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Troll critique avis livre

Critique / « Troll » (2021) d’Eiríkur Ôrn Norddahl

Habitués à faire découvrir aux lecteurs, des livres forts de pays lointains, Les éditions Métailié frappent un grand coup en cette rentrée littéraire 2021 avec Troll. Le Troll en question est en effet un jeune humain, hermaphrodite assumé, dont le lecteur va suivre une bonne partie de sa vie depuis sa naissance, ses hésitations entre les deux sexes et son activité presque à temps plein sur les réseaux sociaux. Un livre qui peut déranger mais qui vous emporte aussi dans une dystopie, source de réflexions sur les évolutions du monde aujourd’hui. La critique et l’avis sur le livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M.

Synopsis :

Hans Blær est né hermaphrodite. Très jeune, il (elle)  a compris que les adultes n’avaient pas le monopole de la définition de la moralité. Et, un jour, derrière un écran Hans a  su qu’il (elle)  pouvait dire tout et son contraire, être lui (elle)  et tous les autres en même temps. Et puis, Hans Blær est devenu célèbre, sur Internet, à la radio, à la télé : un freak en croisade contre les gauchos et la bien-pensance, un kamikaze ultra cultivé prêt à brûler tout à son passage, un troll, jusqu’au jour où il (elle)  fera le pas de trop et devra fuir la police, le public, la presse, la pègre.

Une  structure de livre originale

N’espérez pas une lecture rapide ! Le livre ne se survole pas car ses thèmes se dévoilent seulement peu à peu. Pour résumer, il y a quatre types de chapitres qui s’entremêlent et qui sont bien identifiés par un titre.  Le titre Ilmur Thöll avec un prénom féminin en islandais renvoie à Hans jeune avant qu’Ilmur s’attribue le prénom mixte en islandais de Hans. On y raconte surtout la petite enfance du héros du livre. Les chapitres intitulés Karlotta Hermannsdottir du nom de la mère du héros décrivent la naissance de Ilmur et ses premières années. Le titre Hans Blær se rapporte à l’époque présente et présente un Hans écrivant à l’âge de 34ans un livre sur sa vie. Enfin, entre ces chapitres sont intercalés des copies de messages de Hans sur les réseaux sociaux ou il partage des états d’âme ou des révoltes.

Chaque chapitre est écrit du point de vue d’un narrateur extérieur. Ce décalage offre une plus grande liberté au narrateur dont le lyrisme se déploie facilement. Exemple : « iel ne sera pas résumé-e à ses valeurs, à son genre, à ses faiblesses ni à sa force ; Iel nous mène vers la vérité et nous noie dans le mensonge, nous serre dans son étreinte et nous éventre ».

En plus des noms islandais, le lecteur devra aussi se familiariser rapidement avec un vocabulaire spécifique. Par exemple pour éviter une attribution sexuelle au héros Il ou elle est remplacé par « iel » et celui ou celle par « ellui ».

Hans, le troll, un héros singulier

Partager la vie d’un jeune hermaphrodite pendant plus de 300 pages n’est pas une promenade tranquille.  D’autant que les détails sont nombreux sur son anatomie ou sur la découverte de sa sexualité.

Personnage hors norme, habitué des lignes de coke, ou de médicaments hypnotiques, Hans n’a rien d’un gendre idéal propre sur lui !

Au fil des pages, l’auteur nous permet de mieux comprendre sa personnalité  révoltée. Singulier par son anatomie, Hans envoie promener toute la morale traditionnelle. Nous découvrons avant tout un révolté !

Cette révolte trouve un exutoire sur internet ou les messages nihilistes du troll Hans, trouvent vite un écho en Islande et le font connaitre. Il profite de sa notoriété pour monter un projet de refuge pour des victimes mais ce projet va se retourner contre lui. Des tueurs le cherchent, introduisant une tension supplémentaire dans le roman.

Un roman saisissant

L’auteur Eirikur Örn Norddahl, né en 1978, fait partie des jeunes écrivains  qui n’ont peur de rien. Son style de déploie avec une grande fluidité mais c’est surtout son imagination qui nous emmène. Chaque détail semble en amener d’autres pour dessiner en fin de compte un univers cohérent.

Tout cela peut sembler extrême, voir outrancier mais le livre se saisit de vraies inquiétudes sur le futur. Parmi celles-ci, il y a le risque que la distinction s’efface entre le virtuel des écrans et la réalité et ce n’est pas un moindre paradoxe que cette confusion soit dénoncée par un écrivain qui sait si bien nous transporter dans un monde qui nous est largement étranger.

En savoir plus :

Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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