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Critique / « De l’or et des larmes » (2022) d’Isabelle Villain

Découvrir un nouvel auteur est un plaisir jamais démenti, augmenté parfois de celui d‘une maison d’éditions inconnue jusqu’alors. Tel est le cas De l’or et des larmes d’Isabelle Villain chez Taurnada, proche de Grasse. Pourtant tous deux ne sont pas des débutants. Ainsi la commandante Rebecca de Lost, a déjà quelques enquêtes à son actif avec son équipe de la brigade criminelle, aux personnalités affirmées et attachantes, avec leurs forces et faiblesses. Nul besoin de connaître les précédents livres, pour apprécier ce dernier opus basé sur des faits réels, librement adaptés, qui se déroule dans le sport de haut niveau, la gymnastique artistique. La critique et l’avis sur le livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

De l’or et des larmes : immersion dans le monde de la gymnastique artistique

Huit mois avant les Jeux Olympiques 2024 de Paris, le brillantissime entraineur d’athlètes de la team Provost est victime d’un accident de la route. Cet homme, Jean-Luc, assistée de sa femme Rita, « pas officiellement intégré à la Fédération française de gymnastique » mais en dépendant néanmoins « tout en conservant une marge de manœuvre importante » est un créateur de médailles. Et les plus belles, les plus convoitées, sont celles qui attendent ses champions, l’or olympique et seulement l’or, à Paris, devant leurs familles, leurs proches, leurs supporters. Son décès brutal risque de compromettre ces perspectives, tant son emprise, son charisme vont manquer à ces jeunes athlètes qui ne rêvent que de l’or et des larmes, celles qui rythment les entrainements quotidiens, si exigeants.

Incontestablement, il s’agit d’un des sports les plus éprouvants physiquement, très peu médiatisé. La natation, le tennis, le patinage artistique, partagent les mêmes règles, celles d’être formatés dès le plus jeune âge pour devenir des champions ou championnes. Beaucoup d’apprentis pour très peu d’élus. Que d’espoirs déçus, que de larmes versées, que de blessures endurées pour au final ne pas être sélectionné ou ne jamais grimper sur le podium. Toutes ces disciplines, en France et de part le monde ont été agitées, outre le dopage, par de nombreux scandales. Des dénonciations d’athlètes abusés alors qu’ils étaient encore mineurs, ont enfin émergé tardivement. Tout le contexte sportif, est parfaitement restitué par Isabelle Villain, ainsi que les réactions de parents qui ont tout sacrifié à la réussite sportive de leurs enfants, vivant souvent en eux, par procuration, ce qu’ils auraient aimé connaître.

« Une investigation rythmée soutenue par une écriture alerte »

Ayant déserté le célèbre 36 Quai des orfèvres, la brigade criminelle se trouve installée certes encore dans un 36 mais celui de la rue du bastion, dans le quartier Porte de Clichy, c’est dire une changement de cadre radical. Avec son équipe, très agréable à connaître, constituée de Mélina, Richard, Franck et Emmanuel, Rebecca de Lost se révèle être une chef d’une redoutable efficacité, au cœur énorme, véritable mère poule. D’un banal accident de voiture, le décès de Jean-Luc est finalement dû au sabotage des freins. Il s’agit bien d’un meurtre qu’il convient de résoudre rapidement pour calmer la pression politique, judiciaire et médiatique. Les suspects ne manquent pas; intervention étrangère de concurrents en mal de succès, jeunes athlètes du team Provost, ex- espoirs exclus, parents et leurs proches. Une recherche ardue commence, en fouillant la vie du défunt pour espérer trouver une piste sérieuse. Si les athlètes masculins sont faciles à interroger du fait qu’ils soient majeurs, cela est plus compliqué avec les jeunes espoirs féminins à peine sortis de l’enfance.

Il faut beaucoup de perspicacité et beaucoup d’humanité pour que Capucine, Aurore, Victoire, veuillent bien parler. Il leur est tellement insupportable que leur entraineur adulé et respecté soit disparu, lui qui exerça ses talents aux Etats-Unis, en Roumanie et en Russie. Elles le connaissaient ainsi que sa femme depuis si longtemps, depuis l’âge de 11 ou 12 ans. Jean-Luc torturait leur corps sans relâche avec des exercices toujours recommencés pour atteindre la perfection. Et Rita était pour elles une seconde mère toujours là pour les apaiser, les reconstruire avec des séances de kiné. Par ailleurs Rebecca doit gérer sa famille recomposée, entre Tom, le patron de la BRI (brigade de recherche et d’intervention), ses beaux-enfants adultes, et ce n’est pas simple. Il y a souvent des étincelles.

Entre vies privées et milieux professionnels, De l’or et des larmes, réussit à soutenir l’attention. Les pistes se succèdent, les déceptions s’accumulent, les rebondissements s’enchaînent. Rien de spectaculaire dans la résolution du meurtre, pas de coups de feu, pas de sérial killer, seulement une investigation rythmée, soutenue par une écriture alerte, pleine de réalisme et d’humanité.

Un livre réussi qui donne envie au lecteur de plonger dans les précédents opus d’Isabelle Villain avec Rebecca comme meneuse de groupe.

En savoir plus :

  • De l’or et des larmes, Isabelle Villain, Taurnada éditions, janvier 2022, 256 pages, 9,90 euros
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