Qu’est-ce que l’Humanitude ? Le terme désigne aujourd’hui une philosophie et une méthodologie de soin qui cherche à préserver la dignité, l’autonomie et la relation avec les personnes fragilisées, notamment âgées ou atteintes de troubles cognitifs. Fondée sur quatre piliers, le regard, la parole, le toucher et la verticalité, l’Humanitude apparait sous les projecteurs avec Soudain, le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi avec Virginie Efira et Tao Okamoto, en salles le 12 août 2026.
C’est quoi l’humanitude, la méthode de soin au cœur du film « Soudain » ?
Derrière le mot, il y a deux anciens professeurs d’éducation physique, Yves Gineste et Rosette Marescotti, qui ont commencé à travailler dans les services de gériatrie au début des années 1980. Leur constat de départ tient en une observation banale et rarement formulée. Une personne atteinte de troubles cognitifs qui se débat pendant une toilette ne refuse pas le soin, elle interprète comme une agression un geste qu’on ne lui a ni annoncé ni expliqué.
De là est née la méthodologie de soin Gineste-Marescotti, qui repose sur quelques gestes simples et exigeants. Regarder la personne de face et à hauteur d’yeux plutôt qu’en surplomb. Lui parler pendant le soin en décrivant ce que l’on fait. Poser la main à plat sur l’avant-bras au lieu de saisir le poignet. La remettre debout chaque fois que c’est possible, principe résumé dès 1983 par une formule devenue leur signature, « vivre et mourir debout ». La méthodologie décline aujourd’hui environ cent cinquante techniques et cinq principes éthiques, au premier rang desquels le refus du soin de force autant que celui de l’abandon de soins.
Les résultats revendiqués par le réseau Humanitude sont spectaculaires. Les établissements pilotes font état d’une chute de plus de 80 % des comportements d’agitation après formation, d’une consommation de neuroleptiques divisée par sept et de huit situations de soin difficiles sur dix qui s’apaisent. Un label existe depuis 2013, décerné par l’association Asshumevie au terme d’un processus de trois ans qui coûte plusieurs milliers d’euros à l’établissement candidat. En 2024, une trentaine de structures françaises l’avaient obtenu, une centaine d’autres étaient engagées dans la démarche.
Pourquoi a-t-il fallu un cinéaste japonais pour en parler ?
C’est le paradoxe que la sortie de Soudain met au jour. La méthode a été exportée au Japon au début des années 2010, à l’initiative de la gériatre Miwako Honda, qui était venue observer les formations en France avant d’inviter ses auteurs à Tokyo. Des équipes des universités de Kyoto et de Shizuoka en mesurent l’impact depuis 2015, la ville de Fukuoka a formé ses professionnels puis les proches aidants, et le ministère japonais de l’Éducation a financé un programme de recherche sur le sujet à hauteur de plusieurs millions d’euros. Gineste et Marescotti y ont reçu des titres universitaires que la gérontologie française ne leur a jamais accordés.
Ryūsuke Hamaguchi, lui, suit cette histoire depuis une dizaine d’années. Il raconte au JDD avoir cherché, une fois le tournage français décidé, un sujet qui relie les deux pays, et avoir trouvé dans cette méthodologie née chez nous puis importée chez lui le pont qu’il lui fallait. Le réalisateur a poussé la logique jusqu’au bout de sa production. Son équipe s’est installée pendant les repérages dans un Ehpad du 15e arrondissement de Paris qui pratiquait déjà l’humanitude, et plusieurs résidents de l’établissement apparaissent à l’écran, en figuration ou dans de petits rôles.
Le film fait-il l’éloge de l’humanitude ou en montre-t-il les limites ?
Ceux qui attendent un film à thèse en seront pour leurs frais. Marie-Lou, la directrice jouée par Virginie Efira, veut imposer la méthode à un établissement qui n’en veut pas tout à fait. Face à elle, l’infirmière historique de la maison, incarnée par Marie Bunel, oppose l’argument que tout le secteur connaît. Une méthode qui demande du temps auprès de chaque résident ne tient pas debout quand il n’y a pas assez de bras dans les couloirs. Et Marie-Lou, qui prêche l’écoute et le consentement, finit par vouloir faire passer sa réforme en force, en contradiction ouverte avec ce qu’elle enseigne.
Que répondent les professionnels du soin ?
Le sociologue Jean-Jacques Amyot avait ouvert la controverse dès 2008 dans la revue Gérontologie et société, en contestant à la fois la nouveauté revendiquée de la méthode et le glissement de sens entre humanité et humanitude, qui revient selon lui à culpabiliser des soignants dont les pratiques n’avaient pas attendu la formation.
La nuance vient aussi de ceux qui font tourner les établissements. Le directeur général de l’AP-HM de Marseille, François Crémieux, a rappelé que ces techniques sont enseignées depuis longtemps dans les écoles d’aides-soignants, sans qu’on emploie toujours ce mot, et que beaucoup d’Ehpad publics conduisent déjà des projets qui redonnent leur place aux résidents. Ce que le film montre paraît exceptionnel parce que c’est du cinéma, pas parce que c’est introuvable.
Reste que le mot circule désormais hors du secteur, porté par un film de trois heures et quinze minutes qui a valu à Virginie Efira et Tao Okamoto le prix d’interprétation féminine à Cannes. C’est un renversement inattendu. Une méthode que la France a laissée partir au Japon lui revient par la salle de cinéma, à un moment où le débat sur le grand âge se joue moins sur les principes que sur les postes. Le film ne financera aucun poste. Il aura au moins fait entendre le mot à des spectateurs qui n’auront jamais lu une revue de gérontologie, et c’est déjà davantage que ce que trente ans de colloques avaient obtenu.
Questions fréquentes sur l’humanitude et le film « Soudain »
Qui a inventé la méthode humanitude ?
La méthodologie de soin dite humanitude a été élaborée par Yves Gineste et Rosette Marescotti, deux anciens professeurs d’éducation physique et sportive, à partir du début des années 1980. Le mot lui-même est antérieur, dû à l’écrivain suisse Freddy Klopfenstein en 1980 puis repris par Albert Jacquard.
Quels sont les piliers de l’humanitude ?
La méthode repose sur quatre piliers relationnels, le regard, la parole, le toucher et la verticalité, déclinés en environ cent cinquante techniques de soin et encadrés par cinq principes éthiques dont le refus du soin de force.
Combien d’Ehpad sont labellisés Humanitude en France ?
Le label, créé en 2013 par l’association Asshumevie, avait été décerné à une trentaine d’établissements en 2024, une centaine d’autres étant engagés dans un processus de labellisation qui dure trois ans.
Quelle est la durée du film « Soudain » et quand sort-il ?
« Soudain » dure trois heures et quinze minutes et sort dans les salles françaises le 12 août 2026, distribué par Diaphana. Il était présenté en compétition au Festival de Cannes le 15 mai 2026.
Le film « Soudain » est-il tourné en français ?
Il s’agit du premier long métrage en langue française de Ryūsuke Hamaguchi, coécrit avec Léa Le Dimna. Virginie Efira y joue également en japonais dans plusieurs séquences.
De quel livre le film « Soudain » est-il adapté ?
Le film adapte librement une correspondance publiée entre la philosophe Maoko Miyano, atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, et l’anthropologue Maho Isono.
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