enfr

Critique / « Marvin ou la belle éducation » (2016) d’Anne Fontaine

Dernière mise à jour : mai 11th, 2021 at 04:34

Adapté librement du roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, Marvin ou la belle éducation est le 15e film d’Anne Fontaine. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Martin Clément (Finnegan Oldfield), né Marvin Bijou (Jules Porier), a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père (Grégory Gadebois), la résignation de sa mère (Catherine Salée). Il a fui l’intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l’exposait tout ce qui faisait de lui un garçon « différent ».

Envers et contre tout, il s’est quand même trouvé des alliés. D’abord, Madeleine Clément (Catherine Mouchet), la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto (Vincent Macaigne), le modèle bienveillant qui l’encouragera à raconter sur scène toute son histoire.

Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.

Marvin ou la belle éducation : Une histoire en deux temps

Le film Marvin ou la belle éducation débute par les coulisses. Un acteur de théâtre, Martin Clément, le Marvin adulte interprété par Finnegan Oldfield, souffle et s’échauffe seul sous le regard de la réalisatrice Anne Fontaine et de son directeur de la photographie Yves Angelo, via un cadrage de la scène au plus près.

Puis Martin sort hors-champ pour entrer en scène tandis que Marvin, joué par le jeune Jules Porier, le remplace dans le champ et nous projette, par l’entremise d’un retour en arrière, dans la vie adolescente de Marvin/Martin.

Ce sont ainsi par des allers-retours dans le temps à partir de cette première scène qu’Anne Fontaine va donner corps à ce personnage, qui va s’inventer une nouvelle identité pour pouvoir s’affirmer.

En effet, élevé dans une famille de classe populaire, où l’acteur Grégory Gadebois campe avec force un père type de famille beauf mais qui va heureusement se révéler plus sensible qu’il n’y paraît, Marvin est un petit garçon solitaire et isolé car il a le défaut d’avoir un corps plus féminin que les autres.

Or, ce corps détonne dans un milieu où un père peut expliquer que l’homosexualité est une maladie, où des petites brutes peuvent s’adonner à du harcèlement sexuel à l’école et où des tags sur des abribus rappellent l’homophobie au quotidien.

La rencontre d’âmes bienveillantes

Ce qui est intéressant avec le long métrage Marvin ou la belle éducation, c’est que l’auteure-réalisatrice Anne Fontaine et son coscénariste Pierre Trividic ont choisi de prolonger jusqu’à l’âge adulte le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014), qui s’arrêtait quand son auteur a eu l’âge de 12 ans.

Les deux scénaristes ont ainsi imaginé que pour s’extirper de son milieu d’origine peu ouvert, le personnage principal a dû « s’arracher le cœur » et croiser sur sa routes des âmes bienveillantes, qui le guideront :

  • la principale du collège, jouée par la subtile Catherine Mouchet, qui lui fera découvrir le théâtre et dont plus tard, il reprendra le nom de famille pour son nom de scène ;
  • l’homme de théâtre, interprété par le magnifique Vincent Macaigne, qui saura le révéler à lui-même ;
  • l’homme riche adepte de jeunes hommes tels que lui, interprété par Charles Berling, qui lui permettra de concrétiser son projet de théâtre avec l’actrice Isabelle Huppert, qui joue ici son propre rôle.

Du corps au théâtre

De même, dans le film Marvin ou la belle éducation, il faut noter que l’aboutissement de la quête initiatique de Marvin/Martin à travers un processus créatif ne passe pas par le cinéma mais par le théâtre, cet art où l’engagement du comédien à travers son corps doit être total.

C’est à partir de se corps dénigré et maltraité que Marvin/Martin va réinterpréter sa vie sur la scène du Théâtre des Bouffes du Nord avec la toujours excellente actrice Isabelle Huppert. Très observateur, Marvin va pouvoir avec elle reproduire mots et gestes de son adolescence afin de les extérioriser et de les dépasser.

Un film fort

Ainsi, plus que l’homosexualité, l’auteure-réalisatrice Anne Fontaine filme dans le long métrage Marvin ou la belle éducation l’acte de création comme possibilité de se libérer.

Et elle va même plus loin puisqu’elle filme l’après, le besoin ensuite pour Martin/Marvin d’essayer de se réconcilier avec sa famille pour enfin être en paix avec lui-même et continuer son chemin. Le film se conclue alors par une belle scène de retrouvailles entre un père étonnement touchant et son fils apaisé.

Un film fort.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 22/11/2017
  • Distribution France : Mars Films
Jean-Christophe Nurbel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.