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Famille réunie autour d'un piano dans un salon norvégien, scène du film Fjord
Scène familiale dans Fjord, de Cristian Mungiu, Palme d'or 2026, en salles le 19 août. Le Pacte

“Fjord” : la fin du film expliquée

Attention, cet article contient des spoilers sur la fin de Fjord.

Que signifie la fin de Fjord ? Cristian Mungiu ne révèle pas définitivement si Mihai et Lisbet sont coupables des violences dont ils sont soupçonnés. Le dernier plan déplace plutôt le sens du film vers Elia et Noora. Avec cette étonnante marche sur l’eau, le réalisateur montre que les deux adolescentes sont finalement les personnages qui ont le plus évolué au contact l’une de l’autre. Une conclusion volontairement ambiguë, à l’image de cette Palme d’or 2026.

Que se passe-t-il à la fin de Fjord ?

Pendant une grande partie de Fjord, inspiré par une histoire vraie, tout semble conduire vers une question : les parents d’Elia ont-ils réellement maltraité leurs enfants ?

Les soupçons apparaissent lorsque des ecchymoses sont découvertes sur le corps de l’adolescente. Mihai (Sebastian Stan) reconnaît avoir recours à certaines punitions physiques, mais le film ne donne jamais au spectateur toutes les pièces permettant de reconstituer avec certitude l’origine des blessures. Même le volet judiciaire ne vient pas apporter la réponse définitive qu’un récit plus classique aurait pu proposer.

Ce refus de trancher est essentiel. Fjord ne cherche pas tant à établir un verdict qu’à confronter plusieurs systèmes de valeurs : celui des Gheorghiu, famille roumaine profondément croyante attachée à une éducation conservatrice, et celui d’une société norvégienne beaucoup plus progressiste, convaincue d’agir pour protéger les enfants.

À mesure que le conflit s’envenime, chaque camp devient de plus en plus certain d’avoir raison. Le spectateur, lui, reste coincé au milieu.

Les parents sont-ils coupables à la fin de Fjord ?

Le film ne donne pas de réponse définitive.

Cristian Mungiu laisse volontairement subsister le doute sur ce qui s’est exactement passé au sein de la famille Gheorghiu. L’absence de verdict cinématographique n’équivaut cependant pas à une innocence proclamée. Le comportement de Mihai et ses méthodes éducatives restent problématiques.  Les institutions chargées de protéger les enfants sont elles-mêmes interrogées dans leur manière d’intervenir.

C’est précisément cette zone grise que cultive Fjord. Le réalisateur ne demande pas au spectateur de choisir simplement entre des parents victimes du système et des institutions irréprochables. Il montre plutôt ce qui se produit lorsque deux visions du monde cessent de pouvoir dialoguer.

Pourquoi Noora marche-t-elle sur l’eau ?

C’est dans ce contexte qu’intervient la scène finale de Fjord.

Alors qu’Elia a embarqué sur un bateau pour rejoindre la Roumanie, Noora court vers l’eau pour lui dire au revoir. La jeune fille progresse sur une cale partiellement immergée, donnant pendant quelques instants l’impression qu’elle marche littéralement sur le fjord.

L’image répond à une scène précédente. Plus tôt, Noora avait déjà été fascinée en voyant Elia se déplacer près des bateaux comme si elle marchait sur l’eau. Elia lui avait alors laissé entendre qu’elle lui révélerait son secret.

Le dernier plan inverse donc les rôles : c’est désormais Noora qui semble accomplir le “miracle”.

La scène possède évidemment une dimension religieuse, la marche sur l’eau renvoyant à un imaginaire biblique, en résonnance à la croyance de la famille Gheorghiu . Pourtant, Cristian Mungiu conserve une explication parfaitement concrète. Noora ne flotte pas, elle avance sur une structure immergée. Tout l’intérêt du plan réside dans cette coexistence du rationnel et du spirituel.

Que signifie le dernier plan de Fjord ?

Cristian Mungiu a donné une clé particulièrement éclairante sur cette fin. Selon lui, les personnages qui ont réellement changé au terme de l’histoire sont les deux adolescentes.

L’une découvre que l’existence ne se résume pas toujours à ce qui peut être expliqué rationnellement et qu’elle peut comporter une part d’intuition ou de spiritualité. L’autre comprend qu’obéir systématiquement à ses parents et à l’éducation reçue ne constitue pas forcément la meilleure manière de construire sa propre vie.

Elia et Noora ont donc fait ce que les adultes du film semblent incapables d’accomplir : elles se sont laissées transformer par l’autre.

La marche sur l’eau devient alors moins un miracle qu’une image de ce rapprochement. Chacune a franchi une partie de la frontière qui séparait leurs deux univers.

C’est peut-être là que se trouve la véritable explication de la fin de Fjord. Après plus de deux heures de procédures, de soupçons, Cristian Mungiu ne termine pas son film par un verdict. Il choisit une image.

Miracle ou simple illusion ? Foi ou raison ? Comme pour l’affaire qui traverse tout le film, Fjord refuse de choisir à notre place. Mais ses deux adolescentes ont, elles, appris à regarder de l’autre côté.

Affiche du film Fjord de Cristian Mungiu, Palme d'or au Festival de Cannes 2026, avec Sebastian Stan et Renate Reinsve
“Fjord”, de Cristian Mungiu, Palme d’or 2026. © Le Pacte
Antoine Corte

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