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Critique / « L’Ombre de Staline » (2019) d’Agnieszka Holland

Dernière mise à jour : mars 23rd, 2021 at 06:11

L’Ombre de Staline (Mr. Jones) d’Agnieszka Holland aurait dû sortir au moment du confinement. La sortie du film le lundi 22 juin 2020 accompagne donc la réouverture des salles de cinéma. La critique et l’avis film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Pour un journaliste débutant, Gareth Jones (James Norton) ne manque pas de culot. Après avoir décroché une interview d’Hitler qui vient tout juste d’accéder au pouvoir, il débarque en 1933 à Moscou, afin d’interviewer Staline sur le fameux miracle soviétique.
A son arrivée, il déchante : anesthésiés par la propagande, ses contacts occidentaux se dérobent, il se retrouve surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. Une source le convainc alors de s’intéresser à l’Ukraine. Parvenant à fuir, il saute dans un train, en route vers une vérité inimaginable…

L’Ombre de Staline, un fait passé sous silence

La réalisatrice polonaise Agnieszka Holland s’attaque avec L’Ombre de Staline à un film historique, relatant un fait d’avant guerre passé sous silence dans les livres d’Histoire. En 1933, Staline est au pouvoir en URSS depuis quelques années. Et le chef communiste organise une large campagne de propagande pour vanter les mérites de son système politique.

Dans les journaux, les Russes prônent une organisation idéale, matérialisée par des fermes collectives transformant le blé en or. Mais derrière cette vitrine idyllique se cache en réalité ce qui est appelé l’Holodomor, une extermination de masse, organisée par le régime soviétique, visant à tuer par la famine les paysans ukrainiens récalcitrants. 

C’est l’ancien conseiller aux affaires étrangères britannique, Gareth Jones, qui va se rendre en Russie pour dévoiler cette supercherie à un Occident volontairement aveugle. Car ce dernier est alors davantage focalisé, à cette époque, sur la montée du nazisme en Allemagne et à la recherche d’une figure paternaliste stalinienne pour contrer les projets d’Hitler. 

Une enquête policière

L’Ombre de Staline prend les allures d’une oeuvre passionnante, qui fait prendre conscience de l’abomination du régime soviétique, pourtant perçu comme un allié au moment de la Seconde Guerre mondiale.

Le scénario, écrit par Andrea Chalupa, a l’allure d’un David contre Goliath pour décrire le courage d’un individu contre une administration peu encline à révéler au grand public les horreurs se déroulant dans les territoires de l’Est. Le film met en avant des figures illustres qui ont croisé le chemin de Gareth Jones, comme George Orwell dont les mots, extrait de sa dystopie La Ferme des animaux, ponctuent le récit en voix off .

L’intensité dramatique, grâce à certaines scènes bouleversantes, montre avec brio les conditions de vie inhumaines des paysans ukrainiens, forcés de manger des écorces d’arbre ou s’adonnant au cannibalisme pour survivre. Et pour accentuer les disparités sociales, la réalisatrice filme également  l’opulence dans laquelle vivent les dirigeants de Moscou, qui s’adonnent à des orgies avec drogues et sexe. 

Construit à la façon d’une enquête policière, L’Ombre de Staline ne démarre pas sur les chapeaux de roues. L’incrédulité du spectateur est au début similaire à celle du protagoniste, qui ne sait pas bien ce qui l’attend. Cependant, une fois embarqué dans le train vers les terres glaciales d’Ukraine, le long métrage prend une ampleur déroutante au fur et à mesure qu’il est assombrit par l’horreur et la folie humaine. 

Un repositionnement historique

L’effet d’empathie de ce long métrage est accentué par la prestation remarquable de James Norton (Les Filles du Docteur March) dans le rôle principal. L’écossais pressenti pour remplacer Daniel Craig dans le rôle de James Bond est accompagné par la talentueuse Vanessa Kirby, BAFTA de la meilleure actrice pour la série Netflix The Crown

L’axe très réaliste de L’Ombre de Staline fait donc penser à ces récits cinématographiques qui amènent à se questionner sur la manière dont l’Histoire est contée. A l’instar du film Le Labyrinthe du silence (2014), où l’horreur des camps de concentration a longtemps été tue en Allemagne, le long métrage d’Agnieszka Holland remet en perspective les prémices des manœuvres du monde occidental pour assurer sa propre survie face à Hitler.

En savoir plus :

Antoine Corte

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