport à l’image change radicalement avec le documentaire Je suis : Céline Dion. Réalisé par Irene Taylor et diffusé à partir du 25 juin 2024 sur Prime Video, le film suit directement la chanteuse et aborde notamment son combat contre le syndrome de la personne raide.
Après avoir longtemps prêté sa voix aux émotions des autres, Céline Dion devient ainsi elle-même le sujet du récit. C’est peut-être là que réside la singularité de son histoire avec le cinéma : peu d’interprètes auront autant circulé entre la bande originale, le caméo, le rôle de fiction, le personnage inspirant un faux biopic et, enfin, le documentaire autobiographique.
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