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Sonoma de Marcos Morau photo danse
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

♥ Critique Avignon 2021 / « Sonoma » de Marcos Morau

Dernière mise à jour : août 1st, 2021 at 02:48

Premier soir à Avignon pour le collectif La Veronal, guidé par le chorégraphe de Barcelone Marcos Morau. Grand soir aussi car une captation a eu lieu. Et même mémorable soir car au Festival d’Avignon 2021, nous avons assisté à une expérience sauvage : Sonoma au Palais des Papes. Dans une rage folle, cette armée de neuf femmes rend hommage à la révolution surréaliste espagnole. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur ce spectacle coup de cœur.

Synopsis :

SOMA en grec signifie le corps et SONUM en latin, le son. Marcos Morau interroge dans cette pièce chorégraphique, Sonoma, le son du corps. Ou ne tente-t-il pas de cerner le corps du son ?

Déjà en 2016, il créait Le Surréalisme au service de la révolution. Ce chorégraphe a toujours été fasciné par l’histoire du cinéma espagnol. Inspiré par Buñuel et Picasso, son collectif La Veronal déambule entre fascination hypnotique et mélopées ancestrales.

Sonoma : un rythme effréné

Sonoma de Marcos Morau photo danse
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Marcos Morau invente un langage corporel dans Sonoma. Il mélange danse, dialogues, écran blancs géants et percussions finales.

Ses neuf danseuses de 29 à 43 ans portent au début du spectacle le costume rayé traditionnel de Calanda. Cette ville natale de Buñuel, est une commune d’Aragon, célèbre pour ses tambours. Ces instruments folkloriques teintent de nombreux films du réalisateur.

Entre tradition et modernité, les percussions alternent avec des exclamations libératrices. Tout est dans la synchronisation. Les gestes sont millimétrés, désarticulés. Quelle animalité ! Les cris primitifs, les souffles profonds, nous prennent aux tripes.

Comme un hommage aux ballets russes et au folklore aragonais ou grec, les costumes de Silvia Delagneau flottent, les robes tournent… derviches femmes aux corps toupies. Les jupes blanches restent suspendues en l’air. Le rythme est celui des tambours, battements effrénés du cœur.

Une scénographie mystique

Sonoma de Marcos Morau photo danse
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Une pénombre inquiétante. Jeu de lumière en noir et blanc projeté sur le mur de pierre du Palais des Papes. Une immense croix en bois posée au centre du plateau. Agrippées à des cordes, les danseuses emprisonnent cette croix à chaque rotation.

De tous petits pas : les robes de poupées russes glissent sur le sol à vive allure. Marcos Morau nous transporte dans un monde ancestral. De nouveaux cordages descendent des hautes fenêtres du mur en fond de scène. Les danseuses s’y suspendent et les cloches sonnent.

Tout comme Luis Buñuel, le chorégraphe a été élevé dans des écoles catholiques pour garçons. Sa pièce chorégraphique rappelle les processions de son enfance. Une longue litanie des Béatitudes est récitée en français.

Pourquoi ce choix du français ? Car notre langue est celle de la Révolution !

Fasciné par l’histoire de l’art, Morau recrée un tableau vivant de Brueghel. Entre art, mysticisme et invention, cette troupe insuffle décidément un vrai vent de modernité.

Ces 9 femmes énergiques peuvent aussi donner la vie. Comme une convulsion, une contraction, le cri d’un nouveau-né résonne. Véritable catharsis, cette expérience globale a été écrite après le confinement. Nous comprenons alors pourquoi nous en sortons avec le besoin viscéral d’exister.

Notre avis ?

Coup de cœur Bulles de Culture, Sonoma est une expérience simplement magnifique.

Nous nous laissons captiver par une alternance entre les mouvements fluides et les gestes spasmodiques et fractionnés. Les bestiales danseuses glissent sur le sol telles des poupées mécaniques. Et subrepticement, elles se muent en un monstre à 9 têtes habité de fureur.

Ce retour nécessaire aux origines va-t-il nous permettre d’intégrer notre nouvelle ère digitale ? Allons-nous retrouver notre Liberté ?

La prestation du collectif La Veronal est grandiose. Tout commence par un cri et finit par les neuf tambours assourdissants. Un moment unique où la peau tendue des tambours fait frissonner la nôtre.

En savoir plus :

  • Sonoma de Marcos Morau dans la Cour d’honneur du Palais des Papes les 21, 22, 24 et 25 juillet à 22h dans le cadre du Festival d’Avignon 2021
  • La pièce est disponible en streaming et en replay sur Arte.tv depuis le mercredi 28 juillet 2021
  • Distribution : Lorena Nogal, Marina Rodriguez, Sau-ching Wong, Ariadna Montfort, Nuria Navarra, Angela Boix, Laia Duran, Julia Cambra, Alba Barral
  • Durée : 1h15
Frédérique C.

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