enfr
Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
L'OMBRE DE STALINE affiche film 2020

Critique / « L’Ombre de Staline » (2019) d’Agnieszka Holland

L’Ombre de Staline (Mr. Jones) d’Agnieszka Holland aurait dû sortir au moment du confinement. La sortie du film le lundi 22 juin 2020 accompagne donc la réouverture des salles de cinéma. La critique et l’avis film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Pour un journaliste débutant, Gareth Jones (James Norton) ne manque pas de culot. Après avoir décroché une interview d’Hitler qui vient tout juste d’accéder au pouvoir, il débarque en 1933 à Moscou, afin d’interviewer Staline sur le fameux miracle soviétique. A son arrivée, il déchante : anesthésiés par la propagande, ses contacts occidentaux se dérobent, il se retrouve surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. Une source le convainc alors de s’intéresser à l’Ukraine. Parvenant à fuir, il saute dans un train, en route vers une vérité inimaginable…

L’Ombre de Staline, un fait passé sous silence

La réalisatrice polonaise Agnieszka Holland s’attaque avec L’Ombre de Staline à un film historique, relatant un fait d’avant guerre passé sous silence des livres d’Histoire. En 1933, Staline est au pouvoir de l’URSS depuis quelques années. Le chef communiste organise une large campagne de propagande pour vanter les mérites de son système politique.

Dans les journaux, la Russie prône une organisation idéale matérialisée par des fermes collectives transformant le blé en or. Derrière cette vitrine idyllique se cache en réalité ce qui est appelé l’Holodomor, une extermination de masse organisée par le régime soviétique visant à tuer par la famine les paysans ukrainiens récalcitrant. 

C’est l’ancien conseiller aux affaires étrangères britannique, Gareth Jones, qui va se rendre en Russie pour dévoiler cette supercherie à un Occident volontairement aveugle. En effet, l’ordre international est davantage focalisé à cette époque sur la lutte future contre la montée du nazisme en Allemagne, en recherche d’une figure paternaliste stalinienne pour contrer les projets d’Hitler. 

Une enquête policière

L’Ombre de Staline prend les allures d’une oeuvre passionnante qui fait prendre conscience de l’abomination du régime soviétique, pourtant perçu comme un allié au moment de la seconde guerre mondiale. Le scénario, écrit par Andrea Chalupa, a l’allure d’un David contre Goliath révélant le courage d’un individu contre une administration peu encline à révéler au grand public les horreurs des territoires de l’Est. Le film met en avant des figures illustres qui ont croisé le chemin de Gareth Jones, comme George Orwell dont les mots, extrait de sa dystopie La ferme des animaux, ponctuent le récit en voix off .

L’intensité dramatique, grâce à certaines scènes bouleversantes, montre avec brio les conditions de vie inhumaines des paysans ukrainiens, forcés de manger des écorces d’arbre ou s’adonnant au cannibalisme pour survivre. Pour accentuer les disparités sociales, la réalisatrice choisit de filmer l’opulence dans laquelle vie les dirigeants de Moscou, s’adonnant à des orgies avec drogues et sexe. 

Construit à la façon d’une enquête policière, L’Ombre de Staline ne démarre pas sur les chapeaux de roues. L’incrédulité du spectateur est au début similaire à celle du protagoniste qui ne sait pas bien ce qui l’attend. Cependant, une fois embarqué dans le train vers les terres glaciales d’Ukraine, le long métrage prend une ampleur déroutante au fur et à mesure qu’il s’assombrit dans l’horreur de la folie humaine. 

Un repositionnement historique

L’effet d’empathie est accentué par la prestation remarquable de James Norton (Les Filles du Docteur March) dans le rôle principal. L’écossais pressenti pour remplacer Daniel Craig dans le rôle de James Bond est accompagné par la talentueuse Vanessa Kirby, BAFTA de la meilleure actrice pour la série Netflix The Crown

L’axe très réaliste de L’Ombre de Staline fait donc penser à ces récits cinématographiques qui amènent à se questionner sur la manière dont l’Histoire est comptée. A l’instar du film Le Labyrinthe du silence (2014) où la peur d’une distorsion de Allemagne a fait oublier l’horreur des camps de concentration, L’Ombre de Staline remet en perspective les prémices d’une manœuvres organisée du monde occidental pour sa propre survie face à Hitler.

En savoir plus :

Antoine Corte

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.