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© Nelson Gedalof

Interview / Jérémie Guez pour « Sons of Philadelphia » (2020)

Dernière mise à jour : juin 15th, 2021 at 04:19

Sélectionné en compétition au Festival du Cinéma Américain de Deauville en 2020 et visible dans les salles de cinéma depuis le 26 mai 2021, Sons of Philadelphia (The Sound of Philadelphia) est un thriller de Jérémie Guez avec Matthias Schoenaerts, Joel Kinnaman, Maika Monroe, Ryan Philippe et Paul Schneider à la distribution. Rencontre Bulles de Culture avec l’auteur-réalisateur de ce long métrage.

Synopsis :

Philadelphie. Il y a trente ans, la famille de Michael a recueilli Peter à la mort de son père, dans des circonstances opaques. Aujourd’hui, Peter et Michael sont deux petits malfrats aux tempéraments opposés. L’un est aussi violent et exubérant que l’autre est taciturne. Quand Michael est désigné comme « gênant » par la mafia italienne, le passé trouble de la famille ressurgit…

Sons of Philadelphia  : interview de l’auteur-réalisateur Jérémie Guez

SONS OF PHILADELPHIA de Jérémie Guez photo film cinéma
© Nelson Gedalof

Bulles de Culture : Vous être d’abord romancier, auteur de polars, scénariste puis réalisateur. Pourquoi ne pas avoir écrit un scénario original ou adapté l’un de vos romans pour Sons of Philadelphia ?

Jérémie Guez : Ah, direct ! Si j’écrivais aussi bien que Pete Dexter [NDLR : l’auteur du livre Un amour fraternel dont est tiré le film], je n’aurais pas eu besoin de faire une adaptation (rires) !

Plus sérieusement,  il y a des livres qui sont clairement au-dessus du lot et qui laissent suffisamment d’espace pour se dire qu’il est possible de les rendre au cinéma. Ils ne disent pas déjà tout sur le papier, on peut projeter une adaptation.

Mais surtout, Pete Dexter a vraiment cette qualité-là, d’écrire des petit chefs-d’œuvre très concis, très aérés, extrêmement rythmés et surtout construits autour de personnages incroyables qu’on à envie de voir à l’écran.

Bulles de Culture : Mais alors, pourquoi n’avoir pas poussé l’adaptation en transposant l’action en France ? Y avait-il un désir de faire un film noir « à l’américaine »…   

Jérémie Guez : Il y avait un peu de ça, oui. C’est vrai qu’il y a de très bons exemples de romans noirs américains qui ont donné de sublimes transpositions françaises.

J’ai revu dernièrement Regarde les hommes tomber [NDLR : un film de Jacques Audiard d’après le roman Triangle de Teri White], c’est l’exemple type. Le roman noir et le film noir sont quasiment nés en même temps, ils ont toujours communiqué ensemble. David Goodis a été adapté en France et Jean-Patrick Manchette aux États-Unis. Il y a une sorte de communication perpétuelle effectivement entre les deux supports et les nationalités…

Mais là, ce que je trouvais attirant, c’était de jouer avec les codes du film de mafia. Que les gens attendent des règlements de comptes, des grandes familles, des archétypes du cinéma de gangsters US des années 60/70 et que l’histoire du film prenne complétement le revers de ça. Sons of Philadelphia ne s’intéresse en fait qu’à un micro détail d’un conflit familial et d’un drame passé aucunement lié à la mafia.

Je trouvais ce contre-pied très intéressant. Comme en France, nous n’avons pas du tout la même mythologie autour de ces sujets-là, cela aurait forcément été moins fort si j’avais dû l’adapter ici.

« Si c’était juste une histoire de gangsters, il n’y aurait pas eu de film »

SONS OF PHILADELPHIA de Jérémie Guez photo film cinéma
© Nelson Gedalof

Bulles de Culture : La mafia italo-américaine, irlandaise… a tellement été traité au cinéma, ce n’était pas un peu casse gueule, comme idée ?

Jérémie Guez : Oh que si, mais c’est ça qui rendait la chose intéressante. Comme je le disais, le film n’est en fait jamais vraiment un film de mafia.

Si c’était juste une histoire de gangsters, pour moi, il n’y aurait pas eu de film. Bien sûr, il y avait sans doute une saga familiale sur 30 ans possible. Mais, on arrivait rapidement à une œuvre indépassable, à mon sens : Il était une fois en Amérique

En fait, ce souffle épique effectivement possible m’intéressait bien moins que le condensé de tension et de machine à laver dans lequel le personnage principal est plongé durant une heure et demi.

La mafia est le folklore du film. Il y a une mise en abyme incroyable dans cette histoire : un film dans le film. Le cliché est juste la toile de fond et ce qui va nous intéresser, c’est cet accident familial qui aura des conséquences sur une période de près de 20 ans.

Alors que sur le papier, les personnages ont des soucis bien plus importants que cet accident, pourtant, c’est ça qui fait exister l’histoire !

Bulles de Culture : Quelles sont les principales difficultés pour adapter un roman ?

Jérémie Guez : Essayer de s’affranchir de l’intrigue et de la voix de l’auteur, tout en les préservant ! En fait, il faut essayer de trouver un équilibre qui ne soit pas juste la redite du roman.

Si c’est juste essayer de redire ce qu’il y a sur la page, il y aura forcément de la déperdition et ça ne pourra qu’être que déceptif. Il faut réussir à insérer du cinéma et sa sensibilité sans tout casser et sans copier scrupuleusement. C’est un équilibre assez périlleux à trouver…

Bulles de Culture : Et en tant qu’écrivain, quel est votre regard sur l’adaptation ?

Jérémie Guez : Moi, je n’ai pas de problème avec les adaptations des choses que j’ai écrites parce que c’est le jeu. Si on est trop sensible avec ça, je crois qu’il vaut mieux ne pas céder les droits. C’est un choix.

C’est vrai que quand on cède les droits, il faut accepter que quelqu’un d’autre mettra son nom au générique, mais c’est aussi lui qui va prendre les risques et galérer pendant 3, 4, 5, 10 ans. Donc, je respecte ça.

Qu’on soit content ou non du résultat, ce n’est pas le propos. Il y a une sorte de pacte de principe au début, et on doit s’y tenir.

Propos recueillis en septembre 2020 en Normandie.

En savoir plus :

Nicolas Bellet

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