Producteur du Silence (2016) de Martin Scorsese ou encore ancien propriétaire d’une équipe de basket, Brandt Andersen a plusieurs casquette. C’est cependant son âme d’activiste qui l’a amené à tirer de son premier court-métrage Refugee (2020) les histoires de son nouveau film, Le Passage (I Was a Stranger). L’avis et la critique de Bulles de Culture.
Synopsis :
Amira (Yasmine Al Massri) travaille dans un grand hôpital à Chicago. Un message d’anniversaire fait vibrer son téléphone et le passé refait surface.
Des années plus tôt, le soir de ses 40 ans, une bombe pulvérise son appartement à Alep. Amira n’a alors qu’un réflexe : saisir sa fille et fuir. Sur le chemin de l’exil, elle découvre que l’espoir a parfois le visage d’un inconnu, la force d’un geste simple et le pouvoir immense de changer une vie.
Jusqu’où iriez-vous pour sauver ceux que vous aimez ?
Le Passage : une histoire de réfugiés, du “Fu-Ge-Laa” mais pas de “Oulalala”
Le Passage est donc la version longue du court-métrage Refugee. Ici, l’immersion est plus longue et nous permet de mieux connaître le parcours des différents protagonistes. Brandt Andersen fait le choix d’une narration chorale (“kaléidoscopique”, selon ses propres termes) pour nous conter cette traversée, ce véritable passage avec l’espoir d’une vie meilleure.
Les différents points de vue n’ont rien d’amusant. Ils sont choisis pour nous montrer les multiples visages de la guerre :
- un médecin à qui l’on demande de renoncer à son serment d’Hippocrate,
- une famille presque entièrement décimée ou divisée,
- une cruauté masquée par des discours politiques,
- une vénalité tout aussi complexe,
- l’humanité viscérale de ceux qui veulent aider.
Des choses qu’on sait déjà mais que l’on voit bien trop rarement sous cette forme-là.
Thriller engagé et session de cardio humanitaire
Par moments, dans le long métrage Le Passage, la caméra portée du réalisateur Brandt Andersen instaure un cadre nerveux pour restituer un état de tension permanente ; parfois, c’est la musique qui devient anxiogène : le drame n’est jamais loin. Brandt Andersen utilise toutes les composantes du thriller pour nous plonger la tête dans une réalité que beaucoup veulent oublier. Il pioche aussi bien dans le cinéma de guerre et le réalisme d’un Il faut sauver le soldat Ryan que dans le drame humanitaire du pas assez médiatisé The Constant Gardner pour faire littéralement exulter de l’écran sensation d’urgence et désespoir.
La force du film, ce sont aussi ses acteurs. Aussi bien Omar Sy que les comédiens moins connus du grand public sont tous au service de cette histoire. Brandt Andersen offre même au premier l’occasion, en quelques scènes, de passer de façon (trop ?) convaincante de son habituel côté solaire à une palette plus sombre. Une autre forme d’engagement tout aussi nécessaire quand on sait qu’il faut illustrer avec justesse le mal pour définir tous les contours d’une histoire.
Le Passage n’est pas non plus sans rappeler Welcome to Europe , sorti plus tôt cette année, qu’il semble même compléter. 2 films, 2 angles différents et un but : faire comprendre la réalité de toutes ces personnes qui quittent leur pays. Tout cela en espérant que résonnent les mots d’une citation de Shakespeare qui ouvre le film. Une citation qui date de plus de 4 siècles déjà, mais reste toujours autant d’actualité.
Notre avis ?
Portée par une réalisation percutante mise au service d’un propos militant, Le Passage est de ces films puissants et émouvants qu’on dit “coup de poing” et dont on ne sort jamais indemne.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 08/07/2026
- Distribution France : Nour Films
-
Le film a reçu le Prix Amnesty International à la Berlinale et le Prix du Public de la Ville de Deauville au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2024
