enfr
Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
Le Petit Maître corrigé comédie française
© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.

Critique / « Le Petit-Maître corrigé » par Clément Hervieu-Léger

Dernière mise à jour article : 18 juin 2020 à 15:13

Clément Hervieu-Léger met en scène à la Comédie-Française Le Petit-Maître corrigé de Marivaux. Une grande mise en scène pour une grande pièce. La critique et l’avis théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

Un jeune homme parisien, Rosimond, (Loïc Corbery), fils d’une Marquise (Dominique Blanc), est en villégiature en province, afin de sceller le mariage qui l’attend avec une jeune et belle demoiselle (Claire de La Rüe du Can), fille d’un Comte (Didier Sandre). Rosimond, pétri des codes parisiens, infatué, peine à montrer ses sentiments à Hortense, qui s’impatiente et décide de fustiger, de corriger, celui auquel elle est destinée, avec l’aide de sa fidèle servante Marton (Adeline d’Hermy). Ce dessein est doublé de nombreux chassés-croisés amoureux : Dorimène (Florence Viala) ancienne amante de Rosimond, se déplace pour faire opposition au futur mariage, Dorante (Pierre Hancisse), ami de Rosimond, tente de séduire Hortense et Frontin (Christophe Montenez), le valet de ce dernier, tombe amoureux de Marton…

Le Petit-Maître corrigé : une pièce haute en couleur

Le Petit-Maître corrigé comédie française
© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.

Clément Hervieu-Léger a choisi de remettre à l’honneur Le Petit-Maître corrigé, une pièce de Marivaux relativement méconnue mais ô combien truculente. La pièce n’avait plus été donnée à la Comédie-Française depuis sa création en 1734. Offrant une mise en scène riche et parfaitement aboutie, Clément Hervieu-Léger réussit à séduire le spectateur d’aujourd’hui avec une pièce à la langue ciselée et aux thèmes éternels.

Ce « Petit-Maître » qui fait frémir Hortense et Marton, par ses manières ridicules, ses attitudes vaniteuses et son air suffisant n’est pas l’apanage du XVIIIe siècle. Chacun d’entre nous connaît un « Petit-Maître », qu’il le soit par atavisme ou qu’il le soit devenu. Ce personnage prétentieux, imbu de lui-même, persuadé d’appartenir à une catégorie sociale privilégiée, aux moeurs badines et qui jouit de sa position avec délectation est terriblement atemporel.

Mais Rosimond n’est pas totalement perdu et pas encore totalement sclérosé. C’est la force de la pièce de Marivaux. Chaque personnage obéit à un rang précis et à certaines qualités, mais tout est mouvant. Rosimond est in fine enclin au repentir. Hortense, en apparence innocente et à l’éducation droite, trop droite au goût de son futur époux, se révèle malicieuse en décidant de donner une leçon de vie à Rosimond. Marton, la servante au naturel déconcertant, est aussi intelligente qu’elle est exubérante et séduit Frontin, copie de son maître, sans peine. Dorimène, la maîtresse flamboyante, la parisienne aux accents mondains, est surtout une femme amoureuse et blessée.

Plus encore, la pièce est une ode à l’amour sincère, quoique ce concept flirte assez facilement avec une intrigue simpliste. Mais bien évidemment jamais Marivaux et jamais la mise en scène de Clément Hervieu-Léger ne tombent dans ce travers. Les préjugés des uns et des autres, en particulier de Rosimond et d’Hortense, s’évanouissent lorsque leur idylle éclôt, lorsque Rosimond comprend qu’il perd celle qui l’a ravi. Un enseignement bienveillant, qui touche nécessairement chaque spectateur.

Alchimie sur scène 

Le Petit-Maître corrigé comédie française
© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.

Clément Hervieu-Léger à la mise en scène et Éric Ruf à la scénographie réalisent sans surprise un petit bijou. Tout est en adéquation, tout concorde. Dans ce décor aux accents résolument champêtres avec une immense butte de verdure, les comédiens se meuvent, courent, se rencontrent, se fuient et se retrouvent.

Tantôt captivante, tantôt troublante, la pièce se déroule sans que l’attention du spectateur ne puisse se relâcher. Le talent des comédiens y participe pleinement. Pas de rôle secondaire, chacun est indispensable à l’édifice. La longueur du texte ne présume en rien du pouvoir et de la présence de tel ou tel personnage. Un salut appuyé à Adeline d’Hermy, immensément convaincante dans le rôle de Marton, espiègle mais non moins clairvoyante et solaire.

De manière attendue mais toujours aussi appréciée, les comédiens de la Comédie-Française enchantent le théâtre et font vivre Le Petit-Maître corrigé de Marivaux. Deux heures de rencontre avec un grand auteur et une myriade de talents.

Une pièce à voir sans retenue.

En savoir plus  :

Agathe M.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

You cannot copy content of this page