Dernière mise à jour : février 27th, 2026 à 10:29 pm
Diffusé sur France 2 mercredi dernier, le documentaire de Didier Cros, Les visages de la guerre (2026), primé au Luchon Festival 2026, pose un regard très fort, très percutant et très singulier sur la guerre en Ukraine. C’est un coup de coeur de Bulles de Culture à (re)découvrir en replay sur France.tv. Interview du réalisateur.
Synopsis :
En apparence, un hôpital comme les autres. Mais, en apparence seulement. Au centre médical de Vynnyky, dans la banlieue de Lviv en Ukraine, on s’occupe exclusivement des blessés de guerre. Des amputés et des défigurés. Un lieu où la reconstruction physique et psychologique rencontre la résilience collective.
Suite à un récent accord passé entre les gouvernements ukrainien et français, des chirurgiens spécialistes de la reconstruction faciale sont appelés à s’occuper sur place de celles et ceux qui ont perdu leur visage dans les combats…
Rencontre avec l’auteur-réalisateur Didier Cros pour le documentaire Les visages de la guerre : “Le rire, l’humour, c’est leur soupape”

C’est lors du Luchon Festival 2026 — où le film a été récompensé du Grand Prix documentaire — que Bulles de Culture a eu la chance d’échanger avec Didier Cros, l’auteur-réalisateur du film documentaire coup de coeur Les visages de la guerre, produit par Félicie Robin (Zadig Productions).
Bulles de Culture : Quelle est la genèse de ce projet ?
Didier Cros : En fait, j’avais envie de faire quelque chose sur la guerre en Ukraine et ce sujet m’est venu de manière incidente. J’avais réalisé un film il y a quelques années, La Disgrâce, qui parlait déjà de la question de la défiguration. C’était plutôt une série de portraits de personnes qui exprimaient ce que ça peut dire sur le plan social, personnel, intime, et aussi la violence que ça peut sous-entendre.
À cette occasion, j’avais rencontré un certain nombre de chirurgiens maxillo-faciaux, c’est-à-dire spécialisés dans la reconstruction du visage. Et notamment Chloé Bertolus, qui est l’une des plus grandes spécialistes européennes de la question. Et quand j’ai appris qu’elle partait en Ukraine pour réparer les gueules cassées ukrainiennes, je l’ai accompagnée.
L’idée du film, c’était de parler de la guerre autrement. Parce qu’on en parle surtout avec des chiffres, des images de drones… Ça devient abstrait, presque comme un jeu vidéo. On a voulu en prendre le contrepied en parlant des conséquences physiques et psychologiques de la guerre dans une fondation privée qui soigne les victimes de la guerre, à Vynnyky, près de Lviv, à deux heures de la frontière polonaise et non loin de la Biélorussie.
Bulles de Culture : Il y a beaucoup de pudeur et de tendresse dans votre façon de filmer…
Didier Cros : Merci de l’avoir noté car ce film devait à la fois être frontal — on ne peut pas tricher avec la guerre si on veut en montrer les conséquences — et avoir une certaine douceur — pour que le spectateur puisse accepter d’entrer dans cet univers. L’enjeu, c’est de transmettre quelque chose sans que les gens fuient. Qu’ils acceptent cette réalité, même si elle est dure. On a dû se poser énormément de questions pour rester au plus près de la réalité, sans la rendre insupportable ou voyeuriste.
Bulles de Culture : Dans Les visages de la guerre, vous montrez aussi de quelle manière l’humour est important à la fois pour les chirurgiens et pour les victimes ukrainiennes ?
Didier Cros : Pour les chirurgiens, décompresser est vital. Même si leur geste est maîtrisé, chaque opération comporte des risques. Le rire, l’humour, c’est leur soupape. Réparer un visage, ce n’est pas opérer un poumon ou un cœur — ça peut être bien plus perturbant. Dans les blocs opératoires, ils blaguent donc pour oublier qu’il y a un visage derrière, pour rester concentrsé sur le geste technique. Et ils ont été vraiment sympas parce qu’ils se sont montrés tels qu’ils sont. Ils ont été très sincères sur la réalité au bloc.
Et chez les Ukrainiens, il y a quelque chose de culturellement très ancré chez eux, et auquel je ne m’attendais pas du tout : une dimension d’autodérision, de distance qui leur donne une capacité de résilience et de résistance. Des amputés qui parlent de business ou se racontent de blagues, ça peut sembler fou, mais c’est un vrai outil de résistance. Parce que chacun sait que s’il y en a un qui tombe, tout le monde va tomber. Donc personne ne veut s’apitoyer sur son propre sort et résiste parce que ça ne peut marcher que de manière collective.
L’Ukraine est un grand pays géographiquement, mais un petite population face au géant russe. Donc pour avoir résisté comme ils ont résisté jusqu’ici, il faut avoir un peuple “en ordre de marche”, mais aussi des capacités de résilience et d’humour aussi importantes que celles qu’on voit dans le film.
Retrouvez l’interview complète dans le podcast Show devant de notre partenaire, la radio Esprit Occitanie.
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En savoir plus :
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- Les visages de la guerre ont été diffusés sur France 2 le mercredi 18 février 2026 à 22h35
- Le documentaire est proposé en streaming et en replay sur France.tv
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