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Critique Cannes 2021 / « La Fracture » : « l’hôpital public se casse la gueule »

Après le beau Un Amour Impossible, la réalisatrice Catherine Corsini livre avec La Fracture un portrait très réaliste sur l’état calamiteux des hôpitaux en plein mouvement des gilets jaunes. Le film est présenté en compétition officielle du Festival de Cannes 2021. La critique et l’avis film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Raf (Valérie Bruni Tedeschi) et Julie (Marina Foïs), un couple au bord de la rupture, se retrouvent dans un service d’Urgences proche de l’asphyxie le soir d’une manifestation parisienne des Gilets Jaunes. Leur rencontre avec Yann (Pio Marmaï), un manifestant blessé et en colère, va faire voler en éclats les certitudes et les préjugés de chacun. À l’extérieur, la tension monte. L’hôpital, sous pression, doit fermer ses portes. Le personnel est débordé. La nuit va être longue…

La Fracture : état chronique pour l’hôpital avant Covid

Après une période de Covid 19 où on a beaucoup parlé des difficultés dans les hôpitaux publics, la Fracture livre un témoignage de l’intérieur de ces institutions précaires qui se battent au quotidien pour soigner au mieux les malades sans aucun moyen. Toutes les tares des établissements hospitaliers sont dénoncées dans ce qui peut-être pris pour un brulant pamphlet contre cette gestion de la santé publique en France. On y voit les urgences saturées de malades avec une attente très longue, parfois allant jusqu’à 8h, pour voir un médecin sachant que le service n’est même pas capable d’accorder un brancard à ceux qui en ont besoin. Le personnel urgentiste voit de tout, du malade psychotique obligé de venir prendre son traitement aux urgences car ne pouvant être admis en psychiatrie faute de place, au bébé brulant de fièvre qu’on allonge sur une étagère.

Catherine Corsini évoque également la détresse des soignants à travers le portrait d’une infirmière particulièrement bienveillante enchainant sa sixième garde de la semaine, là où la loi n’en autorise que 3. Peu importe, la soignante va tout faire pour que cette surcharge de travail n’altère pas les patients, avec pour certaine un simple bandeau « en grêve » pour exprimer leur mécontentement. Comme pour mettre en relation ces deux mondes pas si éloignés, La Fracture fait un rapprochement entre la précarité hospitalière (« l’hôpital se casse la gueule » dit à un moment un patient) et la détresse des gilets jaunes dont l’un des participants est admis après une confrontation violente avec les forces de police. Il y a alors un parallélisme judicieusement suggéré entre ces gilets jaunes et ces soignants de « premières lignes », groupes inaudibles et oubliés des politiques français.

La fracture critique avis film cannes 2021 2
Copyright Carole Bethuel

A contrepied du sujet social très dur, la cinéaste adopte à plusieurs moments de son film un ton comique qui surprend grâce au personnage de Raf, écrit très finement et joué par la mordante Valérie Bruni Tedeschi très inspirée. On rit énormément des aberrations de cet hôpital en détresse. Le cocktail médicamenteux pris par Raf aide à lui faire sortir des réplique hilarantes à travers l’excuse de son inhibition. Mais après quelques fous rire, il vient quand même des moments durs qui remettent en tête la gravité autour de la précarité du secteur hospitalier.

La Fracture n’est pas si éloignée de l’univers de Thomas Lilti, Hippocrate en premier lieu, où le réalisateur est déjà dans une description réaliste d’un hôpital en souffrance. Evoquant cette situation pré-Covid, on sait que le monde d’après n’a pas changé et que le film de Catherine Corsini reste plus que jamais d’actualité.

Notre avis ?

La Fracture est une chronique singulière dans le monde de l’hôpital, avec en toile de fond cette révolte des gilets jaunes. Divertissant et touchant, le film est ancré dans notre actualité française. Pas sûr qu’un jury international puisse cependant s’y retrouver.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : prochainement
  • Distribution : Le Pacte
Antoine Corte