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Bélhazar critique livre août 2021

Critique / « Bélhazar » (2021) de Jérôme Chantreau : enquête sur la mort de son élève

Jérôme Chantreau avec Bélhazar, aux éditions Phébus, part à la recherche d’un adolescent trop tôt décédé, un de ses anciens élèves, au pays basque. Dana, étudiante brillante, emportée par la maladie, est le déclencheur de son ouvrage relatif à Bélhazar, dédié « Aux enfants disparus ». L’avis et la critique du livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Bélhazar : accident ou suicide

Le 13 février 2013, lors d’un banal contrôle de police de trois copains par trois gendarmes, au pied de son immeuble, à Dinan, un adolescent de dix-huit ans perd la vie. Un coup de feu a retenti. L’arme appartenait à Bélhazar. Les conditions sont floues. Rien n’indique précisément s’il s’agit d’un accident, d’une bavure ou d’un suicide, mais cette dernière hypothèse est celle retenue dans le rapport officiel. Armelle, la mère, n’a qu’une certitude, il ne s’agit pas d’un suicide. Combative, désespérée, elle se bat seule, de toutes ses forces jusqu’à l’épuisement, réussissant finalement à s’adjoindre les compétences d’Olivier Metzner, ténor du barreau et ami de la famille, jusqu’à son suicide. Son ex-compagnon Yann, la soixantaine, moins expansif, jovial, accepte cette disparition. Il se souvient seulement du bonheur qu’il a eu de connaître, de côtoyer un être exceptionnel, son fils Bélhazar, né Antoine-Bélhazar (Bel Hasard ?) Jaouen. Enfant tant espéré et tant attendu, il est un véritable miracle, ses parents ayant échappé à la mort en Italie quelques heures avant sa conception. De sa naissance à sa tombe à Plouër-sur-Rance, en marbre noir où seules sont gravées deux lignes : Bélhazar et l’année du décès, le jeune homme est demeuré atypique, unique. Il intrigue, surprend et séduit tous ceux qui l’ont croisé, ou ceux qui cherchent à comprendre sa courte existence. Pour découvrir qui il a été, appréhender ses rêves, circonscrire ses passions, il faut suivre Jérôme Chantreau dans la véritable quête qu’il a menée.

Leur première rencontre à Bidart dans la cour de récréation est mémorable, avec « un pardessus noir,… des bottes militaires fermées par une boucle de cuivre,… le col d’une chemise boutonnée dont les carreaux jaunes, verts, violets semblaient jurer par défi. ». Il était libre, incandescent, transmettant à chacun son énergie pour qu’ils puissent se réaliser. Le Regardeur de soleils, comme il était appelé, ou le Petit Diderot, encyclopédiste de douze ans, fascinait. Touche à tout ; peintures ou collages avec le lapin blanc, sculptures, armes de la Grande Guerre, ce génie précoce, ou haut potentiel comme il se dit aujourd’hui, n’en finissait pas d’interroger, de déconcerter tous ceux qui l’approchaient.

Ce n’est qu’à l’été 2018 que Jérôme Chantreau se lance dans la rédaction d’un livre sur cet adolescent hors normes, avec l’assentiment des parents. Interrogeant le passé, les mémoires, il avance avec difficulté, son couple se délitant, les relations avec son éditeur de l’époque se détériorant, et Bélhazar demeurant insaisissable. Un véritable jeu de cache-cache s’établit entre l’auteur et son ancien élève. Un labyrinthe, jonché de cadavres, de personnes impliquées par l’affaire, en prison ou en hôpital psychiatrique, d’ancêtres de Béla ou Bélaz, doit être décrypté. Dans son monde parallèle, au milieu d’une centaine de peluches, « Les petits Amis », à qui il parlait et où Marguerite régnait, émerge un futur musée qu’il projetait de réaliser, à côté d’un espace végétal inexpugnable, créé par ses soins.

Notre avis ?

Une véritable obsession s’est emparée de l’auteur. Divaguant entre réalité, interprétations, rêves, Jérôme Chantreau réussit un ouvrage atypique, plein de fièvre, de pièges à contourner, d’énigmes à résoudre, de souvenirs personnels se mêlant à ceux de Bélhazar. Après moult découvertes, toutes plus étonnantes les unes que les autres, une vérité se fait jour. Voici un livre saisissant qui apaise, qui ne se lâche pas, tant le lecteur veut savoir qui était Bélhazar. Peu importe ce qui est vrai et ce qui est inventé. il faut entrer dans ce monde extraordinaire, hors normes, qui était celui de Bélaz.

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