enfr

Critique / « Térébenthine » (2020) de Carole Fives

Dernière mise à jour : avril 23rd, 2021 at 11:40

Carole Fives, se constitue peu à peu une place parmi les littérateurs. Lancée dans cet exercice si difficile de la création, depuis à peine dix ans, elle a été remarquée pour ses livres parus chez L’arbalète/Gallimard. En septembre 2020, avec Térébenthine, Carole Fives utilise des souvenirs d’étudiante à l’école des Beaux-arts de Lille. La critique et l’avis. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Térébenthines, découverte des courants artistiques modernes

Durant les années 2000, Lucy et Luc accompagnent « tu », qui n’est autre que la jeune Carole, vue par la Carole d’aujourd’hui. Un procédé qui évite ainsi un récit autobiographique, offrant de la distanciation entre ce qui a été vécu et la fiction.

Pour être dans le coup, il faut se tourner vers la photo, les expressions vidéo, les projets conceptuels, les installations, et les performances. Pour ces trois jeunes élèves, ce fut un rejet pur et simple dans les sous-sols de l’école, marginalisés tant part les élèves que les professeurs. Ils sont surnommés les Térébenthines, comme le produit irritant, à l’odeur caractéristique, utile à la pratique de la peinture à l’huile (bien qu’ils utilisent en réalité de l’alcool à brûler), discipline dépassée et mésestimée. Le seul avantage c’est la désertion du lieu par les professeurs.

Le leur, en maladie, n’a pas été remplacé. Une amitié se crée entre les trois jeunes gens, très solidaires, qui va durer trois ans, le temps du cursus minimal. Lucy et « tu » imposent à des professeurs machistes, qui ignorent les artistes féminines durant les cours, d’entendre citer leurs noms lors d’exposés qui leur rendent la place qui est la leur dans l’Histoire de l’Art.

Térébenthine permet de découvrir les courants artistiques modernes, le monde sous jacent des galeries plus orientées vers le commerce que l’art, et celui de l’École des Beaux-arts où découragement, démotivation, mépris sont portés par des enseignants peu à l’écoute des aspirations d’artistes en herbe.

Hommage à des amitiés perdues

Térébenthine est rempli d’espoirs déçus, de désillusions qui conduisent Lucy et « tu » à trouver un métier, ne pouvant vivre de leurs productions de tableaux. Le plus acharné, le plus doué, le plus brillant, Luc, persévère durant deux années supplémentaires, perdant de vue ses amies. Toute sa vie il s’adonne à sa passion avec une frénésie créative dévorante. La célébrité sera tardive, sans qu’il la connaisse car atteinte seulement après son suicide.

Véritable hommage à des amitiés perdues, à des espérances artistiques bafouées, Carole Fives, comme à son habitude, est directe, sans détours, avec des dialogues percutants, une écriture alerte, retenue, subtilité, et une certaine tendresse. Une apprentie peintre, devenue enseignante en arts plastiques, qui a brillamment troqué la toile contre la feuille blanche, et qui plonge ses lecteurs dans les dérives comportementales de notre société, avec ses préjugés, son égoïsme, ses exclusions.

En savoir plus :

  • Térébenthine, Carole Five, septembre 2020, éditions Gallimard, 176 pages, à partir de 11,90 euros (numérique)
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.