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Critique / « La rose des vents » (2021) d’Andrei Guelassimov

Dernière mise à jour : septembre 3rd, 2021 at 10:16

Andreï Guelassimov, connu du public français depuis presque vingt ans chez Actes Sud, propose aux Éditions des Syrtes, La rose des vents, roman d’aventures basé sur des faits historiques, porté par la traduction virtuose de Raphaëlle Pache. La critique et l’avis. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

La rose des vents, une épopée virevoltante

Durant les années 1840 les Etats-Unis sont en pleine conquête de l’Ouest alors que l’Empire russe fait face à une offensive sournoise de l’Empire britannique, aux confins de ses terres, en Extrême Orient. Au milieu de sombres intrigues, Guennadi Nevelskoï, lieutenant de marine, est chargé de trouver une voie navigable à l’embouchure du fleuve Amour, face à l’île de Sakhaline. Ses pérégrinations durant de nombreuses années se déroulent dans la tradition des grands romans russes, ceux de Tolstoï plus particulièrement, où les personnages abondent, à profusion, ainsi que des descriptions de la vie aristocratique avec ses travers. La rose des vents se transforme en épopée virevoltante.

Nevelskoï, trente-trois ans, sur l’Ingermanland et même à terre, est responsable depuis dix ans du grand-duc Constantin Nikolaïevitch, second fils du tsar Nicolas 1er. Cela n’est pas de tout repos, car le jeune homme est attiré irrésistiblement par le charme féminin. Sans référer à son supérieur, Fiodor Petrovitch Lütke, de ce qui s’est passé à l’Opéra de Lisbonne, Guennadi est convaincu que celui ci est au courant de la situation, ce qui expliquerait sa mise en retrait. La présence sur le navire d’un civil, M. Semenov, non enregistré sur les livres de bord, n’est pas un bon présage. Il a une propension à devenir trop présent dans la vie de Nevelskoï, ce qui intrigue et incommode celui ci. Quelque soit le lieu, cet homme ressurgit régulièrement, toujours aussi inquiétant, mystérieux, et particulièrement bien informé.

Bon marin, petit de taille, le visage grêlé par la variole, peu communicatif et dur avec ses hommes, Nevelskoï est persuadé que sa carrière va connaître un coup d’arrêt. Rien n’est linéaire dans une vie, cela ne l’est pas plus dans La rose des vents. Andreï Guelassimov tresse habilement les histoires d’autres personnages qui tôt ou tard impacteront la vie du lieutenant. À l’Institut Smolny, établissement d’enseignement pour les jeunes filles de l’aristocratie, nombreuses sont celles qui frétillent dès qu’un uniforme du Corps de marine apparaît, perspective d’un avenir radieux. Il est vrai également que certains hommes d’un certain âge, tombent en pamoison devant ces beautés ingénues. C’est en ces lieux que Katia Eltchaninova s’épanouit, et que Kolia, jeune cadet, lui remet des messages pour le compte d’un homme mûr, marié, aimant avant tout compter fleurette hors du foyer. Ces trois personnes aux destins atypiques, mouvementés, retiennent l’attention du lecteur.

Livre d’aventures par excellence

En escale à Londres, M. Semenov, accompagné de Nevelskoï, soliloque, rencontre des diplomates, des espions, et s’épanche progressivement, sur la présence trop active des britanniques autour de l’ile de Sakhaline. L’empire russe ne peut laisser perdurer une telle situation et doit envoyer une expédition, confiée à Nevelskoï, dans le plus grand secret, pour contrer cet expansionnisme. Nombre de participants sont impliqués dans ce véritable complot qui se dévoile peu à peu, concurrent d’un projet en cours. Le bateau construit sur mesure, après moult difficultés, est banalisé en navire de transport, avec un équipage portant des vêtements de travailleurs. Baptisé Baïkal, il peut voguer vers son destin, où renégats, réprouvés, bandits, sont autant d’obstacles à surmonter. De manière surprenante, les Guilaks, population indigène, à la vue de Nevelskoï, laisseront la vie sauve à l’équipage. Pendant ce temps là, coups bas, chausse-trappes, traîtrises, mauvaises intentions, conspirations, pleuvent à Saint-Pétersbourg.  

Livre d’aventures par excellence, La rose des vents, est mené de main de maître par Andreï Guelassimov. Faits historiques et romancés se marient parfaitement, soutenus par une écriture alerte et une âme juvénile qui donnent un roman vif, foisonnant, plein de vie et de fraîcheur où chaque personnage suit sa destinée selon sa propre rose des vents.

En savoir plus :

  • La rose des vents, Andrei Guelassimov, Edition Syrtes, août 2021, 23 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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