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Vincent Lindon (Jean Valjean) et Tahar Rahim (Javert) dans « Les Misérables » de Fred Cavayé, en salle le 14 octobre 2026. © Curiosa Films / Eskwad / StudioCanal / TF1 Films Production

Critique / « Les Misérables » (2026) : Victor Hugo dans ses beaux habits

Avec Les Misérables, en salles le 14 octobre 2026, Fred Cavayé propose une nouvelle adaptation du roman de Victor Hugo. Une reconstitution somptueuse, une distribution prestigieuse, mais une lecture trop convenue pour donner à cette version une véritable raison d’être. La critique film et l’avis de Bulles de Culture

Synopsis :

Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui. Sous une fausse identité, il devient avec le temps un notable respecté de tous. Venant en aide à Fantine, une ouvrière mourante, il promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des cruels Thénardier. Mais son passé le rattrape : l’inspecteur Javert, un policier implacable au passé lui aussi tourmenté, le traque sans relâche afin de le renvoyer au bagne. Dans un Paris en pleine révolution, Valjean doit lutter pour protéger Cosette et achever sa rédemption, entre sacrifices et quête de justice.

Après Pour elle et Adieu Monsieur Haffmann, Fred Cavayé se confronte à une œuvre dont les personnages appartiennent depuis longtemps à notre imaginaire collectif. Son projet retrouve l’ampleur de la fresque, autour de Jean Valjean, ancien forçat poursuivi par Javert, et des destins que sa rencontre avec Cosette va nouer. Il fallait pourtant trouver, dans ce récit maintes fois porté à l’écran, quelque chose qui justifie de le raconter à nouveau. C’est précisément ce qui manque à ces Misérables.

Les Misérables : Une reconstitution qui prend le pas sur le regard

La beauté des décors constitue l’un des plaisirs du film. Le soin apporté à la reconstitution donne de l’allure à cette traversée du XIXe siècle et mérite d’être salué. On aimerait que la mise en scène suscite la même adhésion. Or Fred Cavayé reste dans un classicisme qui finit par rendre cette nouvelle visite étrangement familière. On reconnaît l’œuvre, sans vraiment découvrir ce que le cinéaste y a trouvé de personnel.

Cette impression ne tient pas au seul respect du roman. Une adaptation peut suivre son modèle et déplacer notre regard par une présence, une manière d’approcher les personnages. Ici, la déférence envers Victor Hugo semble limiter cette liberté. Tout concourt à rappeler la grandeur du livre, au risque de tenir pour acquise celle du film.

Insurgés et soldats s’affrontent devant une barricade surmontée de drapeaux tricolores dans Les Misérables de Fred Cavayé.
Les barricades des Misérables de Fred Cavayé, dont la reconstitution constitue l’une des réussites visuelles. Copyright 2026 Curiosa Films Eskwad Studiocanal TF1 Films production

Camille Cottin, une liberté bienvenue

La myriade de comédiens connus réunis à l’affiche ne produit pas davantage une évidence collective. Certaines présences se détachent, à commencer par Camille Cottin en Madame Thénardier. Son interprétation burlesque apporte une fantaisie bienvenue à cet ensemble très tenu. Elle ose le grotesque et trouve ainsi une manière de s’approprier le personnage. Le film respire un peu mieux lorsqu’il accepte cette irrévérence.

Vincent Lindon imprime au contraire à Jean Valjean une solennité surannée, qui accentue la patine de l’ensemble. Son interprétation peine à renouveler notre rapport au personnage, d’autant que le souvenir de Grégory Gadebois, dans Jean Valjean d’Éric Besnard en 2025, demeure proche. La comparaison tourne à l’avantage de ce dernier, autrement convaincant dans le rôle.

Face à lui, Tahar Rahim impose un Javert tout en raideur, dont la forte présence tient autant à l’autorité qu’il dégage qu’aux tourments intérieurs qu’il laisse affleurer. Cette rigidité devient une manière de contenir ce qui le travaille, donnant au personnage une épaisseur qui manque au Jean Valjean de Vincent Lindon. Leur confrontation trouve ainsi son intérêt dans les tensions de celui qui poursuit, davantage que dans l’incarnation de celui qui fuit.

Notre avis ?

Ces différences entre les interprètes révèlent finalement ce qui manque à l’entreprise : la liberté de faire sien un personnage que tout le monde connaît. Par le burlesque ou le trouble, Camille Cottin et Tahar Rahim trouvent leur place dans l’œuvre. On aurait aimé que Fred Cavayé y affirme aussi nettement la sienne.

En savoir plus :

Antoine Corte

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