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Retour à Cuba livre critique avis

Critique / « Retour à Cuba » (2021) de Laurent Bénégui

Avant Retour à Cuba, Laurent Bénégui a publié treize romans aux éditions Julliard, Le Mari de la harpisteMon pire ennemi est sous mon chapeauLe jour où j’ai voté pour ChiracSMS et Au Petit Marguery, ces deux derniers ayant été adaptés au cinéma. Ses lecteurs apprécient des histoires, tendres, sensibles, racontées avec un humour bienveillant. L’avis et la critique livre de Retour à Cuba

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M..

Synopsis :

De son grand-père enterré à Cuba et de son père né là-bas, Laurent Bénégui ignorait presque tout. Jusqu’à ce que le destin s’en mêle et le conduise à enquêter. Il se souvient alors de Raúl Castro tirant à la kalachnikov sur des noix de coco dans la propriété familiale pour l’amuser ou de cette jeune Russe rencontrée au bord de la piscine d’un palace cubain à la fin des années soixante. De révélations en coïncidences, entre Paris et La Havane, l’auteur tire les fils de l’histoire qui a mené sa famille, des cultivateurs désargentés, à quitter au début du XXe siècle son Béarn natal pour cette lointaine île des Caraïbes.
Au travers d’une fresque historique et politique couvrant plus d’un siècle, l’auteur transforme les membres de sa famille en personnages de fiction, nous faisant découvrir avec émotion leur vie infiniment romanesque.

Retour à Cuba, l’histoire des ancêtres

D’où les auteurs tirent- ils leur sujet de livre ?  Souvent de leur vie,  de leurs rencontres, de leur famille comme Leila Slimani avec Le pays des autres.

Laurent Bénégui a tourné autour de ces sources d’inspiration dans de précédents romans : le restaurant de ses parents (Au petit Marguery), la mort d’une  mère (La part des anges). Dans son dernier roman Retour à Cuba paru en janvier 2021, pas d’échappatoire, c’est l’histoire de ses ancêtres depuis deux siècles qui est au centre du livre.

L’auteur place un arbre généalogique au début de son roman pour dédier son roman à tous les membres de sa famille. Celui-ci va s’avérer aussi utile aux lecteurs qui à plusieurs reprise appréciera de s’y référer. Tout en haut, figure l’arrière-grand-père de l’auteur né en 1829 et mort en 1911. Il sera le père, avec deux femmes différentes, de 17 enfants !  Ce n’est donc pas une famille que l’on appréhende en cinq minutes !

Heureusement l’auteur se concentre sur les ancêtres liés à Cuba ou son grand père était arrivé jeune homme presque par hasard pour fuir la misère de sa région natale le Béarn.

Une partie de la famille suivra ses traces pour mener leur propre aventure ou reprendre son exploitation de café  au grès des péripéties de la grande histoire et des circonstances familiales.

C’est une véritable enquête que démarre l’auteur en allant interroger quelques tantes, grands-tantes  pouvant l’éclairer. Ces entretiens sont d’autant plus importants qu’il semble exister des conflits encore inexpliqués entre familles de descendants. Pour conclure ses démarches, il partira sur place  avec sa famille pour un voyage sur les traces de ses ancêtres. 

Laurent Bénégui met sa quête en roman

Le roman alterne donc avec bonheur le récit des investigations de l’auteur (« Le processus de création se situe au cœur de ce projet, autant moteur que sujet ») et la reconstitution imaginée de scènes mettant en œuvre les personnages de sa famille passée.   

D’autres écrivains ont choisi à la fois de raconter une histoire et de se mettre en scène comme enquêteur. Par exemple Jean Claude Kauffman dans Outre-Terre (avec notamment l’enquête sur le  site de la bataille de Eylau avec sa famille) ou Philippe Jaenada dans La serpe (enquête sur un fait divers de 1941) ou encore Jean Luc  Coatelem avec Mes pas vont ailleurs racontant son enquête sur Victor Segalen y compris sur sa mort en Bretagne.

Interrogé l’auteur retient l’expression « investigation romanesque » pour qualifier ce genre littéraire dans lequel il s’inscrit ici.  

Dans ces livres, le lecteur s’identifie facilement au romancier-enquêteur partageant ses pensées, ses progrès, l’avancement de sa quête. Il n’a donc aucun risque de s’ennuyer !

Cuba : un cadre romanesque

Les plantations de la famille se situent à l’est de l’ile jouxte de terrains qui seront annexés par les Etats Unis d’Amérique pour construire le site bien connu de Guantanamo. Nous apprenons que cette région plutôt déshéritée est historiquement une terre d’accueil des français ayant fui Saint Domingue peu éloignée à l’est avec leurs esclaves lorsque cette partie de l’ile est devenue indépendante sous le nom de Haïti en 1804. La présence des français dans le tabac local est attestée par le nom inspiré d’Alexandre Dumas d’un célèbre cigare : le Monte Cristo.

Mais c’est surtout la révolution castriste en 1959 et l’expropriation des propriétaires d’exploitations théoriquement au profit de ses travailleurs qui va impacter cette famille. 

L’auteur décrit la vie des habitants de l’ile plus victimes qu’acteurs  des révolutions et des tensions internationales. Ces tensions continuent et le voyage familial de 2020 se déroule dans cette région à l’écart des villes, l’oriente,  qui ne survit que par la débrouille. En effet, le blocus du pays par l’administration Trump a été renforcé pour séduire ses électeurs de Floride pas encore guéris de leur expulsion  de l’ile par le régime socialiste.

 

 

En savoir plus :

  • Retour à Cuba, Laurent Bénégui, Editions Julliard, janvier 2021, 308 pages, 20 euros
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