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Critique / « L’ange de Munich » (2021) de Fabiano Massimi

Diplômé de philosophie à Bologne et à Manchester, traducteur, conseiller auprès d’éditeurs italiens, bibliothécaire, Fabiano Massimi, quadra débordant d’activités, a réussi à écrire un livre de 550 pages, L’ange de Munich, paru chez Albin Michel. Trois ans de recherches approfondies, de fouilles dans de nombreuses bibliothèques européennes, ont été nécessaires pour bâtir ce roman. L’avis et la critique livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

L’ange de Munich, historique et policier

Durant la fête de la bière, en septembre 1931 à Munich, le décès d’une jeune allemande de 23 ans, Angela Raubal, est constaté au domicile cossu d’un dénommé Adolf Hitler, oncle et tuteur de la victime. Un sujet déjà objet de nombreux articles d’historiens, aujourd’hui traité en roman, avec de solides sources. À la fois historique et policier, le livre de Fabiano Massimi a des senteurs du regretté Philip Kerr, notamment La trilogie berlinoise avec l’inspecteur Bernie Gunther. Là s’arrête toute comparaison.

Dans L’ange de Munich, les commissaires Sauer, et Forster, de la brigade criminelle, ont réellement existé et mené l’enquête. Une amitié solide lie ces deux hommes qui affrontent des nazis, déclarés ou dissimulés, alors qu’eux sont de farouches opposants au parti national socialiste, mouvement émergent et violent, mené par leur leader, Adolf Hitler. Tous ses suppôts sont présents dans cette affaire, de Himmler à Goering en passant par Heydrich, Goebbels, Hess. D’autres nazis tout aussi importants apparaissent tels von Schirach (son petit fils est aujourd’hui un brillant avocat et excellent écrivain, avec notamment, « Crimes », « Coupables », « L’affaire Colini »), Gregor Strasser, Ernst  Hanfstaengl (objet d’un bon livre chez Gallimard de Thomas Snegaroff sous le titre Putzi). Cette affaire ne saurait être complète sans qu’entrent en scène le photographe attitré d’Hitler, Heinrich Hoffmannn, ou ceux qui ont déserté le parti, en ont été exclus ou ont été opposants : Otto Strasser, Emil Maurice, Fritz Gerlich. Mensonges, pièges, traîtrises, paranoïa, sont le quotidien de ces personnes dans leur course au pouvoir.

Une dispute entre l’oncle et la nièce, le corps d’Angela retrouvé sans vie dans une pièce fermée de l’intérieur, un pistolet d’Hitler retrouvé à proximité, tout laisse penser à un suicide. Pour valider cette version, Sauer et Forster ne disposent que de quelques heures avant que le dossier soit classé. Des doutes apparaissent face à un corps tuméfié, un visage abîmé, des contradictions flagrantes entre les divers témoignages recueillis.

« il n’y a pas une page de trop »

Entre fiction et réalité, le lecteur suit pas à pas tous les mouvements du commissaire Sauer. Cet angle de vue est astucieux ; le lecteur bénéficie de ses pensées, ses réflexions, ses doutes, ses secrets et états d’âme. L’enquête va durer plus longtemps que prévu, une semaine, avec de faux espoirs, d’autres suicides suspects. Il faut demeurer en permanence méfiant et ne faire absolument confiance à personne, même pas à ceux qui travaillent dans la police ou la justice tant les nazis ont commencé à noyauter ces administrations. Bien construit L’ange de Munich, à l’écriture vive, délivre à chaque chapitre des rebondissements et restitue parfaitement le climat ambiant qui règne sur Munich à cette époque.

La vie de Geli, diminutif d’Angela, retracée par ceux qui l’ont connue, fait apparaître une jeune fille comme une blanche colombe sans aspérités, une manipulatrice, une personne persécutée et malheureuse, une victime d’un obsédé pervers narcissique, une femme vive au charisme évident, une écervelée dangereuse, une amoureuse inconstante et jalouse, une passionnée constamment contrainte. Certains la trouvent frivole et dépensière, d’autres la reconnaissent enjouée et sociable. Difficile de se faire une idée précise de qui était Geli. Pour ne pas nuire à l’ascension de son oncle, au regard de tout ce qu’elle connaissait, mieux valait la neutraliser semble t-il. 550 pages c’est parfois long mais dans L’ange de Munich, il n’y a pas une page de trop. C’est l’occasion de découvrir une voix naissante en littérature, doublée d’une excellente traductrice, Laura Brignon. Un polar qui plonge dans l’Histoire avec brio.

 

En savoir plus :

  • L’ange de Munich, Fabiano Massimi, Albin Michel, mars 2021, 550 pages, à partir de 14.99 euros (epub)
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

Un commentaire

  1. Bonsoir. Etant un inconditionnel de Philip Kerr, je vous remercie beaucoup pour cette chronique qui donne vraiment envie de découvrir cet auteur. Je l’intègre tout de suite à ma PAL ! Bien cordialement,

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