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Mathieu Menegaux livres

Mathieu Menegaux : l’art de raconter le quotidien

Dernière mise à jour article : 13 juin 2020 à 15:21

Travailler dans un cabinet de conseil en management, s’occuper de ses deux filles et de son épouse ne suffisent pas à remplir l’emploi du temps de Mathieu Menegaux.  Aussi durant ses heures creuses, vers cinquante ans, il est devenu écrivain pour le plus grand plaisir des lecteurs. Portrait de cet auteur de talent. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Je me suis tue, Un fils parfait et Est-ce ainsi que les hommes jugent ? : les trois premiers livres de Mathieu Menegaux

e me suis tue de Mathieu MenegauxLes trois premiers romans de Mathieu Menegaux , Je me suis tue, Un fils parfait et Est-ce ainsi que les hommes jugent ?,  ont de très nombreux points de convergence. Les thèmes choisis sont piochés dans des faits divers de grande actualité permettant d’aborder moult sujets. Ainsi viol, infanticide, inceste, présomption d’innocence bafouée, harcèlement médiatique et erreurs judiciaires sont parfaitement traités et décrits dans leurs mécanismes. Tous les cadres choisis sont ceux d’un milieu social très favorisé où la réussite et le bonheur sont une évidence. Trois familles voient leurs référentiels voler en éclats suite à un événement dramatique.

Autre similitude, ces trois romans sont racontés par chaque victime, deux hommes et une femme. Une mère de famille, un père de famille, une femme mariée sans enfants sont ainsi entrainés progressivement mais inexorablement vers les profondeurs du désespoir et de la déchéance. Les états d’esprit de chaque victime sont analysés, expertisés et disséqués avec force et détails.

La parole, un thème central

Un fils parfait de Mathieu MenegauxDe même, la parole est un thème central chez Mathieu Menegaux. Qu’elle soit tue par honte (Je me suis tue), bafouée par les médias (Un fils parfait) ou la police (Est-ce ainsi que les hommes jugent ?), toujours sujette à suspicion et critiques, la parole est difficile à exprimer d’autant plus que les mots n’ont pas la même valeur pour tous. Elle peut être entendue mais pas nécessairement comprise et acceptée. Quant aux non-dits, ils sont tout aussi pesants et ils isolent plus profondément leurs porteurs.

Ce sont aussi des espaces sociaux qui se referment progressivement avec l’exclusion par les amis, la famille ou des collègues de travail. La rage, la hargne et la peur agitent ces coupables désignés à la vindicte populaire. La détresse, la solitude, la honte, voire la culpabilité envahissent ces personnes.

Le fait inattendu chez Mathieu Ménégaux

Est-ce que les hommes jugent ? de Mathieu MenegauxLe déclenchement de l’intrigue pour les trois ouvrages de Mathieu Menegaux est lié à un fait inattendu, un concours de circonstance, qui produit un ensemble de réactions en chaîne. Tout bascule en un instant mettant en relief la fragilité d’une existence, la fracture des apparences. Ces victimes broyées sont confrontées à leurs réflexions, à leurs décisions radicales et parfois contradictions. Police, médias, amis et famille, sont souvent, par leurs comportements, responsables de l’approfondissement de la crise existentielle que vivent les protagonistes de ces drames.

Enfin, ces histoires ont une filiation évidente, tant dans le style que dans le rythme. La concision extrême du texte ne permet aucune perte de temps, aucune digression. Seul l’essentiel est écrit pour aller droit au but. Rien de superflu, tout est précis, le juste mot est employé. Tout est parfaitement restitué avec sobriété et aucun voyeurisme. 

Claire, Daphné, Gustavo : des personnages multiples

Claire (Je me suis tue), Daphné (Un fils parfait) et Gustavo (Est-ce ainsi que les hommes jugent ?) trouveront la résolution à leurs dérives de manière plus ou moins violente. Ils demeureront des personnages indélébiles dans nos mémoires tant leur histoire est marquante et reflète si bien la société actuelle dans ses déviances les plus malsaines.

Je me suis tue, Un fils parfait et Est-ce ainsi que les hommes jugent ? méritent le plus large public possible. Tous disponibles aux Éditions Points, ils sont aussi prenants et brillants l’un que l’autre. Chaque lecteur aura sa préférence mais aura surtout le plaisir d’avoir découvert un très bon auteur. Une certitude : Mathieu Menegaux va devoir changer de style pour éviter d’être accusé de répétition. La réponse sera donnée en lisant son dernier roman, Disparaître, disponible depuis le 8 janvier 2020.

En savoir plus :

  • Je me suis tue, Mathieu Menegaux, Éditions Grasset, 1er avril 2015, 192 pages, à partir de 16.50 euros
  • Un fils parfait, Mathieu Menegaux, Éditions Grasset, 1er février 2017, 240 pages, à partir de 16.50 euros
  • Est-ce que les hommes jugent ?, Mathieu Menegaux, Éditions Grasset, 2 mai 2018 , 234 pages, à partir de 18 euros
  • Disparaitre, Mathieu Menegaux, Éditions Grasset, 8 janvier 2020 , 216 pages, à partir de 18 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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