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ZOF 1945 livre

Critique / « ZOF 1945 » (2020) de Jean-Christophe Berthain

À la fin de la seconde mondiale, la France reçut, sur l’insistance du Général de Gaulle, une zone d’occupation en Allemagne, amputant celle des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, la plus restreinte des quatre puissances alliées, en bordure du Rhin coupée par un corridor américain. Elle s’agrandit avec l’adjonction de deux districts de Berlin. La Französische Besatzungszone ou  ZFO, zone française d’occupation, ou encore ZOF, zone d’occupation française qui dura jusqu’en 1955 sert de cadre à ZOF 1945 de Jean-Christophe Berthain, paru en 2020 chez Le cherche midi, et au format poche chez Pocket en septembre 2021. La critique et l’avis sur le livre. 

Synopsis :

Après huit années passées à Londres, sans parler un seul mot d’allemand, René Valenton, officier du renseignement, est promu colonel lors de son affectation à Baden-Baden dans la Forêt Noire, siège du commandement en chef des Forces françaises en Allemagne (FFA). Épargnée par la folie destructrice de la guerre, la renommée station thermale continue de couler une vie festive où grouillent militaires, civils français, autochtones nazis ou opposants et trafiquants. Beaucoup sont venus se faire oublier, redorer leur image ternie durant la guerre, ou profiter de la situation pour s’enrichir. Au milieu de cette véritable faune, de fortes tensions naissent au sein des occupants entre ceux qui ont vécu la guerre sur le terrain et ceux planqués dans des ministères ou autres administrations, voire pire avec ceux qui étaient à Londres.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

ZOF 1945 : « expliciter le climat social d’après guerre »

Comme chez Cay Rademacher dans sa Trilogie hambourgeoise en zone d’occupation britannique, le climat est similaire. Misère, manipulations, vengeances, dénonciations, trahisons, exécutions sommaires, violences généralisées, s’égrènent au fil des pages. Si l’auteur allemand a choisi le registre policier, pour expliciter le climat social d’après guerre, rien de tel dans ZOF 1945. Jean-Christophe Berthain plonge dans le quotidien où les prévarications abondent, où la chasse aux nazis est ouverte, avec beaucoup de complaisance dans de nombreux cas. A côté de bonnes volontés cohabitent de véritables voyous corrompus.

Ni roman policier, ni roman historique, encore moins roman sentimental, ZOF 1945 est le roman de René Valenton, tourmenté par l’absence de nouvelles de sa famille. De Troyes, sa ville natale, plus la moindre information de sa mère, son frère, sa sœur, son beau-frère et son neveu. Le temps lui manque pour rechercher ce que sont devenus ses proches. Il faut être présent face aux « margoulins boches » et aux « magouilleurs français » qui collaborent allègrement avec les fuyards contre espèces, par conviction, ou dans l’intérêt des puissances occupantes. Heureusement d’autres Français «… ont acquis une réputation auprès des nazis en fuite : la ZOF est le pire endroit pour se planquer. Et ceux qui s’y trouvent n’ont qu’une envie : s’en échapper. » Les poursuites, les captures, sont longues, harassantes, mais demeurent la priorité des forces de renseignement.

 Parfaitement documenté, très rythmé,

Rien n’est limpide, tout est trouble dans cette ZOF 1945, tant chez les vaincus que chez les vainqueurs, les alliés, qui défendent des intérêts propres. Culpabilisant sur le destin de ses proches, cet officier de renseignement doit garder son professionnalisme « quand les prisonniers français libérés croisent des boches », ou lorsque des militaires, nouveaux occupants, droguent, chassent et tirent à vue sur des hommes dénudés, d’anciens Waffen SS. Il s’appuie sur Metzer, capitaine efficace, alsacien, maîtrisant la langue de Goethe. Les « chasseurs de scalps » français capturent d’anciens grands noms comme l’ambassadeur Abetz, le ministre von Neurath, le général von Stülpnagel, ou du menu fretin civil et militaire, en épargnant quelques soldats allemands pour renforcer les troupes exsangue de la Légion et pour préparer utilement le futur.

Il faut être impitoyable et être prêt pour remplir les tribunaux qui s’installent tout en étant disponible pour profiter de l’insouciante vie sociale dans le havre doré qu’est Baden-Baden. ZOF 1945, parfaitement documenté, très rythmé, est porté par une plume alerte, accessible, acérée et teintée d’humour. Jean-Christophe Berthain restitue une période oubliée ou peu connue de l’Histoire de France qui dura dix ans, sans sentimentalisme inutile. Un livre réussi.

En savoir plus :

  • ZOF 1945, Jean-Christophe Berthain, Le Cherche midi, septembre 2020, 320 pages, 18 euros, Pocket, septembre 2021, 304 pages, 6,95 euros
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