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Bénie soit sixtine livre critique roman avis

Critique / « Bénie soit sixtine » (2020) de Maylis Adhémar

L’auteure Maylis Adhémar réussit une rentrée fracassante en littérature, aux Editions Julliard, grâce à son roman Bénie soit Sixtine. Une plongée au plus profond de l’intégrisme religieux catholique, dans la région nantaise, dont émergera Sixtine Duchamp, au prénom très marqué. La critique et l’avis sur le livre

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Sixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.
Bénie soit Sixtine est avant tout l’histoire d’un éveil et d’une émancipation. Entre thriller psychologique et récit d’initiation, ce premier roman décrit l’emprise exercée par une famille d’extrémistes sur une jeune femme vulnérable et la toxicité d’un milieu pétri de convictions rétrogrades. Un magnifique plaidoyer pour la tolérance et la liberté, qui dénonce avec force le dévoiement de la religion par les fondamentalistes.

Bénie soit sixtine, née pour procréer

Sous la houlette de sa mère Muriel, Sixtine la benjamine de la famille, subit le même sort que les autres enfants. Elle reçoit une éducation très rigoriste, traditionaliste, sans aucun espace de liberté. Les règles enseignées sont empreintes d’extrémisme religieux. Et pourtant, il peut y avoir encore pire.

En se mariant avec un jeune polytechnicien, chef d’entreprise, elle débarque chez des fondamentalistes, dans une véritable secte, les Frères et Soeurs de la Croix, inspirée par le père de Foucauld et créée par frère André, pur et dur, garant de la vraie foi contre le Pape. Royaliste et réactionnaire, Pierre-Louis de la Garde, son mari, est un militant très actif dans la Milice des Frères de la Croix, regroupant des extrémistes de droite, prêts à ferrailler physiquement avec quiconque aurait une vision différente de la leur. Il se comporte comme un petit soldat, les doigts sur la couture aux ordres de Dieu et de sa mère Madeleine. Elle se comporte en véritable dictatrice. Elle n’accepte aucun écart, décide de tout pour tout le monde dans le respect de sa foi. Elle dicte, édicte ce que ses sept enfants, brus, gendres, petits enfants, doivent faire au nom de ses croyances.

Une de  ses filles, son huitième enfant, a été rayée de la mémoire familiale pour avoir refusé cet embrigadement. Elle a rompu totalement avec ce milieu, pour vivre sa vie selon ses convenances, en toute liberté. La nuit de noces de la jeune épouse est très décevante, comme le seront toutes les nuits partagées avec Pierre-Louis.

Ni tendresse, ni amour de la part du mari. Bénie soit Sixtine n’a qu’un seul rôle à remplir, celui de procréer. Telle qu’elle a été formatée depuis sa tendre enfance, elle sera une bonne mère veillant sur sa nombreuse progéniture. Elle doit obéissance et respect à sa famille, à sa belle mère, à son époux et bien entendu à Dieu mais également aux Frères et Sœurs de la Croix. Sixtine est une jeune femme docile qui risque de devenir servile si elle ne réagit pas. Un événement dramatique, alors qu’elle est enceinte, vient modifier son existence qui semblait toute dessinée. Au creux de la vague, elle se révolte, fuit avec son fils Adam, et non Foucauld comme exigée par grand-maman. Elle va connaître une véritable naissance à la vie, auprès de marginaux et des mécréants. Bénie soit Sixtine !

Une belle analyse du milieu sectaire

Maylis Adhémar, réussit une belle analyse du milieu sectaire, des groupuscules extrémistes adeptes de la violence débridée au nom de la religion. Il n’y a pas de caricature simpliste, ni de critiques sur la sphère catholique intégriste. Elle se nourrit d’une réalité vécue pour la décrire de la manière la plus juste. Madeleine et Muriel ne vivent que pour Dieu, au delà du raisonnable. Ainsi les lettres que Erika adresse à sa fille Muriel, au fil des pages, permettent d’appréhender, ce que la foi poussée à l’extrême peut avoir de destructeur. Le hasard d’un arbre généalogique pour Adam va révéler bien des secrets.

Bénie soit Sixtine est rempli de la passion de la jeune mère pour son enfant. Naïve, volontaire, elle apprend très vite ce qui est utile à son bien être ainsi qu’à celui du jeune bambin. Le livre est passionnant, très bien construit, plein d’humanité dans sa seconde partie, qui mérite le succès obtenu. Maylis Adhémar maîtrise son sujet, d’une écriture alerte, précise et délicate, d’où jaillit un bonheur simple, celui du retour aux sources et vers la tolérance. Bénie soit Sixtine !

En savoir plus  :

  • Bénie soit sixtine, Maylis Adhémar, Editions Julliard, août 2020, 304 pages, 19 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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