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ALIS - Affiche 120x160

Critique / « Alis » (2023) de Clare Weiskopf et Nicolás Van Hemelryck

Alis de Clare Weiskopf et Nicolás Van Hemelryck est dans les salles de cinéma depuis le 18 janvier 2023. La critique et l’avis. 

Synopsis :

Dans un refuge pour adolescentes à Bogota en Colombie, un personnage imaginaire prénommé Alis naît des projections, des aspirations et des peurs de chacune.

Alis, un avatar dans un enfermement interindividuel

Inspiré et construit à la suite d’ateliers audiovisuels dans un centre d’accueil pour adolescentes colombiennes de Bogota, Alis de Clare Weiskopf et Nicolás Van Hemelryck n’est pas qu’un film de cinéma adressé à un futur public, il est d’abord une construction collective pour accompagner une parole comme une fleur qui ose s’épanouir en faisant craqueler une terre bitumée pour tout horizon d’éclosion humaine. Avec subtilité et pudeur, Clare Weiskopf et Nicolás Van Hemelryck inventent des procédés très simples en apparence mais d’une grande perspicacité pour laisser s’exprimer cette petite voix intérieure de chaque adolescente en inventant le personnage fictif d’Alis construit comme une part extérieure enfin assumée d’elle-même. Alis est alors plus qu’un simple avatar dans un enfermement interindividuel de soi à soi dont les réseaux sociaux sont tellement obsédés. Alis est ici une construction collective qui crée sensiblement de la sororité là où l’on ne s’y attendait plus comme une merveilleuse épiphanie libératrice autant qu’émancipatrice.

ALIS photo film
© Wayna Pitch

Avec rigueur et une fascinante sobriété narrative, Clare Weiskopf et Nicolás Van Hemelryck construisent leur narration documentaire en assumant le traditionnel entretien face caméra sans chercher à le faire disparaître de la conscience par des dispositifs distincts de mise en scène. Ici, les cadrages tout comme la lumière sont résolument les mêmes et ne lassent jamais grâce à la force du montage comme principe de narration et surtout par la puissance des témoignages des protagonistes qui livrent leurs violences subies dans l’espace social en dehors du refuge. La caméra ne les enferme jamais dans le rôle de victimes car elles construisent devant la caméra un être d’une fascinante force de résilience que le film accompagne sans cesse avec bienveillance.

Le dispositif s’inspire notamment par sa fausse simplicité narrative et sa vraie complexité à développer des liens étroits avec les protagonistes au centre de l’élaboration du récit, de La Libertad del diablo (2017) d’Everardo González où des témoignages filmés systématiquement en plan fixe explorait une autre face de la violence de la société par la voix de ses bourreaux. L’invention du cinéma dans sa forme la plus libre que constitue le documentaire témoigne ici encore de la conviction selon laquelle le cinéma s’invente avec les sujets mêmes qu’il rencontre.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Cédric Lépine.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 25/01/2023
  • Distribution France : Wayna Pitch
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