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Bonne nuit Tokyo livre avis critique

Critique / « Bonne nuit Tôkyô » (2022) de Yoshida Atsuhiro

À soixante ans Yoshida Atsuhiro débarque en France chez Picquier, avec Bonne nuit Tôkyô, lui l’auteur prolifique aux quarante romans en vingt ans, adulé au Japon. Dans cette déambulation nocturne, selon le principe d’une ronde infinie où des individus se rencontrent, se perdent se retrouvent, en croisent d’autres, les nuits s’écoulent avec ces personnages atypiques, excentriques pour certains, renfermés pour d’autres, mais tous se révélant attachants avec leurs secrets. La critique et l’avis du livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

Bonne nuit Tôkyô, des demandes insolites qui enrichissent le livre

Matsui, le chauffeur de taxi, bleu nuit, est le principal fil conducteur de ces longues nuits. Il conduit Mitsuki l’accessoiriste de cinéma à la recherche d’invraisemblables objets aux heures les plus saugrenues. Empêtrée avec une bague qu’elle ne peut plus retirer, elle part en quête de biwa, « pas l’instrument de musique, les fruits » c’est à dire des nèfles. Un autre jour, le metteur en scène exige un casse-cacahuètes, objet dont personne n’a la moindre idée de ce qu’il doit être. Ces demandes insolites sont l’opportunité de rencontrer à chaque fois de nouveaux protagonistes qui enrichissent Bonne nuit Tôkyô.

La quête de nèfles est compliquée, aucune trace chez les commerçants et aucune notion de ce à quoi ressemble un néflier. Heureusement l’ami de Mitsuki, l’homme qui observe les corbeaux, va guider adroitement la chasse jusqu’à l’arbre miraculeux d’où émerge une masse noire, un être humain pris dans les phares d’un camion, en train de chaparder le précieux fruit.

Il s’agit d’une voleuse occasionnelle, une fois par an seulement, qui s’est mise en action pour faire de l’alcool de nèfles. La jeune femme, Fuyuki Kanako, standardiste au standard de Tôkyô 03 Assistance se voit confiée une mission importante, celle de remettre un téléphone obsolète, à quatre heures du matin précises, au représentant d’une société spécialisée, en l’occurrence Mlle Moriizumi, et s’assurer « que l’objet a bien été broyé et incinéré ».

« de nouveaux acteurs farfelues »

Et le processus de Bonne nuit Tôkyô continue de se déployer avec l’entrée en scènes de nouveaux acteurs farfelus, plus surprenants les uns que les autres. Ainsi le brocanteur Ibaragi, d’un âge avancé, n’ouvre son véritable bric-à-brac que la nuit car il ne supporte pas la lumière. Rares sont les clients qui le dérangent pour acheter des objets, récupérations recyclées ayant déjà bien vécues, rebaptisés de drôles de noms selon son inspiration. Ils ne sont là que pour faire rêver et attendre une éventuelle nouvelle vie.   

Nombreuses sont les destinées solitaires dans ce roman, à la recherche d’un être cher ou à la poursuite d’une ombre, comme celle de son père, acteur de cinéma peu connu, pour le détective et magicien Tashiro. Solitudes multiples qui se sont réunies dans la gestion du restaurant Les Quatre Coins, après les échecs individuels d’anciennes dirigeantes de petites gargotes.

Des rencontres de personnages humbles, un tantinet décalés, la poursuite d’un bonheur raté, le souvenir prégnant d’un être perdu ou brièvement croisé, s’égrènent au fil des pages de Bonne nuit Tôkyô. En croisant et recroisant ces multiples figurants, le lecteur prend plaisir à les retrouver et mieux découvrir qui ils sont réellement à travers diverses situations.

« Un livre éloigné des clichés traditionnels »

Des virées nocturnes dans la capitale nipponne qui révèlent maintes surprises, des rencontres hors du temps, des comportements atypiques, qui font le charme de cette ronde vive et animée.Avec une écriture dépouillée, sans être minimaliste, une excellente traduction de Catherine Ancelot, Bonne nuit Tôkyô enveloppe le lecteur dans une atmosphère apaisante, ou réalité et rêves éveillés cohabitent chez ces individus minuscules noyés dans la mégapole tokyoïte.

Plus complexes qu’ils ne paraissent à première vue, à force de pugnacité ou par le plus grand des hasards, certains trouveront ce qui les hantaient ou ce qu’ils cherchaient depuis si longtemps sans oser l’exprimer. Leurs nombreux questionnements ont souvent bénéficié des services de Matsui, le chauffeur de taxi de nuit, disponible et à l’écoute, toujours de bon conseil.

Il faut entrer dans Bonne nuit Tôkyô de Yoshida Atsuhiro, pour apprécier ce premier roman traduit en France, représentatif de certains auteurs japonais, surprenants et fantasques. Un livre éloigné des clichés traditionnels, sans personnages détraqués, sans violence urbaine, sans jugements, habilement ficelé où le lecteur attend de voir ressurgir untel ou unetelle poursuivre leurs péripéties. Dans cette ronde classique, très souvent utilisée au cinéma et en littérature, dominent la légèreté, la bienveillance à l’égard d’interlocuteurs atypiques, humains, discrets, simplement dans l’attente d’une âme sœur. Dépaysement, situations cocasses savoureuses font de Bonne nuit Tôkyô une belle découverte qui procure un très agréable moment de lecture.

En savoir plus :

  • Bonne nuit Tôkyô, Yoshida Atsuhiro, Editions Picquier, mars 2022, 230 pages, 19 euros
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