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© Les Films de Losange

Critique / « Garçon chiffon » (2020) : le premier film de Nicolas Maury est-il réussi ?

Dernière mise à jour : juillet 12th, 2021 at 03:04

Surtout connu pour son rôle de secrétaire dans la série de France 2 Dix pour Cent, Nicolas Maury accède aujourd’hui à une étape supplémentaire de sa notoriété méritée : la réalisation d’un premier long-métrage qu’il a baptisé Garçon chiffon. Deux rédacteurs de Bulles de Culture confrontent leurs avis et leurs critiques. Le film sorti deux jours avant la période de confinement ressortira en salles prochainement dès la réouverture de celles-ci.

Synopsis :

Jérémie (Nicolas Maury), la trentaine, peine à faire décoller sa carrière de comédien. Sa vie sentimentale est mise à mal par ses crises de jalousie à répétition et son couple bat de l’aile. Il décide alors de quitter Paris et de se rendre sur sa terre d’origine, le Limousin, où il va tenter de se réparer auprès de sa mère…

Pour Garçon chiffon : sensible et original

Garçon chiffon photo critique avis film
© Les Films de Losange

Nicolas Maury livre avec Garçon chiffon un premier film aux styles forcément à parfaire mais profondément touchant. Le long métrage est un peu à l’image de son réalisateur. Le personnage principal, même s’il est proclamé comme n’étant pas autobiographique, a cependant énormément de point commun avec la personnalité de son créateur.

Ce Garçon chiffon est une métaphore de ce tissu, souvent déconsidéré, qu’on tord dans tous les sens mais qui arrive toujours à retrouver ses formes initiales. Nicolas Maury en appelle alors à ses sensibilités primaires. Tout d’abord, la théâtralité et la poésie sont largement mises en avant dans cette histoire romanesque. Celui qui s’est construit à travers le spectacle vivant (il a notamment suivi le conservatoire de Bordeaux avant de rejoindre le conservatoire national d’art dramatique de Paris) façonne son héros à travers ses envies et ses désirs. Jérémie est un acteur qui passe des castings sans fin attendant avec un certain empressement son heure. Pour se consoler de ses désillusions parisiennes, ce dernier part chercher réconfort auprès de sa mère dans son Limousin natal, lieu dans lequel à également grandi Nicolas Maury.

A travers son écriture, ce dernier donne une singularité dans sa proposition. D’une part, il évoque avec subtilité la problématique de l’hypersensibilité, dépeinte avec justesse non comme une maladie mais plutôt un radar instinctif capable d’anticiper les détresses affectives de Jérémie. D’autres part, le cinéaste limousin transforme le concept de muse. Il construit son récit autour de grandes figures féminines, dont en premier lieu Nathalie Baye qui est pour la seconde fois le soutien maternel d’un jeune gay (déjà dans Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan), ou encore Vanessa Paradis dont l’une de ses chansons est le pilier de Garçon chiffon. Mais le poids de ses icônes oriente surtout Nicolas Maury vers un récit d’apprentissage, démontrant qu’il faut s’abolir de ses modèles pour véritablement devenir soi.

Garçon chiffon enivre par son parfum de douceur. Les maladresses, notamment liées à une fin pas assez tranchée, enchainant les scènes finales sans réussir à mettre un dernier clap, doivent être prises avec une bienveillance indulgente accompagnée d’un regard curieux pour ce jeune cinéaste talentueux qui se libère déjà de son carcan académique pour éclore en sensibilité.

Antoine Corte

Contre Garçon chiffon : de tapisserie ou de carpette ?

Garçon chiffon photo critique avis film
© Les Films de Losange

« Roland Barthes (…) a écrit : “Comme jaloux je souffre quatre fois : d’être exclu, d’être agressif, d’être fou et d’être commun.” Je n’aime pas le stéréotype ordinaire du jaloux avec tous les clichés théâtraux qu’il véhicule, l’amant dans le placard, etc. J’aime par contre les gens qui montrent leurs inquiétudes. » nous confie Nicolas Maury dans le dossier de presse du film Garçon chiffon. Sauf que là, c’est un peu too much. A un ton pop acidulé dans lequel il aurait pu incarner une sorte de Pierrot triste tutoyant sans cesse la poésie, Nicolas Maury s’asphyxie lui-même en figeant un peu trop son action. A force de pratiquer le 2 de tension, le spectateur finit par regretter sa soirée presque perdue devant Garçon chiffon qui promettait bien plus après les exploits du comédien dans Dix pour Cent ou encore le ténébreux Un couteau dans le cœur. Mais cette espèce d’œuvre nombriliste  – on y retrouve des clins d’œils à la série et au film cité – en hommage à sa jeunesse ne nous démontre pas bien de la façon dont Nicolas Maury tire parti de cette séance de cinéma/thérapie.

Le personnage incarné par le comédien, qui est à la fois scénariste et réalisateur, ne nous convainc pas. Il finit par nous inspirer la tristesse. Et il faut bien que quelqu’un ait pitié de lui, tant sa mère semble résignée. Elle est incarnée par Nathalie Baye – dont le personnage n’est vraiment pas assez développé… même si Nicolas Maury n’est clairement pas de notre avis en déclarant que la quête existentielle de la maman passe finalement devant celle de son fils dans la seconde partie du film. Seules deux scènes valent le déplacement : le pétage de plomb mémorable de Laure Calamy et celle de fin, amenée avec une chanson très bien écrite.

Luigi Lattuca

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