Film français incontournable rediffusé ce soir sur T18, La French (2014) de Cédric Jimenez reconstitue, dans le Marseille des années 70, le combat acharné du juge Michel contre le milieu de la pègre marseillaise. Cette tentative de polar à l’américaine tient-elle toutes ses promesses ? L’avis et la critique de Bulles de Culture.
Synopsis :
Marseille, 1975. Le juge Pierre Michel (Jean Dujardin) veut démanteler la French Connection, dirigée par Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche). Face à la corruption et à la violence, il durcit ses méthodes. Un affrontement direct s’engage entre eux.
La French : un polar à l’inspiration US…

Réalisé par un « local », Cédric Jimenez, cette grosse production réunit une nouvelle fois les compères Jean Dujardin et Gilles Lellouche pour un face à face, façon Alain Pacino/Robert de Niro dans Heat (1995) de Michael Mann. Car que ce soit consciemment ou non, La French renvoie aux grands polars qui ont marqué l’histoire du cinéma américain.
Lorsque l’on se retrouve devant le film, il est impossible de ne pas penser à des réalisateurs tels que Sydney Lumet ou encore Martin Scorsese. Le combat obsessionnel et destructeur du personnage de Jean Dujardin n’est pas sans rappeler celui d’Al Pacino dans Serpico (référence absolue dans le genre du « dernier flic intègre face au système »). Et la description du quotidien de la bande de voyous menée par Gilles Lellouche fera ressortir les souvenirs qu’on a de la bande à Robert de Niro dans Les Affranchis.
Le parallèle est d’autant plus justifié que la confrontation entre les deux protagonistes se calque sur celle, mémorable, de Heat. La French a donc pris soin de digérer toutes ces références pour les appliquer de manière soignée à la véritable histoire du juge Michel et en extirper, à partir d’un fait réel, un objet cinématographique.
… mais à la personnalité propre

Le long-métrage La French de Cédric Jimenez se distingue cependant de ces polars sur de nombreux points, notamment un en particulier : l’émotion. La plupart des films de gangsters se résument souvent à une chronique froide du milieu de la pègre et se contentent de décrire la chute de tel parrain ou le combat de tel commissaire sans qu’il y ait d’empathie véritable pour les personnages.
Ici, les scénaristes ont mis un point d’honneur à caractériser leurs protagonistes, à leur dessiner des contours précis ainsi que des failles. Par exemple, le juge Michel, malgré sa sensibilité à fleur de peau, possède un véritable sens de la répartie qui fait mouche à plusieurs reprises, apportant ainsi un versant humoristique assez inattendu au film. De même, la scène finale de Gilles Lellouche est proprement poignante lorsque son personnage, imperturbable, laisse apparaître toute sa fragilité.
Autre point contribuant grandement à l’identité du film : la bande originale. Excellente et éclectique. C’est peu de dire que La French a soigné son ambiance musicale : tour à tour, ce sont Lykke Li, Gainsbourg, Mike Brant et bien d’autres qui viennent poser leurs partitions sur la pellicule. Il y a fort à parier que pour certains spectateurs, la BO du film va tourner en boucle dans leurs lecteurs MP3.
Quelques ombres au tableau
On pourra cependant regretter dans La French que Cedric Jimenez ait cédé à la mode de la caméra portée permanente pendant tout le film. Si ce choix s’avère être judicieux pour donner un côté plus réaliste à la procédure judiciaire et souligner l’intimité de certains moments, les passages mettant en scène la pègre marseillaise, tout comme les scènes d’action, auraient peut-être dû bénéficier de cadrages plus posés.
Un mot aussi sur le duo Jean Dujardin/Gilles Lellouche. Si le premier est impeccable, le second semble un peu moins habité par son personnage. Mais peut-être est-ce dû au fait que le film penche davantage sur le juge Michel.
Notre avis ?
Même si le film comporte quelques maladresses de réalisation, La French s’inscrit pleinement dans la lignée des polars américains qui ont fait date, tout en se payant le luxe d’avoir sa propre identité.
Secrets de tournage, anecdotes : le saviez-vous ?
Le 21 octobre 1981, le juge d’instruction Pierre Michel est assassiné à Marseille en France. Il a alors 38 ans et est connu notamment pour sa lutte contre “La French Connection”, une organisation criminelle de narcotrafiquants basée dans la Cité phocéenne. Cette dernière était alors considérée dans les années 70 comme la plaque tournante du trafic mondial de la drogue et inondait notamment le marché américain.
Et c’est avec un casting solide (Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Benoît Magimel, Guillaume Gouix, Bernard Blancan, Bruno Todeschini et Féodor Atkin) que le long métrage La French raconte cette époque à travers deux figures marquantes : le juge Pierre Michel et l’un des derniers parrains de la pègre marseillaise, Gaëtan Zamp.
Pour le réalisateur Cédric Jimenez, le premier est “est un héros, un homme exceptionnel qui a fait passer l’intérêt collectif avant son intérêt personnel, ce qui est rare dans le monde dans lequel on vit. D’un point de vue psychologique, c’était un homme passionné, en mission pour une cause qu’il trouvait juste”. Et le second est “charismatique, intelligent et plein de paradoxes. Mari aimant, bon père de famille, il aurait certainement aspiré à une autre vie. Mais il a marché dans les pas de son père. (…) De réputation, tout le monde savait qu’il ne craignait rien ni personne”.
En savoir plus:
- Date de sortie France : 03/12/2014
- Distribution France : Gaumont Distribution
- La French est diffusé sur T18 le jeudi 3 septembre 2026 à 20h55
- Le film est proposé en streaming et en replay gratuit sur le site de la chaîne
- Film déconseillé aux moins de 12 ans
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