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Un couple enlacé et souriant dans Ce qui nous mène à toi de Khalil Cherti
Ce qui nous mène à toi suit un couple dont le désir d’enfant est mis à l’épreuve par un parcours de PMA. Crédit : Condor

Interview / « Ce qui nous mène à toi » : Khalil Cherti veut « réenfanter » le couple

Présenté en compétition au Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026, le premier long métrage de Khalil Cherti suit un couple confronté à la PMA. Le réalisateur raconte comment cette épreuve médicale devient une odyssée intime, traversée par le désir, le deuil et la nécessité de se réinventer.

À Angoulême, Khalil Cherti recentre d’emblée le regard. Ce qui mène à toi raconte trois années de procréation médicalement assistée vécues par Charlie et Hicham, incarnés par Nina Meurisse et Sofian Khammes. Pourtant, la PMA n’en constitue pas, selon lui, le cœur. « Pour moi, le sujet principal, c’est la relation, cette histoire de couple », confie le cinéaste lors de notre rencontre. Le protocole agit comme une force de révélation : il met à l’épreuve ce qui tenait jusque-là sans avoir besoin d’être nommé.

La PMA comme révélateur du couple

Cette attention portée au lien traverse déjà le parcours de Khalil Cherti. Après plusieurs courts métrages sélectionnés notamment à Clermont-Ferrand et Locarno, le réalisateur a écrit et mis en scène au théâtre T’embrasser sur le miel. Dans cette pièce présentée à La Colline, deux amants syriens séparés par la guerre inventaient des spectacles filmés pour maintenir leur relation en vie. Le contexte change avec Ce qui nous mène à toi, mais le geste demeure : observer comment deux êtres se transforment sans se perdre.

Pour son premier long métrage, Khalil Cherti dit avoir voulu filmer l’une des relations les plus importantes d’une existence. Être deux constitue déjà, à ses yeux, « une épopée, une odyssée ». Charlie et Hicham ne forment donc pas un couple que l’épreuve viendrait artificiellement démasquer. Ils s’aiment, rient et partagent une fantaisie commune. Mais la répétition des traitements attaque peu à peu le corps, le désir et la parole. Au début, ils cherchent à enfanter. L’attente va les contraindre, selon la formule du réalisateur, à « réenfanter leur propre relation ».

Deux corps, deux expériences de la PMA

Le film épouse pour cela deux points de vue. Le désir d’enfant est commun, mais l’épreuve ne se distribue jamais également. Charlie reçoit les traitements et voit son intimité exposée aux gestes médicaux. Hicham, lui, cherche sa place dans un processus dont il ne subit pas directement la violence physique. Son sentiment d’impuissance réveille celui qu’il associait à son père, travailleur immigré maghrébin. Une mémoire familiale et sociale affleure ainsi dans la crise du couple, sans que le récit réduise les personnages à leurs origines.

Cette asymétrie traverse aussi la mise en scène du désir. « Ce qui est terrible dans la PMA, c’est qu’à un moment il faut programmer l’amour », observe Khalil Cherti. Le lit conjugal finit alors par disparaître des scènes charnelles. Devenu trop chargé par l’obligation de réussir, il faut le quitter et inventer d’autres espaces. Cette créativité n’a rien d’un ornement : elle constitue la résistance intime de Charlie et Hicham face au protocole.

« Rien n’a jamais été faux »

Le déplacement concerne enfin les mots. Interprétée par Jeanne Balibar, une psychologue invite Charlie à interroger l’expression « fausse couche ». Le terme paraît banal, presque administratif, mais il efface une grossesse commencée et les projections déjà logées dans la tête et le cœur. « Rien n’a jamais été faux », insiste le réalisateur, nourri par ses rencontres avec des couples engagés dans un parcours de PMA. Chaque tentative fait naître un avenir possible avant d’imposer un deuil que la société peine encore à reconnaître.

Pour retrouver l’impression de vie, Khalil Cherti dit ne pas vouloir « diriger » Nina Meurisse et Sofian Khammes au sens strict. Les répétitions dans les décors réels servent à leur fabriquer un passé commun plutôt qu’à verrouiller le texte. Une fois la scène lancée, son rythme appartient aux acteurs. Cette confiance répond au projet profond du film : « C’est un film qui voudrait, quelque part, réparer le lien. »

Le coscénariste Simon Serna a contribué à équilibrer les trajectoires et à faire émerger la dimension spirituelle du récit. Une phrase adressée à Hicham en condense le mouvement : « Il y a de la grâce dans ce qu’Allah n’offre pas. » Sans promettre de consolation, Ce qui nous mène à toi cherche ainsi une autre manière d’habiter le manque. Distribué par Condor, le film est attendu dans les salles françaises le 11 novembre 2026.

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Antoine Corte

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