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Dans le ventre du congo critique livre avis

Critique / « Dans le ventre du Congo » (2021) de Blaise Ndala

Né en République démocratique du Congo, diplômé d’études supérieures en Belgique,  fonctionnaire et citoyen canadien, Blaise Ndala après deux romans publiés sur sa terre d’adoption, débarque en France avec Dans le ventre du Congo publié aux éditions du Seuil en janvier 2021. La critique et l’avis livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Dans le ventre du Congo : un lecteur happé par l’Histoire du Congo

Le lecteur est happé par l’Histoire au plus profond de ce pays, avec ses malheurs, son peuple plein d’espoirs déçus, ses personnages pleins de vie. À la fiction se joignent, dans ce roman puissant et dense, Patrice Lumumba figure de l’indépendance, Joseph-Désiré Mobutu pas encore devenu Mobutu Sese Seko, ou Wendo Kolosoy aussi appelé Papa Wendo, le père de la rumba congolaise, « le roi de la nuit » à Léopoldville.

De 1958, date de la première Exposition universelle après la seconde guerre mondiale, au décès de Kena Kwete III, ex-roi du royaume Kuba, en 2005, Blaise Ndala tout au long de Dans le ventre du Congo s’enfonce également dans les entrailles de la Belgique, dans son passé colonial et son présent. L’auteur explore aussi les luttes ancestrales et tribales, les rites et les légendes du Congo, propriété privée durant un temps du roi Léopold II de Belgique.

La préparation difficile de l’Expo 58, est aggravée pour le sous-commissaire Robert Dumont, par des visions conflictuelles avec le Ministre des colonies relatives à l’édification d’un « village congolais ». Trois autochtones présents en Belgique ont signé un contrat. Pour donner vie à ce village, il est impératif de prélever d’autres participants sur leurs terres natales. Intégrés pour cette mascarade, au pied de l’Atomium, ces personnes déracinées seront épiées, moquées, ridiculisées, insultées dans ce véritable zoo humain. Menée par Tshala, « Princesse happée par le piège du désir illicite pour finir chair à badauds », fille de Kena Kwete III, une partie de la troupe se rebelle. Avant d’aboutir parquée à Bruxelles, la princesse a enflammé de nombreux cœurs par sa beauté éclatante et incandescente. Éperdument amoureuse d’un colon, une fois la relation découverte elle est abandonnée aux bras d’un autre belge, brutal, violent, rancunier et avide de vengeances.

Pour éclaircir le mystère qui dure depuis presque cinquante ans, Nyota, la nièce de la princesse Tshala disparue, venue terminer ses études en Belgique, mène une véritable enquête. Elle est confrontée aux vulgarités et grossièretés sexistes qui demeurent comme le racisme qui gangrène les terrains de foot dans toute l’Europe où y sont singés, submergés de déluges d’insultes, les footballeurs de couleur. Comme sa tante l’a fait durant la première partie du roman, en s’adressant à sa nièce, Nyota au chevet de son grand-père mourant, lui parle, lui explique comment elle a retrouvé les traces de sa tante. Le plus grand des hasards, un coup de pied dévastateur, lui a permis de rencontrer le fils de Robert Dumont, Francis, professeur de droit, hanté par le passé de son père décédé et exécré au plus haut point. En apportant toute son aide à Nyota avec son ami Jeff l’Africain, Francis sort apaisé de cette longue quête, réconcilié avec l’image de son père.  

Notre avis ?

Dans le ventre du Congo, pillage et trafics des richesses culturelles sont mis en relief comme la spoliation des immenses richesses naturelles dont est victime ce vaste pays. Un livre qui saisit l’attention du lecteur grâce à ses personnages authentiques dont émergent les deux protagonistes principales, des femmes fortes et fières, aux valeurs affirmées et respectueuses des traditions, aux voix distinctes. Blaise Ndala se révèle être un excellent conteur avec une totale maîtrise du rythme. Ce roman porté par une écriture vive, parfois poétique, toujours avec les mots adéquats, distille avec délicatesse dictons et proverbes. Sans propos militants, sans positions manichéennes et sans pathos, ce livre tout en retenue, exprime avec sincérité et force ce qui mérite d’être connu et transmis. Un auteur talentueux et généreux qu’il convient de faire connaître.

En savoir plus  :

  • Dans le ventre du Congo, Blaise Ndala, Editions du Seuil, janvier 2021, 368 pages, 20 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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