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Le Blues de Ma Rainey
© Cr. David Lee/NETFLIX

Critique / « Le Blues de Ma Rainey » (2020) de George C. Wolfe

Le Blues de Ma Rainey est le dernier film interprété par Chadwick Boseman, décédé pendant la post production. A travers cette œuvre disponible sur Netflix depuis le 18 décembre, la star de Black Panther partage l’affiche avec Viola Davis pour rendre hommage à la célèbre chanteuse noire du début du 20ème siècle, Ma Rainey. La critique et l’avis sur ce film. 

Synopsis :

Les tensions s’exacerbent et les esprits s’échauffent au cours d’une séance d’enregistrement, dans le Chicago des années 20, tandis que plusieurs musiciens attendent la légendaire Ma Rainey (Viola Davis), artiste avant-gardiste surnommée « la mère du blues ». Arrivant en retard, l’intrépide et volcanique Ma Rainey se lance dans un bras de fer avec son manager et son producteur blancs, bien décidés à lui imposer leurs choix artistiques. Tandis que les musiciens patientent dans la salle de répétition, l’ambitieux trompettiste Levee (Chadwick Boseman), attiré par la copine de Ma, est déterminé à faire sa place dans le milieu de la musique. Poussant ses camarades à se confier, il provoque un déferlement d’anecdotes, de vérités et de mensonges qui bouleverseront à jamais le cours de leur vie…

Le Blues de Ma Rainey, une connotation très politique

Le Blues de Ma Rainey signe la suite de la collaboration entre Netflix et Denzel Washington autour des pièces de théâtre écrites par August Wilson.  Après le film Fences en 2016, également sur la plateforme de streaming, la nouvelle alliance entre l’entreprise gouvernée par Reed Hastings et celui qui vient d’être nommé « meilleur acteur du début du XXIème siècle » par le New York Times choisit de mettre George C. Wolfe (Angels in America) aux commandes de cette nouvelle production toujours portée par la fidèle Viola Davis en tête d’affiche. 

Deux personnes afro-américains courent en pleine nuit dans les bois pour rejoindre un bar barricadé, tout droit sorti de la prohibition. Dans ce lieu caché, la « Mère du Blues » Ma Rainey donne un concert clandestin. L’ouverture montre d’emblée que Le Blues de Ma Rainey s’inscrit dans une démarche non sans fond politique, évoquan de façon non dissimulée les années de ségrégation post guerre civile américaine auxquelles le mouvement « Black Lives Matter » de l’ère Trump nous ramène tristement aujourd’hui. On voit déjà beaucoup dans cette introduction les choix compliquées de ces noirs qui sont soit obligés de se cacher aux yeux du grand public, soit contraints de s’exiler dans les états nordistes plus enclin à les accepter. 

A Chicago, lieu d’exode de cette communauté persécutée, deux courants de jazz s’opposent incarnés par les deux protagonistes. Il y a d’un côté le fougueux Levee, très propre sur lui, adepte de ses nouveaux souliers cirés jaunes, jeune trompettiste plein d’ambition recruté pour faire parti d’une séance d’enregistrement de Ma Rainey. Pour lui, cette session alimentaire n’est qu’un travail temporaire, lui qui trouve les codes du blues désuets et qui milite pour un changement radical. Son ambition est claire : détrôner la reine du blues qui, devenant ingérable avec ses caprices de stars, se fait beaucoup trop attendre aux yeux de tout le monde en studio. 

Une consécration posthume d’un acteur brillant

Le Blues de Ma Rainey
© Cr. David Lee/NETFLIX

En face de cette jeunesse fougueuse et pressée, il y a l’imposante Ma Rainey, diva exigeante en fin de carrière telle une icône déchue, adulée par toute une population noire mais inconnue des américains blancs. Son aura est à la mesure de sa voix roque exceptionnelle. Ses producteurs sentent d’ailleurs sa possible percée auprès d’un large public et souhaite miser sur elle. Mais son sourire à l’aspect carnassier, rendu iconique avec ses implants dentaires en métal, annonce bien ses combats qu’elle mènera sur plusieurs fronts contre d’une part ces investisseurs blancs et calculateurs et d’autre part ce jeune trompettiste trop arriviste.  

Violas Davis incarne magnifiquement ce personnage complexe grâce à une transformation physique qui se rapproche à la perfection de l’originale. Sa prestance imposante est également synonyme de faiblesse car elle sait qu’en vieillissant, son trône est convoité. Le Blues de Ma Rainey est aussi une consécration posthume d’un acteur brillant, Chadwick Boseman, qui montre ici sa capacité à faire de lui un artiste complet qui danse et qui chante. Il n’aura pas hésité à aller au-delà du sentier mainstream qui lui était tout tracé avec son succès chez Marvel, prenant le risque de s’aventurer dans les sous bois d’un cinéma américain plus indépendant. Sa nomination aux Oscars est une quasi-certitude. 

Le film est également une belle plongée musicale grâce aux arrangements travaillés par le saxophoniste Branford Marsalis. On peut regretter cependant que le huis clos se révèle parfois trop verbeux au sein d’une œuvre qui aurait eu de l’éclat à s’affranchir de sa mise en scène théâtrale d’origine. 

En savoir plus :

  • Le Blues de Ma Rainey de George C. Wolfe est diffusé sur Netflix depuis le 18 décembre 2020
  • Adaptation de la pièce d’August Wilson, lauréat du prix Pulitzer.
  • Avec Viola Davis, Chadwick Boseman, Colman Domingo
Antoine Corte

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