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Critique / « La possibilité du vide » (2021) d’Yves Ballu

Pour les amoureux de la montagne, les éditions Glénat sont une référence. On y trouve aussi bien des guides pour une prochaine randonnée que des ouvrages de références écrits par les grands noms de l’alpinisme.  Ceux-ci sont concentrés dans la collection « hommes et montagne ». On y découvre la signature de maitres comme Reinhold Messner, Joe Simpson. Dans le palmarès des auteurs Yves Ballu figure en bonne place avec 5 ouvrages. A 78 ans, l’ancien chercheur physicien au CEA, fait paraitre de sa retraite du Dauphiné un roman original tiré de son expertise du milieu des grimpeurs de parois. La critique et l’avis du livre « La possibilité du vide ».

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M..

Synopsis :

Yann est un passionné d’escalade. Chacun sait que c’est une activité rarement solitaire mais au contraire la source de belles amitiés initiées au sein de cordées.  Yann grimpe avec Damien dans les années 1970 puis avec Marc dans les années 1990 un urologue parisien. Autant Marc est un bon vivant, autant Yann est marqué par des deuils familiaux. Il a dû affronter le suicide de Damien dépressif, l’agonie de son père suite à un cancer, la mort de sa première épouse. Un jour, dans le cabinet de Marc, il apprend qu’il pourrait avoir la même maladie que son père. Cette nouvelle va impacter son activité de grimpeur, sa relation amoureuse naissante avec l’assistante de Marc Lucie et tous ses objectifs.

Le milieu de l’escalade comme si nous en faisions partie

Les passionnés de la grimpe forment un microcosme avec ses lieux de grimpe, ses boutiques, ses « topos », son vocabulaire, ses héros comme Gaston Rebuffat ou Frison Roche. Dans ces années 1970 à 2000, on ne grimpe pas en salles et les grimpeurs parisiens s’exercent sur les rochers de Fontainebleau, sur des falaises comme celles du Saussois en Bourgogne ou encore dans le magnifique site des calanques marseillaises. L’objectif final reste les grandes courses du massif du Mont Blanc, celles décrites dans le livre mythique de Gaston Rebuffat « les 100 plus belles courses » comme le petit Dru ou la face sud de l’aiguille du Midi, qui laissent à ses vainqueurs des souvenirs inoubliables.

L’auteur a beaucoup fréquenté ce milieu et le raconte avec jubilation. Il excelle à faire partager au lecteur le plaisir de l’escalade, exercice à la fois physique et métaphysique qui mobilise toutes les ressources du grimpeur. Quel plus grand bonheur de sortir d’une voie d’escalade difficile ! Et quelle opportunité de nouer des solides amitiés !

Un roman plus drôle que morbide

Il serait dommage de se concentrer sur les envies de suicide de Yann suite à l’annonce de sa maladie. Le lecteur aura tendance à les reconnaitre plutôt comme un « MacGuffin » destiné à créer du suspens dans le récit sur le modèle des films de Hitchcock. Le titre du livre la possibilité du vide évoquant un titre fameux de Michel Houellebecq met la puce à l’oreille du lecteur : rien ne sera définitivement tragique. Le titre évoque aussi le métier de Yann physicien spécialisé dans les très basses pressions en laboratoire. Décidément l’auteur, physicien lui-même, a mis beaucoup de lui dans le personnage de Yann !

Autre clin d’œil, l’auteur navigue avec élégance entre réalité et fiction puisque ses personnages fictifs rencontrent parfois des vraies personnalités de la montagne au pied des voies ou dans leurs interrogations médicales.

Un roman plaisant

Les chapitres sont courts. L’écriture, à base de dialogues, entraine une forte proximité avec les grimpeurs du roman. L’auteur a disposé toutes les composantes d’un vrai roman à l’opposé de récits d’ascensions répétitifs. Il y a des drames mais aussi de l’amour et   surtout de l’enthousiasme. Le livre lui-même est d’un format et d’une esthétique agréable. Robuste, le lecteur aura presque envie de l’emmener au pied des voies !  Le lecteur retient une grande déclaration d’amour à la montagne et aux alpinistes. Un livre qui réjouira ses amateurs et bien placé pour attirer de nouveaux adeptes !
La possibilité du vide

En savoir plus :

  • La possibilité du vide, Yves Ballu, Editions Glénat, mars 2021, 288 pages, 19,95 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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